Cet article présente l'histoire de la culture des céréales dans les années 1830.

Années 1830 Le prix constaté du blé évolue en légère baisse au cours de la décennie en France, selon l'économiste Jean Fourastié, si l'on prend en compte l'évolution parallèle du salaire horaireStatistiques de prix – La baisse des prix du blé, fait capital de l’histoire économique, par Jacqueline Fourastié, 2013 . La décennie est cependant marquée par deux mouvements opposés, d'abord une baisse du prix réel des céréales au cours de la première moitié puis une très forte remontée à partir de la fin 1834 : Années1830183118321833183418351836183718381839Prix observé du quintal de blé (en francs)303028,621,820,223,924,625,828,9Prix réel (ajusté du salaire horaire)177166155112106123129136156149 Les années 1830 voient aussi la croissance des exportations de céréales de la mer Noire, par le port franc d'Odessa, sur fond de forte croissance économique mondiale des années 1830. En manque de céréales pour sa nouvelle population urbaine, l'Angleterre importe 1,5 million de quarts dès 1830« The rise and fall of British wheat protection », par Paul Sharp, page 10 , après sur les deux années précédentes réunies, à des prix très élevés dès 1828. Le prix des céréales monte grâce à l'assouplissement des Corn Laws. L'Angleterre a introduit « l'échelle mobile » en 1828, suivie par autres pays d'Europe entre 1830 et 1835.

Grandes famines de 1830 en Europe du Nord L'hiver 1829-1830 a été l'un des plus froids du . En Allemagne, les cultures sont perturbées par une température moyenne de -6,6°degrés centigrades, qui descendit jusqu’à – et par 72 jours de gel ininterrompus. La France fut moins touchée que l'Allemagne ou la Belgique mais pénalisée. La situation agricole empira au cours de l’année 1829, alors que 1827 et 1828 furent déjà des années de récoltes médiocres, causant une augmentation importante des prix des céréales et un report du pouvoir d’achat sur le pain. L’hiver 1828-1829 fut ainsi marqué par un faible rendement céréalier, aggravé par la prolifération d'insectes ravageurs, qui a causé les grandes famines de 1827 à 1830 en Angleterre et dont la présence en France dans les champs a fait avorter le grain. En France, les gelées furent très fortes à partir du et se prolongèrent jusqu’au , pendant près de 4 mois avec près de 100 jours de gelée.

À la suite de cet hiver rude, au deuxième trimestre 1829, la quantité d’eau tombée représenta 32,5 % seulement de la pluviosité moyenne attendue. De plus, le sol ayant gelé en hiver à de très grandes profondeurs, atteignant même jusqu’à un mètre, l’eau de la fonte des neiges n’avait pu pénétrer le sol empêchant de renouveler la provision d’eau. Le niveau des nappes phréatiques s’est donc abaissé, entrainant des difficultés d'approvisionnement régulier en eau dans certaines grandes villes.

Dans les Ardennes, et sur les bords de la Semois, des torrents de pluies ont putréfié ou emporté les fourrages. La neige recouvre toute l’Europe. En Belgique, il tombe, en certains endroits, plus d’un mètre de neige, qui reste au sol 54 jours en décembre et janvier. En France, la neige préserve les récoltes là où elle reste sur le sol, mais les céréales sont gelées ailleurs. Les oliviers, châtaigniers, mûriers et vignes périssent en grand nombre. Aux Pays-Bas, l’hiver 1829-1830 est, avec celui de 1962-1963, le plus froid enregistré depuis 300 ans. La température moyenne est de ; décembre fut le mois le plus froid.

Crise russe de 1833 La croissance des exportations se poursuit malgré la crise de 1833, quand la moitié de la Russie d'Europe voit ses récoltes de céréales anéanties, en particulier dans la « Russie blanche », province polonaise, réunie à l'empire russe depuis 1772. C'est l'une des trois plus graves famines de la Russie au cours du siècle : la production de grains russes a baissé de 32 %, alors que dans la plupart des disettes céréalières du recensées par les historiens, c'était environ 10 %. Les popes russes promettent un demi-sac de farine par mois à tout habitant qui signerait l'acte d'adhésion à leur église dominante et les pauvres affamés acceptent en masseJean-Pierre Poussou, L'influence française en Russie au , Presses Paris Sorbonne, 2004..

Croissance du négoce céréalier grec alt=|vignette|300x300px|Les deux principautés à l'Ouest de la mer Noire, Moldavie et Valachie, passent sous influence russe au traité d'Andrinople (1829), elles se trouvent sur les riches terres noires danubiennes.. La géostratégie de la mer Noire est bouleversée par l'émergence d'un commerce encore plus tourné vers l'occident après le traité d'Andrinople (1829), entre l'empire ottoman et la Russie, qui met fin à la guerre russo-turque de 1828-1829. L'interdiction des pavillons étrangers en mer Noire est levée, le commerce des céréales s'en trouvant libéréAntoine Roger, Les fondements du nationalisme roumain (1791-1921), Librairie Droz, 2003. Une génération d'armateurs grecs s'engouffre dans ce boulevard, d'autant que les insurgés grecs, en partie à l'origine de la guerre russo-ottomane, voient leur indépendance entérinée en juillet 1832. Ils travaillent avec les grands négociants, soucieux de séduire les principautés danubiennes, nées du traité d'Andrinople, comme la principauté de Valachie, qui récupère les ports danubiens de Turnu Măgurele, Giurgiu et Brăila, ou même la Serbie, qui voit son autonomie accrue et reconnue ; mais aussi de contourner les corn laws anglaises.

La Russie méridionale , observe en 1835 En , Iouli Andreïevitch von Gagemeister., mais elle exporte 1,4 million de tchetverts par an en moyenne, sur lesquels les ports de la Méditerranée captent en moyenne environ 0,9 million de tchetverts par an :

Gènes 0,27 Livourne 0,22 Marseille 0,2 Malte et les autres ports 0,15 Trieste 0,075 :

, et donne de note Hagemeister. Trieste, Livourne, Gênes et Marseille sont les grands entrepôts, où le blé est « apporté de toutes parts », où « se font les grandes opérations » et où « les provisions sont dirigées sur tous les points ». On y confronte diverses mesures selon les destinations :

À Gênes, l’émine vaut de ; À New-York, le boisseau qui contient environ ; À Londres, le quart vaut environ ; À Saint-Pétersbourg, le tchetvert vaut environ.

Essor de nouvelles régions agricoles

Les principautés danubiennes prennent le relais de la Russie en 1833 La disette de 1833 en Russie a fait découvrir en Valachie des richesses céréalières jusqu'alors insoupçonnées, jusque-là employées à la fabrication de l'eau-de-vie. Ce n'est qu'en 1833 que la Valachie commence à exporter du blé, en raison de son prix très élevé, de la partie éloignée de la mer Noire. Le traité d'Andrinople (1829) lui avait permis de récupérer les ports danubiens de Turnu Măgurele, Giurgiu et Brăila.

L'année 1833 voit aussi pour la première fois en Valachie des achats sur les lieux de production mêmes, par des négociants qui ont cependant beaucoup de difficultés à faire respecter l'inviolabilité des contrats. De plus, « les négociants se plaignent qu'à Galatz » la mesure du poids des céréales est « souvent altérée par la mauvaise foi des autorités ».

En Moldavie, l'eau-de-vie n'est faite qu'avec des prunes, celle de grains étant peu goûtée et plus chère que le vin. Les achats de blé se font sur les lieux de production ou les marchés. Des spéculateurs parcourent le pays et font des avances aux propriétaires sur la récolte future. Les prix élevés constatés en 1833 en mer Noire ont provoqué une augmentation de production dans les principautés de Moldavie et de Valachie telle qu'elle pourrait facilement suffire aux besoins de la Turquie et des îles grecques, observe un négociant en 1835, tout en notant que la Grèce pourrait cependant exporter sous peu du blé du golfe de Patras en Grèce.

La Valachie et la Moldavie quadruplent leurs exportations de céréales sur la période 1830-1860. Mais ces livraisons restent tournées à 40 % vers l'Empire ottoman et à 14 % vers l'Autriche Hongrie, n'atteignant des niveaux importants vers l'Angleterre que lors de la guerre de Crimée. Les armateurs grecs vont bientôt organiser la moitié de ce commerce. La terre, dans les deux principautés, appartient au fisc ou aux boyards, aristocrates des pays orthodoxes non grecs. Les paysans n'ont plus à payer autant de taxes qu'à l'époque ottomane mais près de fuient entre 1837 et 1850, pour échapper au système de servage et gagnent la Bessarabie voisine. En 1864, un tiers des paysans, situés dans les montagnes, sont encore libres en Valachie.

Le canal Welland et l'Ohio and Erie Canal profitent aux blés de l'Ontario gauche|vignette|Marché agricole à York (Toronto) La fixation de droits préférentiels en faveur du blé canadien en 1825 a permis aux prix et aux volumes d'exportation de se redresser, avec environ en 1825 contre 400 l'année précédente, d'autant qu'est achevé en 1829 le canal Welland, pour relier lac Érié et lac Ontario, ce qui ouvre aux cultivateurs de céréales canadiens du pourtour du lac Ontario les exportations, jusqu'à New York, toute l'année et à bon prix, même si celles-ci sont encore interdites.

Lors de crise alimentaire en Europe de 1830, ce sont cependant les exportations américaines de blé qui augmentent : Exportations américainesCharles Henry Taylor, History of the Board of Trade of the City of Chicago, Volume 1, Chicago, R.O. Law, 1917.:1828-18291829-18301830-1831Millions de boisseaux de blé0,0040,0450,41Millions de boisseaux de maïs0,890,440,57Millions de barils de farine0,831,221,80 En 1832, c'est ouverture du canal Ohio-Érié (Ohio and Erie Canal) reliant la voie maritime du Saint-Laurent à la vallée de l'Ohio. De nouvelles régions agricoles de l'Ontario, plus au sud, en profitent. Depuis 1830, une loi encourage les dons aux sociétés agricoles, qui fleurissent dans les districts de Home, Western, Johnstown, Eastern et Gore, puis de Bathurst en 1832, Prince Edward en 1833 et London en 1836. Les dons à l' ont totalisé depuis le début sterling en 1841.

La pratique du wheat mining, ou « blé du défrichage », amène cependant les fermiers pauvres à utiliser la moitié de pour le blé et à user les sols d'autant plus vite que le gel hivernal fragilise les récoltes. Le rendement peut ainsi chuter de 300 à 25 boisseaux par acre en seulement quelques années. L'Ontario est ainsi très vulnérable lorsque le marché du blé s'effondre à nouveau en 1834-1835 lors d'une crise de surproduction amplifiée par la spéculation. La dépression est si profonde que le Bas-Canada ne peut plus être approvisionné et doit importer d'Angleterre en 1837. Aux États-Unis, la panique de 1837 provoque des faillites en cascade et il faut importer massivement des céréales. Le Canada, pourtant tout proche mais encore mal remis de la crise de 1834-1835, n'assure qu'une faible partie de flux. Importations de blé des États-Unis en 1837HansePrusseHollandeAngleterreColonies anglaisesItalie et MalteTriesteMillions de boisseaux0,271,400,450,790,320,230,19 Lors des rébellions de 1837, durement réprimée, la rébellion du Haut-Canada suit celle du Bas-Canada, en plus modeste, et dénonce surtout la clique au pouvoir dans la colonie, le Family Compact, lié au lobby commercial anglais.

La reprise progressive de l'essor en 1838 se fait grâce marché américain. La population des districts les plus fertiles de l'Ontario, à l'ouest de Kingston quadruplera entre 1838 et 1851Unequal Beginnings: Agriculture and Economic Development in Quebec and Ontario Until 1870, par John McCallum, University of Toronto Press, 1980. et l'Angleterre doit faire des concessions, dès l'acte d'Union (1840) puis sur le plan des droits de douane en 1842.

Les cultivateurs allemands arrivent dans la vallée de l'Ohio