Paul Thiry, baron d’Holbach (en ), né le à Edesheim et mort le à Paris, est un savant, encyclopédiste et philosophe matérialiste d’origine allemande et d’expression française.

Biographie Issu d'une famille modesteLa généalogie de la famille d'Holbach est accessible sous forme numérisée dans une annexe de l'article de Françoise Launay, « Le testament du baron d’Holbach et son serpent de fils aîné », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie [Online], 51 | 2016, Online since 25 November 2018, connection on 28 May 2021. URL : http://journals.openedition.org/rde/5398 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rde.5398Top of page En ligne., d'Holbach naît au de la Ludwigstrasse à Edesheim Lieu de naissance à Edesheim], ville située alors dans la principauté épiscopale de Spire, aujourd'hui en Rhénanie-Palatinat.

On ne connaît pas la profession de son père, Johann Jacob Tiry (1672-1756), dont on sait seulement qu’il est analphabète et signe son nom d’une croix. Son oncle Westerbourg - dont il épouse successivement les deux petites-filles – est cordonnier. Son grand-père maternel, Johann Jakob Holbach († 1723) a réussi à sortir du milieu du petit artisanat : il est percepteur des taxes ecclésiastiques (teleonarius et civis) des princes-évêques de Spire, Henri-Hartard de Raville et Damien de Schönborn-Buchheim, charge modeste qui est sans doute à l’origine de la brillante destinée financière de son fils unique, François-Adam Holbach, qui fait fortune à Paris grâce au Système de Law, s'achète livres une charge de secrétaire du roi (la « savonnette à vilains », machine à anoblir et à combler le déficit du Trésor royal) et s’octroie le titre de baron, se prétendant issu d'une famille noble de l'EmpireLes informations relatives à la famille Holbach provienent de la biographie d'Holbach de Guy Chaussinand-Nogaret, Les Lumières au péril du bûcher,Fayard, 2009, p. 131-136..

Paul-Henri ne va jamais tout au long de sa vie évoquer ses parents qu’il quitte à l’âge de sept ans, adopté par son oncle célibataire qui désire ardemment une postérité pour transmettre son titre nouvellement acquis et sa fortune. Avant la naissance de Paul-Henri, le premier baron d’Holbach a déjà adopté la fille de sa sœur Margarete, la femme du cordonnier. Il l’a fait élever et marier avantageusement à Nicolas Daine, protégé du secrétaire d'État à la Guerre Claude Le Blanc. Le couple met au monde quatre enfants dont deux filles qui vont épouser successivement leur cousin Paul-Henri.

En 1744, son oncle l'inscrit à la faculté de droit de l'université de Leyde, ville la plus peuplée des Pays-Bas après Amsterdam. L'université, une des premières d'Europe, est protestante alors que le baron est catholique, ce qui suggère un esprit non conformiste et une indifférence en matière de religion de la part de ce dernier. Paul-Henri étudie le droit, mais aussi avec enthousiasme la physique, la médecine, la chimie et la métallurgie. Il fréquente un petit cercle - que l'on connait grâce aux Mémoires d'Alexander Carlyle - de jeunes britanniques fortunés destinés à de brillantes carrières dans les lettres et la politique. Il s'y lie en particulier d'amitié avec John Wilkes, futur homme politique et journaliste britannique, amitié qui durera toute sa vie.

Après son départ de Leyde, le jeune Thiry passe quelques mois au château de Heeze propriété de son oncle pour s'occuper de la gestion du domaine, puis, à la fin de la guerre de Succession d'Autriche, revient à Paris s'installer avec le couple Daine, chez le baron, rue des Bons-Enfants. Il est alors qualifié d'avocat au Parlement, profession qu'il n'exerça jamais. Il se fait naturaliser français en 1749, une année après son oncle.

Pour resserrer les liens entre les familles d'Holbach et Daine, le baron organise son mariage, le , avec sa cousine Basile Geneviève Suzanne Daine (1728-1754) et fait donation au jeune couple de sa terre et seigneurie de Heesse et Leende située dans la commune de Bois-le-Duc. Obligation est faite à Paul-Henri Thiry de porter désormais le nom et les armes de son oncle. vignette|Entrée de l'hôtel particulier de d'Holbach à Paris. 8 rue Royale Saint-Roch. Paul-Henri, désormais baron d'Holbach, a 27 ans. Il réside l'hiver à Paris, d'abord dans la rue Saint-Nicaise, puis à partir de 1759 dans un hôtel particulier, au de la rue Royale Saint-Roch et l'été au château de Grandval, près de Sucy-en-Brie, propriété de sa belle-mère et cousine, Suzanne Daine, veuve depuis 1755, qui se fait dorénavant appeler Mme d'Aine.

Il commence à donner à ses amis des soupers où sont abordés sans tabous tous les sujets de philosophie, d'art, de religion, de littérature et de politique et où chacun expose ses thèses et ses théories que tous écoutent avant de réagir à leur tour. Sa société, dont Diderot et Grimm sont le noyau, rassemblent bientôt les plus marquants des encyclopédistes et des hommes de lettres français, Claude-Adrien Helvétius, Jean-Jacques Rousseau, Jean Baptiste Antoine Suard, Jean-François Marmontel ainsi que les étrangers de distinction qui viennent à Paris : David Hume, Wilkes, Laurence Sterne, Ferdinando Galiani, Cesare Beccaria, etc.

André Morellet écrit de son côté :

vignette|Château du Grand Val, façade sur le parc. En possession de Suzanne d’Aine (belle-mère et cousine germaine). Carte illustrée de 1907. A Grandval, sur les bords de la Marne, les invités couchent parfois plusieurs jours. Diderot, qui y fait de fréquents séjours, a laissé le récit de ces journées :

Fréquemment malade, ombrageux mais ne pouvant se passer de compagnie, souvent en colère, D'Holbach est aussi un homme charmant, d'une grande générosité avec beaucoup de délicatesse. « Ses mauvais moments sont à peu près compensés par les bonsLettre de Diderot à Sophie Volland, 20 octobre 1760. » écrit Diderot qui ajoute : « D'une folie sans égale, il a de l'originalité dans le ton et dans les idées. Imaginez un satyre gai, piquant, indécent et nerveux, au milieu d'un groupe de figures chastes, molles et délicatesIbid., 11 mai 1759.. » Naigeon qui est de ses intimes confirme : « Je n'ai point connu d'homme d'une gaieté plus aimable, plus naturelle, plus vraie, et dont la plaisanterie piquante et d'un tour original ressemblât plus à ce que les Anglais appellent humourcité par Chaussinand-Nogaret, p. 187.. » vignette|Avertissement du Tome II de l'Encyclopédie. L'anonymat de d'Holbach ne sera levé que dans le tome III

Il participe à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert à partir de 1751 et rédige plus de 400 articles traitant de métallurgie, géologie, médecine, de minéralogie et de chimieKim, Mi Gyung, Affinity, that elusive dream. A Genealogy of the chemical Revolution. Cambridge Massachusetts, London England, Massachusetts Institute of Technology (2003) pp. 161-218Williams, Elizabeth A., A Cultural History of Medical Vitalism in Enlightenment Montpellier (The History of Medicine in Context). Ashgate Publishing Limited Hants UK (2003) , p. 119. vignette|Charlotte-Suzanne d'Holbach, huile sur toile d’Alexandre Roslin. vignette|Tableau par Carmontelle, 1766 - Musée Condé, Chantilly. En 1753, le premier baron d'Holbach meurt, léguant tous ses biens à part égale à son neveu et à sa nièce Mme d'Aine. L'année suivante, Paul-Henri au désespoir perd sa jeune femme de 25 ans. Grimm pour le distraire de son malheur le mène en voyage dans le sud de la France : Lyon, Marseille et Montpellier. C'est aussi par l'entremise de Grimm (selon Diderot) qu'il épouse en 1756 la sœur de sa défunte épouse, Charlotte Suzanne Daine (1733-1814), qui lui donnera un fils et deux filles. Il avait en outre un fils de son premier mariage.

La conversion d'Holbach au matérialisme athée ne peut être datée avec certitude, mais ses premiers livres militants commencent à circuler au début des années 1760. Il veut éclairer l'humanité sur le danger que représentent pour la santé morale des sociétés les croyances illusoires des religions et de ceux qui, par intérêt et malveillance, les diffusent et les imposent par une habile persuasion ou par la violence. En un temps où on risque la Bastille ou pire pour l'inculpation d'impiété, il publie ses livres incendiaires anonymement ou sous des noms d'emprunt. Le circuit du livre clandestin est complexe : le baron fait d'abord recopier son manuscrit car il ne veut pas que son écriture puisse être reconnue, puis il le brûle. Un passeur achemine la copie vers la Hollande ou l'Angleterre pour être imprimée. Le retour jusqu'à Paris est difficile : emballage sous de fausses reliures, bagages de voyageurs de confiance, colporteurs. Les exemplaires, très recherchés, sont chers et difficiles à trouver. Souvent le baron entend parler à sa table d'un de ses livres sans avoir pu s'en procurer un seul exemplaireChaussinand-Nogaret, Les Lumières au péril du bûcher, Fayard, 2009, p. 208..

Seuls ses amis les plus proches, dont Diderot, sont dans la confidence, la plus petite indiscrétion pouvant faire courir à d'Holbach un grave danger. Ils ne trahiront jamais le secret du vivant du baron. Personne ne se doute, tant qu'il vécut, qu'il est l'auteur de quatorze ouvrages originaux et d'une douzaine de traductions de l'anglais de livres antireligieuxJ.Vercruysses, Bibliographie descriptive des écrits du Baron d'Holbach, Paris, Minard,1971..

Son premier livre, Le Christianisme dévoilé, paru sous la signature de Nicolas Boulanger, fait l'objet de poursuites de la police en 1766. Il est condamné par le Parlement, lacéré et brulé publiquement le . Son oeuvre de maturité, le Système de la nature, véritable somme du matérialisme athée en deux volumes, paru sous le nom de Mirabaud, un académicien décédé, prétendument publié à Londres en 1770, est attribué à Voltaire, à Helvétius, à d'Alembert et surtout à Diderot ; mais d'Holbach n'est pas soupçonné. Le livre est condamné au feu par le Parlement et la police tente de saisir les exemplaires en circulation. Sollicité par l'Assemblée du clergé, le pape intervient auprès du roi pour mettre fin à cette profusion de livres impies.

On a cru longtemps, sur la foi de plusieurs témoignagesDans son article nécrologique sur d'Holbach dans la Correspondance littéraire de mars 1789, Meister écrit qu'il y a des pages entières qui sont de Diderot. Au frontiscipe d'une édition du Système en 1820 et rééditée en 1955, on lit la mention « avec des notes et des corrections par Diderot »., que Diderot avait activement collaboré au Système de la nature. On pense aujourd'huiGerhardt Stenger, Diderot, Perrin, 2013, p. 351 et surtout Alain Sandrier, Le Style philosophique de baron d'Holbach, Paris, Champion, 2004. que Diderot n'a fait, par amitié et comme un devoir fastidieux (« Tout mon temps au Grandval s'en va à blanchir les chiffons sales du baronLettre à Sophie Volland du 2 novembre 1769. »), qu'un travail de correction du style, sans toutefois parvenir, selon lui, à en éliminer la lourdeur (« On corrige une faute, mais non un vice général du styleLettre à Naigeon d'avril 1772, Correspondance, XII, 46. »).

En 1772-1776, il publie successivement Le Bon sens, La Politique naturelle et La Morale universelle. Le Bon sens est une nouvelle apologie de l'athéisme écrite pour un public plus large et moins exigeant. Selon la Correspondance littéraire de , périodique français manuscrit destiné à l’aristocratie européenne cultivée, il « met l'athéisme à la portée des femmes de chambre et des perruquiers ; c'est le catéchisme de cette doctrine, écrit sans prétention, sans enthousiasme, d'un style simple et précis, parsemé d'apologues pour l'édification des jeunes apprentis athées ». La Politique naturelle, qui parut en 1773 après le coup d'État de Louis XV contre le Parlement, est encore plus dangereux - et la Correspondance littéraire n'y fait aucune allusion - en légitimant la violence des peuples comme étant la seule réponse appropriée à l'indignité des rois. La révolution est un remède violent et dangereux mais il faut pourtant y recourir pour assurer la liberté sous un roi tyrannique.