La bataille des Ardennes (en allemand Wacht am Rhein et en anglais Battle of the Bulge) est l'ensemble des opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale qui se sont déroulées en Ardenne pendant l'hiver 1944-1945. Le théâtre des opérations se déroule presque exclusivement en Belgique et dans le nord du Luxembourg, principalement dans l'Ardenne belge et l'Éislek luxembourgeois, avec pour objectif final de la part des Allemands la reconquête du port d'Anvers, mais leur offensive sera stoppée avant même d'atteindre la Meuse. La bataille commence le par une attaque surprise allemande, à laquelle on a donné le nom d'« offensive von Rundstedt ». Le Generalfeldmarschall von Rundstedt y était pourtant opposé : il estimait l'objectif trop ambitieux Les quinze grandes batailles "belges" qui ont changé l'Europe. Il s’agit de l’une des plus grandes batailles de l’Histoire..
Les Allemands l'appellent opération Wacht am Rhein (en référence au tableau de Lorenz Clasen et de la célèbre chanson), et les Anglo-Américains Battle of the Bulge (la « bataille du Saillant ») prenant en considération la forme de « coin » que la ligne de front avait prise lorsque la pénétration allemande fut arrêtée.
La bataille des Ardennes se termine fin , après le refoulement des Allemands au-delà de leur ligne de départ.
Il faut distinguer cette bataille de l'offensive victorieuse de l'Allemagne à travers l'Ardenne pendant la Première Guerre mondiale et de la traversée rapide de l'Ardenne par l'armée allemande en qui a inspiré Hitler dans sa décision de rééditer cette opération en 1944.
Notions préliminaires
La division est la grande unité tactique de référence pour les opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale.
Composition de la division américaine
La division d'infanterie (Infantry Division ou Inf Div) a, en théorie, un effectif de et et soldats. Le charroi est composé de dont . Son armement lourd est composé de de , de , antichars de , antichars de , de , de . Son armement léger est composé de , , , automatiques BAR, (air), (eau), , , , . Un certain nombre d'unités sont rattachées à la division dont un bataillon de chars moyens (M4 Sherman) et de chars légers (M3 Stuart ou M24 Chaffee), un bataillon d'artillerie antiaérienne (canons de Bofors tractés ou sur halftrack), un bataillon de chasseurs de chars avec 36 chasseurs de chars (M10 Wolverine puis M36 Jackson) et une escadrille de légers de liaison.
La division blindée (Armored Division ou Armd Div) a un effectif de . Elle comprend moyens, légers, de chars, de l'infanterie blindée et des unités d'appui. L'appellation américaine est Armored Division tandis que la division blindée britannique s'écrit Armoured Division.
La division aéroportée (Airborne Division ou Abn Div) est une division d'infanterie légère de pouvant être aéroportée.
Composition de la division allemande
La division d'infanterie (Volksgrenadier Division) comporte en cette fin d'année 1944, en théorie, , et . Le charroi est composé de , , , , , . L'armement lourd se compose de de , de , de , de , antichars de autotractés, antichars de tractés, antiaériens de autotractés, de , de , . L'armement léger se compose de , , , légères, lourdes, (Panzerfaust ou Panzerschreck).
La division blindée (Panzer Division) avec environ ( en début de guerre). Ces troupes disposent de plusieurs types de chars (Panzer IV, Panzer V (Panther), Panzer VI (Tiger II)), mais aussi de chasseurs de chars (Sturmgeschütz III, Sturmgeschütz IV, Jagdpanzer IV, Jagdpanther, Jagdtiger). Le transport des troupes est assuré par des voitures (VW Kübelwagen, Schwimmwagen, Horch, Steyr) mais aussi par des camions (Opel Blitz…) des semi-chenillés (SdKfz 251, SdKfz 250, SdKfz 7, SdKfz 9, SdKfz 2 (Kettenkrad), Demag D7…) pouvant tirer différents obusiers, canons antichars ou antiaériens. Des véhicules blindés sur roues Schwerer Panzerspähwagen peuvent compléter ce tableauIl est impossible de préciser le nombre exact de véhicules de chaque sorte pour une division blindée en car chaque division était réapprovisionnée tant bien que mal avec ce qu'il était possible de lui procurer. Par exemple, certaines divisions possèdent encore quelques chars, vétérans de Normandie (exemple, le de la encore visible aujourd'hui à Houffalize). D'autres divisions doivent être entièrement rééquipées..
La division aéroportée (Fallschirmjäger division). Outre le fait que ces divisions peuvent comporter des troupes parachutées qui ne transportent que des armes portatives, elles disposent toutefois d'un matériel équivalent aux divisions d'infanterie.
Les échelons au-dessus de la division : Le corps d'armée est une grande unité dont la composition n'est pas fixe. Il comprend un commandement, un certain nombre de divisions (2 à 7) et des unités d'appui et de logistique.
L'armée comprend un nombre variable de corps d'armée. Les Allemands utilisent le terme Panzer Armee (Pz Armee) lorsque le nombre de divisions blindées (Pz Div) affectées est important.
Le groupe d'armées comprend un certain nombre d'armées (2 à 5).
Sur le front occidental : Les groupes d'armées alliés dépendent de SHAEF (état-major du général Eisenhower) qui dispose également de moyens aériens. Les groupes d'armées allemands sont sous les ordres du Generalfeldmarschall von Rundstedt. À la suite de la défaite de Normandie, il avait été remplacé par Kluge, mais ce dernier, impliqué dans l'attentat contre Hitler, s'était suicidé. Rundstedt fut ainsi rétabli dans ses fonctions. Cet officier compétent n'a jamais été nazi. Son implication dans l'offensive des Ardennes fut réduite. Le commandement suprême allemand (OKW), dépendant de Hitler, traitait directement avec le commandant du groupe d'armées B, le Generalfeldmarschall Model, chargé de l'offensive.
Situation des Alliés début vignette|upright|Le front occidental le .
Le front occidental s'est étendu. Après l'échec d'Arnhem (), il suit d'abord une ligne est-ouest coupant les Pays-Bas en deux et ensuite une ligne nord-sud suivant très approximativement la frontière franco-allemande jusqu'en Suisse. Depuis les ports français, les lignes de communication sont longues. Libéré dès le intact, le port d'Anvers permet aux Alliés de ne plus faire transiter les énormes quantités de ravitaillement divers par les ports français distants de par route et par chemin de fer à une voie. Hitler veut à tout prix empêcher son utilisation et dès le , les premiers missiles V1 s'abattent sur Anvers. Le , c'est au tour des V2 d'entrer en scène. L'ouverture du port d'Anvers au trafic maritime est toutefois conditionné par l'ouverture des bouches l'Escaut lors de la bataille de l'Escaut du au et par le déminage de l'estuaire de l'Escaut en résultant. Le , le premier convoi de navires alliés peut enfin entrer dans le port d'Anvers permettant l'afflux d'approvisionnements alliés en Belgique, en France et en Hollande libérée.
Pendant ce temps, les Alliés ne doivent pas permettre à l'ennemi de se ressaisir et continuer leur offensive à l'est et au nord. Au nord, une attaque vient d'être lancée pour s'emparer des barrages de la Roer afin d'empêcher les Allemands de déclencher d'éventuelles inondations. Au sud-est, la de Patton prépare une offensive vers Francfort. Pour réunir les moyens nécessaires, le front a été dégarni dans les Ardennes où quatre divisions américaines tiennent de front. Le massif des Ardennes paraissant peu praticable en hiver, il est d'autre part considéré par les Américains comme un front tranquille permettant notamment la récupération d'unités éprouvées par la bataille de la forêt de Hürtgen.
Le dispositif des Alliés comprend : de la Zélande jusqu'au nord de Maastricht : le d'armées (maréchal Montgomery) avec la canadienne et britannique ; de Maastricht à Sarrebruck : le d'armées (général Bradley) avec du nord au sud : la américaine (général Simpson), la américaine (général Hodges) couvrant toute l'Ardenne belge et le grand-duché de Luxembourg et la américaine (général Patton) : de Sarrebruck à la frontière suisse : le d'armées (général Devers) avec la américaine (général Patch) et la française (général de Lattre de Tassigny); en réserve générale : six divisions, parmi lesquelles seules les 82 et aéroportées à Reims sont disponibles immédiatement. Au total, cela représente .
Situation des Allemands début
Pour les Allemands, les lignes de communication et la longueur des fronts se sont réduites, ce qui permet de regrouper les forces et même de constituer quelques réserves. Les fronts d'Italie et de Russie sont stabilisés. La mobilisation de tous les hommes entre permet de rétablir les effectifs. La défense de la patrie ressaisit le moral de ceux qui ne sont pas encore résignés. Dos au mur, les Allemands acceptent l'idée de combattre sans idée de recul.
La production de matériel militaire est satisfaisante. Une nouvelle blindée SS a même pu être constituée. Toutefois, il faut agir rapidement car les bombardements stratégiques alliés deviennent inquiétants et les réserves en carburant s'amenuisent.
Quatre groupes d'armées sont déployés face aux Alliés : de la Zélande jusqu'à Roermond : le groupe d'armées H ; de Roermond à l'est de Luxembourg : le groupe d'armées B du Generalfeldmarschall Model ; au sud : le groupe d'armées G ; à l'extrême sud : le groupe d'armées Oberrhein (« Rhin supérieur »).
Avec les réserves, le total est de , soit un nombre équivalent à celui des Alliés.
Objectifs allemands
Enjeux pour le Reich
Depuis l'écroulement du front de Normandie au début du mois d'août 1944, les cercles militaires dirigeants du Reich, sur une consigne de Hitler en personne, préparent une réédition de la campagne : une offensive en Ardenne. Hitler lui-même expose aux commandants des unités engagées dans cette action sa vision de ce que doit être l'offensive à venir quatre jours avant le déclenchement des opérations : faire prendre conscience aux alliés occidentaux, par une action offensive de grande ampleur, de la vanité de défaire le Reich dans un délai court, tout en créant les conditions, une fois l'offensive couronnée de succès, d'une paix à l'Ouest.
Le Reich tente aussi de profiter du calme relatif du front de l'Est durant l'automne et de la fatigue des troupes alliées engagées sur le front occidental, harassées par plusieurs mois de durs combats à travers la France, par l'ampleur des pertes et par la longueur des lignes de communication alliées.
Le plan allemand thumb|Plan de l'offensive « ».
Le , peu de temps après le retour de Gerd von Rundstedt sur le front de l'Ouest, et après une conférence tenue à l', Hitler charge un état-major restreint sous le contrôle du général Jodl de préparer une offensive en Ardenne. Cette opération reçoit le nom de « » (allusion à l'hymne Garde au Rhin).
Reportée plusieurs fois, l'offensive se concentre sur la forêt ardennaise, et le port d'Anvers, pour aboutir à un nouveau Dunkerque, dans un contexte d'incursions alliées sur le territoire du Reich. Peu de commandants de troupes estimaient réalisables les plans visant à rééditer la campagne : Model et Rundstedt eux-mêmes, en dépit des proclamations publiées dans les jours qui précèdent l'offensive, doutent des chances de succès des plans grandioses imaginés par Hitler et ses proches conseillers, Alfred Jodl et Wilhelm Keitel. Les deux responsables de la mise en œuvre de cette opération, Model et Rundstedt, défendent une petite solution, consistant à neutraliser, puis repousser les forces alliées stationnées entre Aix-la-Chapelle et la Meuse. Ce doute est partagé à tous les échelons supérieurs de la hiérarchie militaire allemande, malgré des bouffées d'optimisme, liées au discours de Hitler devant les commandants des unités destinées à être engagées dans cette opération, les et .