Lafrikaans () est une langue germanique issue du néerlandais, parlée en Afrique du Sud, en Namibie, et dans une moindre mesure au Botswana et au Zimbabwe, notamment par les peuples de langue afrikaans dont les Afrikaners. Le mot (avec majuscule) signifie « africain » en néerlandais.

Histoire

L'afrikaans est originellement dérivé de la langue néerlandaise parlée par les colons néerlandais (plus précisément du dialecte hollandais de Hollande-Méridionale Herkomst en groei van het Afrikaans - G.G. Kloeke (1950)) débarqués en Afrique du Sud. Après de nombreuses années en Afrique loin de l'influence culturelle des Pays-Bas, la langue des colons, nommés « Boers », signifiant « paysans/agriculteurs», a suffisamment dérivé du néerlandais pour devenir l'afrikaans, une langue à part entière.

La langue afrikaans est aussi parlée par les Coloured, en particulier dans les provinces du Cap occidental et du Cap du Nord. Voir : Peuples de langue afrikaans.

En 1875 Stephanus Jacobus du Toit fait partie d'un groupe d'enseignants et de pasteurs de l'Église réformée hollandaise qui forment à Paarl, dans la colonie du Cap, un mouvement de revendication culturelle, Die Genootskap van Regte Afrikaners (l'« Association des vrais Afrikaners ») dont l'objectif est de défendre et d'imposer l'afrikaans aux côtés de l'anglais comme langue officielle de la colonie. Il s'agit pour eux de donner à la langue parlée par les paysans afrikaners ses lettres de noblesse et d'en faire un véritable outil de communication écrite..

En 1876 c'est à cette fin que le mouvement dirigé par du Toit lance une revue en afrikaans, Die Afrikaanse Patriot, dont S. J. du Toit devient le rédacteur en chef et dont la devise est : « Écrivez comme vous parlez ». En publiant la prose des lecteurs du journal, du Toit veut éveiller la conscience nationale des Afrikaners et les libérer de leur complexe d'infériorité culturelle face aux Anglais. Dès lors, la défense de la langue se confond avec celle de l'identité afrikaans, ..

En 1877 S. J. du Toit publie le premier livre d'histoire des Afrikaners, écrit qui plus est en afrikaans, Die Geskiedenis van ons Land in die Taal van ons Volk (« L'histoire de notre pays dans la langue de notre peuple ») qui s'apparente à un manifeste politique des Afrikaners empreint de mysticisme. Il relate la lutte d'un petit peuple élu pour rester fidèle au dessein de Dieu, de la révolte de 1795 aux exécutions de Slagter's Neck en 1815, du Grand Trek de 1836, identifié à l'exode d'Égypte, au meurtre de Piet Retief et au triomphe de Blood River..

Après avoir obtenu d'abord que le néerlandais soit considéré comme une des deux langues nationales, le combat du mouvement identitaire afrikaner se focalise sur la promotion de l'afrikaans, le droit d'enseignement en cette langue et le droit de le parler dans les administrations publiques. C'est au bout d'un long combat culturel et linguistique qu'en 1925 le gouvernement de James Barry Hertzog confère à l'afrikaans le statut de langue nationale (à la place du néerlandais originel) aux côtés de l'anglais. Jusqu'en 1990 l'afrikaans sera une des trois langues officielles du Sud-Ouest africain, aux côtés de l'anglais et de l'allemand.

La littérature afrikaans développa une tradition poétique, tendant à romantiser l'histoire des Blancs sud-africains. C'est sans doute à cause de cette association de l'afrikaans à l'idéologie de l'« afrikanerdom » que la population noire a tant résisté à l'enseignement de l'afrikaans ( les émeutes de Soweto en 1976).

Mais une innovation importante dans les lettres afrikaans, celle des Sestigers (les « gens des années soixante »), a introduit de nouveaux courants. Ordinairement opposés à l'apartheid et influencés par exemple par Michel Foucault, l'ANC, et d'autres courants de gauche, les Sestigers ont un peu rompu les liens entre l'afrikaans et l'apartheid (mot afrikaans). On doit donc noter, parmi les écrivains afrikaans modernes les plus importants, André Brink, Breyten Breytenbach (un citoyen sud-africain et français), Deon Meyer (romans policiers) et (un poète dit « de couleur »).

Karel Schoeman, né en 1939 à Trompsburg (État libre d'Orange), est un romancier d'Afrique du Sud qui écrit en afrikaans, dont les œuvres commencent à être connues internationalement. Romans : En étrange pays (édition originale en afrikaans n’ Ander Land, 1984 /traduction anglaise Another Country, 1991, traduit de l'anglais en français en 1991, rééd. 2007), La Saison des adieux (publié en afrikaans en 1990 en Afrique du Sud, traduction française 2004, Prix Amphi 2004), Retour au pays bien-aimé (publié en afrikaans en 1972, traduit en 2006 en France), Cette vie (édition originale afrikaans en 1993, traduction française 2009, Prix du meilleur livre étranger 2009), Des voix parmi les ombres (Editions Phébus, Paris 2014), L'heure de l'ange (Phébus 2028, Prix Transfuge du Meilleur roman africain et Le jardin céleste (Actes Sud, 2022)

Depuis 1994 l'afrikaans est l'une des onze langues officielles du pays, mais en pratique, l'anglais est la seule langue publique, ce qui a poussé les Afrikaners à entamer un troisième taalbeweging (mouvement linguistique) pour rétablir l'égalité de leur langue avec l'anglais pour la troisième fois dans l'histoire. Dans l'Afrique du Sud contemporaine on a essayé d'employer le terme comme appellation ethnique pour désigner les peuples de langue afrikaans pour remplacer le mot , mais cette tentative politiquement correcte a échoué. Avant 1994 l'afrikaans était obligatoire dès l'école maternelle en Afrique du Sud. Donc, la population noire scolarisée avant 1994 a souvent des notions non négligeables de cette langue.

Classification L'afrikaans est la plus jeune des langues germaniques, issu du néerlandais du .

Population et répartition géographique Hors de l'Afrique, il existe de petits groupes de locuteurs de l'afrikaans en Australie, en Nouvelle-Zélande, ou au Royaume-Uni, nés surtout après 1991, et arrivés à la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, du fait de l'immigration de nombreux blancs locuteurs de l'afrikaans (dont des Afrikaners) : mais ces groupes sont très minoritaires, avec environ en Australie, et environ en Nouvelle-Zélande ; et face à l'anglais, très majoritaire, la langue afrikaans devrait s'effacer d'ici quelques générations, d'autant plus que déjà la majorité de ces migrants sont bilingues afrikaans/anglais. vignette|Proportion de locuteurs afrikaans vignette|Densité de locuteurs d'afrikaans

En Afrique du Sud L'afrikaans est parlé en Afrique du Sud par environ de personnes en tant que langue maternelle (estimation de 2007) et par selon la plus haute estimation — de locuteurs en tant que seconde ou troisième langue. Elle est même la langue la plus multiethnique d'Afrique du Sud. Ainsi, environ de ses locuteurs maternels sont blancs, coloured (métis), et moins de .

Elle reste la langue majoritaire dans les provinces du Cap-Occidental et du Cap-du-Nord grâce aux métis qui font de ces provinces les seules où l'afrikaans conserve son rôle de langue incontournable avec l'anglais. Elle conserve une place non négligeable dans les provinces du Gauteng et de l'État-Libre où les Afrikaners demeurent une minorité importante. L'afrikaans, pour des raisons historiques, reste une langue géographiquement disperséeStatistique Afrique du Sud. :

Cap-Occidental , soit 55,3 % de la population de la province ; Gauteng , soit 14,4 % de la population de la province ; État-Libre , soit 11,9 % de la population de la province ; Nord-Ouest , soit 7,5 % de la population de la province ; Cap-Nord , soit 68 % de la population de la province ; Cap-Oriental : , soit 9,3 % de la population de la province ; Limpopo soit 2,3 % de la population de la province ; Mpumalanga , soit 6,6 % de la population de la province ; KwaZulu-Natal , soit 1,5 % de la population de la province. soit au total de locuteurs maternels pour le recensement de 2001.

+ Utilisation de l'afrikaans comme première langue par province Province 1996 (%) 2001 (%) 2011 (%) Cap occidental 58,5 55,3 49,7 Cap oriental 9,8 9,6 10,6 Cap du Nord 57,2 56,6 53,8 État-Libre 14,4 11,9 12,7 KwaZulu-Natal 1,6 1,5 1,6 Nord-Ouest 8,8 8,8 9,0 Gauteng 15,6 13,6 12,4 Mpumalanga 7,1 5,5 7,2 Limpopo 2,6 2,6 2,6 14,4 13,3 13,5

En Namibie L'afrikaans est reconnu comme langue nationale en Namibie, où il se rapproche d'une lingua franca. La langue est parlée par 60 % de la population blanche et par la plupart de la population noire urbaine (comme seconde ou troisième langue)/. En 2011, 10,5 % des foyers namibiens parlaient l'afrikaans comme langue principale(en) Namibia Population and Housing Census 2011. H13. Language spoken. En 2011, 30 % de la population namibienne, surtout au centre et au sud du pays, avaient l'afrikaans comme seconde langue, troisième langue, ou possédaient des notions de l'afrikaans : donc, au moins 40 % des Namibiens, en 2011, maîtrisaient l'afrikaans à des degrés divers.

Au Botswana L'afrikaans est aussi parlé au Botswana comme langue très minoritaire. Environ le parlent, principalement des Afrikaners (une partie des Blancs botswanais) et des Métis, et elle était utilisée comme langue principale en 2011 par 0,4 % des foyers ().

La langue ne croît pas dans le pays, voire y diminue. Alors que l'apprentissage de l'afrikaans comme langue maternelle est stable, son apprentissage comme langue secondaire risque en effet de régresser.

Au Zimbabwe L'afrikaans est parlé au Zimbabwe depuis les années 1890 avec l'arrivée de pionniers blancs. C'est toujours la communauté blanche dite « rhodésienne » qui continue de parler la langue à ce jour, mais sa population a considérablement décru depuis l'indépendance du Zimbabwe, de même que la pratique de la langue. En 1984 il restait au Zimbabwe.. . En 1979 l'afrikaans était parlé aussi par , souvent originaires d'Afrique du Sud, et quelques milliers de Noirs de l'ethnie shona (en seconde langue). Dans les faits, l'afrikaans n'a jamais percé au Zimbabwe, où l'anglais fut toujours prédominant.

Statut Elle est l'une des onze langues officielles de l'Afrique du Sud et a le statut de langue « reconnue » en Namibie. L'afrikaans souffre depuis la fin de l'apartheid de la concurrence de l'anglais promu par le gouvernement de l'ANC. Langue quasi exclue au niveau de l'administration nationale, elle conserve tout de même dans les administrations provinciales une place importante et conserve une grande capacité de diffusion dans le privé (radio, télévision, presse). Autrefois langue de l'oppresseur et des métis opprimés, elle est désormais perçue dans l'Afrique du Sud post-apartheid comme une langue moderne. Son utilisation par la jeunesse afrikaner et les autres communautés sud-africaines a permis de redorer son blason. Malgré la concurrence de l'anglais, son dynamisme démographique (dû principalement aux métis) lui permet de continuer à occuper une place prépondérante dans le paysage sud-africain. En , l'afrikaans est reconnu, aux côtés des langues khoïsan, comme une des langues indigènes d'Afrique du Sud.

En Namibie, bien que l'afrikaans ne soit pas langue officielle, elle a le statut de langue nationale au même titre que sept autres langues.

Écriture L'afrikaans utilise l'alphabet latin. La langue étant cependant utilisée dès le par des communautés asiatiques musulmanes établies sur les côtes, elle fut régulièrement écrite en alphabet arabe. Le premier livre écrit en afrikaans le fut d'ailleurs au début du .

Orthographe Il existe de nombreux points communs avec les conventions et règles orthographiques néerlandaises. L'alphabet comprend .