Bartolomeo Alberto (en religion Mauro) Cappellari, né à Bellune (en italien Belluno), ville du nord de la république de Venise, le et mort à Rome le , est un moine, prêtre et abbé camaldule qui fut le pape de l'Église catholique sous le nom de (en latin , en italien ), successeur de .

Élu le , il fut sacré et intronisé le 6 du même mois. Défenseur résolu de la doctrine traditionnelle face aux idées nouvelles, il s’employa également à préserver les États pontificaux contre les assauts des mouvements patriotiques italiens. Son pontificat fut marqué par un renouveau de l’engagement missionnaire outre-mer. Il demeure enfin le dernier pape à mourir en tant que souverain des États pontificaux, ceux-ci ayant été annexés en 1870 lors de la prise de Rome, sous le pontificat de son successeur.

Biographie

Bartolomeo Alberto Cappellari, futur , naquit le à Mussoi, devenu actuellement un faubourg de Belluno, dans la maison de campagne de sa famille. Ses parents, Giovanni Battista Cappellari et Giulia (née Cesa), appartenaient tous deux à la petite noblesseBiagia Catanzaro, Francesco Gligora, Breve Storia dei papi, da San Pietro a , Padova, 1975, et Biographisch-Bibliographischen Kirchenlexikon (BBKL). et étaient enfants de notaires d'une famille originaire de Pesariis.

À Mussoi, petit village de la haute Vénétie, existe toujours la maison de campagne de ses parents. Il se découvre une vocation religieuse à l’âge de et entre, en 1783, au monastère camaldule de saint Michel de Murano. En 1786, il prononce ses vœux monastiques et prend le nom de Frère Maur (Fra Mauro, d'après un célèbre moine camaldule et cartographe du ). Il reçoit l’année suivante l'ordination diaconale et sacerdotale. Se consacrant à l’étude de la philosophie et de la théologie, il s’occupe également de l’instruction des novices.

Envoyé à Rome en 1795, il réside au monastère Saint-Grégoire (San Gregorio), et en devient l’abbé en 1805.

C'est pendant cette période, ébranlée par la Révolution française, qu’il publie son ouvrage, Le Triomphe de la sainte Église, dans lequel il défend l'idée de l’infaillibilité pontificale contre les jansénistes italiens, et la souveraineté du pape sur les États pontificaux. Il s’oppose aussi aux efforts maçonniques visant à contrer l’influence de l’Église, et dénonce un complot pour affaiblir la papauté.

Devenant autrichienne puis française, la république de Venise disparaît dans la tourmente des guerres révolutionnaires, à l'instar des États pontificaux. L’exil du pape à Savone, en 1808, interrompt séjour romain de Cappellari, qui quitte Rome et retourne à Murano puis, en 1813, s'installe à Padoue. Le retour triomphal de à Rome, en 1814, lui permet de réintégrer le monastère Saint-Grégoire.

Il refuse à deux reprises une nomination épiscopale. Cependant, le , le pape le crée cardinal in pectore de San Callisto, création qu'il publie le , et lui confie la charge de Préfet de la Congrégation de la Propagation de la Foi. À ce titre, il négocie en 1827 avec succès un concordat avec le roi calviniste des Pays-Bas, régissant les relations entre son royaume et l'Église catholique, principalement présente dans les provinces du Sud, la future Belgique qui accède à l'indépendance en 1830.

La situation de l’Église d’Arménie s’améliore également, grâce à la signature d’un accord similaire conclu entre le Saint-Siège et l’Empire ottoman.

Pontificat conservateur Au début de 1831, à la suite du décès du pape et au terme d'un conclave de , le cardinal Bartolomeo Cappellari est élu pape. Âgé de , il prend le nom de et régnera .

Élu pape le , le moine et cardinal n'est cependant pas évêque : c'est le dernier cas d'élection pontificale d'un ecclésiastique qui n'a pas la dignité épiscopale. Il fut consacré évêque de Rome le , dans la basilique patriarcale du Vatican, par le cardinal Pacca, évêque d'Ostie et de Velletri, doyen du Sacré-Collège des cardinaux, assistés de deux autres cardinaux-évêques, Pierfrancesco Galleffi et Tommaso Arezzo. Il fut intronisé le même jour par le cardinal Albani.

Esprit de la Restauration

vignette|1 Scudo en argent à l'effigie de , 1834. En 1831, l'année suivant la révolution française dite des Trois Glorieuses et l'avènement du libéral en tant que roi des Français, reçoit à Rome les rédacteurs du quotidien français l'Avenir : Félicité de Lamennais, Henri Lacordaire et Charles de Montalembert, les « pèlerins de la liberté » mais il condamne, le , leurs thèses du catholicisme libéral, par l’encyclique Mirari vos, dans laquelle il précise que :

On entend retentir les académies et les universités d’opinions nouvelles et monstrueuses ; ce n’est plus en secret ni sourdement qu’elles attaquent la foi catholique ; c’est une guerre horrible et impie qu’elles lui déclarent publiquement et à découvert. Or, dès que les leçons et les examens des maîtres pervertissent ainsi la jeunesse, les désastres de la religion prennent un accroissement immense, et la plus effrayante immoralité gagne et s’étend. Aussi, une fois rejetés les liens sacrés de la religion, qui seuls conservent les royaumes et maintiennent la force et la vigueur de l’autorité, on voit l’ordre public disparaître, l’autorité malade, et toute puissance légitime menacée d’une révolution toujours plus prochaine. (…)

Le but de vos efforts, et l’objet de votre vigilance continuelle, doit donc être de garder le dépôt de la foi au milieu de cette vaste conspiration d’hommes impies que nous voyons, avec la plus vive douleur, formée pour la dissiper et la perdre. Que tous s’en souviennent : le jugement sur la saine doctrine dont on doit nourrir le peuple, le gouvernement et l’administration de l’Église entière, appartiennent au Pontife romain, "à qui a été confié, par Notre-Seigneur Jésus-Christ", comme l’ont si clairement déclaré les Pères du concile de Florence, "le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle" » (…)

Nous frémissons, vénérables frères, en considérant de quels monstres de doctrines, ou plutôt de quels prodiges d’erreurs nous sommes accablés ; erreurs disséminées au loin et de tous côtés par une multitude immense de livres, de brochures, et d’autres écrits, petits il est vrai en volume, mais énormes en perversité, d’où sort la malédiction qui couvre la face de la terre et fait couler nos larmes. Il est cependant -ô douleur !- des hommes emportés par un tel excès d’impudence, qu’ils ne craignent pas de soutenir opiniâtrement que le déluge d’erreurs qui découle de là est assez abondamment compensé par la publication de quelque livre imprimé pour défendre, au milieu de cet amas d’iniquités, la vérité et la religion. Mais c’est un crime, assurément, et un crime réprouvé par toute espèce de droit, de commettre de dessein prémédité, un mal certain et très grand, dans l’espérance que peut-être il en résultera quelque bien ; et quel homme sensé osera jamais dire qu’il est permis de répandre des poisons, de les vendre publiquement, de les colporter, bien plus, de les prendre avec avidité, sous prétexte qu’il existe quelque remède qui a parfois arraché à la mort ceux qui s’en sont servis ?!

Un nouveau texte, Singulari nos, critique, deux ans plus tard, les idées libérales de Lamennais.

Opposition au modernisme

Cette opposition de principe au modernisme s’illustre également en Allemagne, avec la publication de la lettre apostolique Dum acerbissima, le .

Grégoire XVI refusa la construction du chemin de fer dans les États pontificaux, car il craignait que la promiscuité des contacts et la facilité des échanges n’accélèrent la pénétration des idées révolutionnaires venues des pays limitrophes.

Autoritarisme politique

Dès son élection, doit faire face à de graves problèmes politiques. Son secrétaire d’État, le cardinal Bernetti, ne parvient pas à étouffer l’insurrection libérale qui éclate dans les États de l’Église, et est remplacé par le cardinal Lambruschini, plus autoritaire. La souveraineté temporelle du pape sur les régions qui entourent Rome est d’ailleurs remise en cause par les "patriotes révolutionnaires". Le souverain pontife se décide alors à demander l’aide autrichienne. Après une répression violente, l’ordre est rétabli au début du mois d’.

Cependant, les puissances européennes décident d’une réforme de l’administration des États de l’Église, qui se traduit par une simplification des institutions judiciaires.

refuse de démocratiser l’élection des conseils ayant autorité sur le gouvernement des communes et des États ; il s’oppose également à la création d’un conseil d’élus laïcs, dont le pouvoir rivaliserait avec celui du Sacré Collège placé directement sous son autorité. Ces réformes décisives n’interviendront que quelques années plus tard, avec le pontificat de son successeur .

Les troubles reprennent à Césène, puis à Bologne. Une nouvelle intervention des Autrichiens en Romagne est donc nécessaire. L’année suivante, quelques détachements français occupent également les États de l’Église, jusqu’au départ définitif des Autrichiens en 1838.

Indépendance de l'Église et difficultés diplomatiques vignette|Les armoiries de au fronton de l'église San Rocco à Rome, Italie. Le développement des mouvements libéraux, dans l’Europe issue du Congrès de Vienne, et les contraignent bientôt le Saint Siège à prendre position. publie en l’encyclique Sollicitudo ecclesiarum, dans laquelle il réaffirme l’indépendance de l’Église, et son refus de s’immiscer dans les affaires dynastiques.

Sous son pontificat, choisit de lutter dans les différents États européens afin de préserver les prérogatives de l’Église catholique : en 1831, Grégoire XVI condamne le soulèvement de la Pologne lors de l'Insurrection de Novembre. Lamennais considérant que le Pape voulait défendre davantage les rois que le peuple, s'oppose au pape et s'indigne contre cette décision. Le pape répond en condamnant en 1832 par l'encyclique Mirari vos les idées de Lamennais exprimées dans son journal L'Avenir ; en 1832, il conclut les prêts des Rothschild au Saint-Siège ; en Belgique, en 1833 : il donne, par son brefEdward van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, Louvain, 1895, p. 606 : . du , l'autorisation aux évêques de créer l'« université catholique de Belgique » (« »), appelée couramment « université catholique de Malines », qui sera inaugurée à Malines le , puis transférée à Louvain en 1835, où elle prend le nom d'université catholique de LouvainEncyclopédie théologique, dans : « Dictionnaire de l'histoire universelle de l'Église », tome 54, Paris : éd. J.P. Migne, 1863, sub verbo "Grégoire XVI", col. 1131 : « Après sa séparation de la Hollande en 1830, la Belgique libérale a vu son Église jouir d'une véritable indépendance. Les évêques s'assemblent en conciles, communiquent avec le Saint-Siège en toute liberté. Sur l'article fondamental des études, ils ont fondé l'université catholique de Louvain, où les jeunes Belges vont en foule puiser aux sources les plus pures toutes les richesses de la science »., après la suppression de l'université d'État de Louvain. Le premier recteur de l'Université catholique de Belgique, Monseigneur de Ram, veut, dans l'esprit de la reconquête catholique instaurée par Grégoire XVIIsidore Ndaywel è Nziem, dans : Les Années Lovanium, Paris : L'Harmattan, 2010, : ., en faire un rempart qui puisse s'opposer et faire obstacle Monseigneur de Ram, Quelques mots sur l'Université catholique de Louvain, Bruxelles, 1840, : et : . ; il offrit en 1840 au baron Joseph van der Linden d'Hooghvorst les reliques de Saint-Florius qui deviendra le saint protecteur de Limal. Et, en 1845, au comte Ferdinand de Meeûs, celles de Saint-Eusébien. Les deux martyrs reposaient dans les catacombes de RomeOraison concernant Saint-Eusébien écrite par le cardinal Engelbert Sterckx, archevêque de Malines, datée de Malines du 23 août 1845 et bulle pontificale du pape Pie IX de 1852. ;