Henri d'Orléans, duc d'Aumale, né le à Paris et mort le à Giardinello (Italie), est un prince du sang de la maison d’Orléans, militaire et homme politique français. Il est l'un des fils du roi Louis-Philippe.

Il est notamment gouverneur général de l'Algérie, et participe à ce titre à la reddition d'Abd el-Kader en . Il est l'un des plus grands bibliophiles et collectionneurs d'art de son temps.

Biographie Enfance Henri d'Orléans est le cinquième et avant-dernier fils de , roi des Français, et de Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, princesse de Naples et de Sicile.

L'affaire de l'héritage du prince de Condé (1830) thumb|left|110px|Portrait à en 1840, par Winterhalter. L'héritage du prince de Condé est le résultat conjugué de l'intercession de Talleyrand qui cherche à se rapprocher de la famille de Condé qui le méprise depuis l'exécution du duc d'Enghien et du désir du prince de Condé que sa maîtresse Sophie Dawes, après avoir été chassée de la Cour, regagne une position mondaine. La famille d'Orléans accepte de donner son appui à la condition que Henri de Bourbon-Condé choisisse pour héritier le duc d'Aumale. Cette manœuvre ressemble en partie à une captation d'héritage car les Rohan pouvaient également prétendre à cette successionEmmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le Prince immobile, Fayard, 2003, p. 556-558.. Selon certaines sources, le duc de Bourbon aurait rédigé un testament en faveur du duc de Bordeaux et s'apprêtait à rejoindre le roi en exil lorsque serait survenue sa mort suspecte..

En 1830, à la mort du dernier prince de Condé, son parrain, qui l'a institué son légataire universel, il hérite, à huit ans, de l'énorme patrimoine de cette lignée, estimée à de francs-or, produisant de revenus annuels. Cet héritage comprend ce qui est considéré comme le plus important patrimoine foncier français, dont le domaine de Chantilly (Oise) et d'immenses forêts en Thiérache (Aisne).

Le député d'extrême-gauche Eusèbe de Salverte interpelle le Ministère sur le paiement des droits de cette succession.

Le directeur de l'Enregistrement, Jean-Louis Calmon, répond que ces droits n'avaient pas encore été réglés, « le Gouvernement accordant toujours des délais pour l'acquittement des droits lorsqu'il est constaté que les héritiers n'ont pas les moyens de les acquitter. […] c'est ici le cas, ces droits s'élevant à plus de quatre millions. Il ne s'est trouvé dans la succession aucune valeur mobilière. Les liquidateurs de la succession ont cherché à contracter un emprunt sans y parvenir ; ils viennent de mettre en vente neuf mille arpents de bois et, avant peu de temps, les droits seront réglés »Cité par le Dictionnaire des parlementaires français, , , article « Eusèbe de Salverte »..

Formation thumb|left|Aumale à cheval, vers 1840. Aquarelle de Philippoteaux.

Il fait ses études secondaires au collège Henri-IV à Paris, puis entre dans l'armée à seize ans. À partir de 1824, le garçon eut pour précepteur Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury (1802-1887), qui devint ensuite son secrétaire particulier. Leur riche correspondance fut ensuite publiée, chez Plon et Nourrit, 1910-1914.. En 1837, il remporte le prix d’histoire au concours général, poussé par ses professeurs Jules Michelet et Victor Duruy..

La monarchie de Juillet Carrière militaire : l'Algérie (1840 – 1847) Sous-lieutenant le , lieutenant le , capitaine le , chef de bataillon le , lieutenant-colonel le , il est directeur de tir à Vincennes le . Affecté le au de ligne, il part pour l'Algérie et participe au combat de l'Affroun (), mais doit rentrer en France pour raison de santé, promu au grade de colonel du léger le . Entrant dans Paris par la rue du Faubourg Saint-Antoine, le , il manque d'être assassiné d'un coup de pistolet par François Quenisset dit Papart, un extrémisteL'attentat contre le duc d'Aumale (13 septembre 1841) sur senat.fr.Attentat et complot du 13 septembre 1841 : séance du samedi 11 décembre..

vignette|gauche|Prise de la smalah d'Abd-el-Kader à Taguin, 16 mai 1843Horace Vernet, 1844Commande du roi Louis-PhilippeMusée de l'Histoire de France (Versailles). Il revient en Algérie le avec le grade de maréchal de camp (général de brigade) et se distingue lors de la prise de la smala d'Abd El-Kader (), capitale ambulante de l'émir à Taguin. Le roi Louis-Philippe commande un tableau commémoratif au peintre Horace Vernet..

thumb|Le duc d'Aumale attaque la Smalah à Taguin le par Édouard Detaille.

À la suite de cette campagne, il est promu lieutenant-général (général de division) le et nommé commandant de la province de Constantine. Il dirige l'expédition de Biskra (1844) et prend part à la conquête armée du massif de l'Aurès : à la tête des légionnaires du colonel Mac Mahon, il enlève la position de M'Chouneche.

Inspecteur général d'Infanterie le puis des écoles de tir pour les armes à feu le , il retourne en Algérie le . En mai, Il fonde un poste qui prendra son nom jusqu'à l'indépendance du pays (Sour el Ghozlane). C'est le qu'il est nommé gouverneur de l'Algérie en remplacement de Bugeaud ; il le restera jusqu'au .

Mariage et enfants thumb|Marie-Caroline de Bourbon (1822 – 1869). Le à Naples, il épouse sa cousine germaine Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, princesse des Deux-Siciles. Ils ont huit enfants, dont deux fils seulement atteignent l'âge adulte : Louis Philippe Marie Léopold d'Orléans (Saint-Cloud, – Sydney, ), titré prince de Condé ; Henri Léopold Philippe Marie d'Orléans (château de Saint-Cloud, , mort au même lieu le ), duc de Guise ; Une fille mort-née au château de Claremont le ; François de Paule Ferdinand Marie Philippe Léopold d'Orléans. (Naples, - Twickenham, ), duc de Guise ; François Louis Philippe Marie d'Orléans (Twickenham, – Paris, ), duc de Guise ; Un fils mort-né en ; Un enfant mort-né le ; Un enfant mort-né en .

La rumeur a couru que Gustave Macon (1865 – 1930), secrétaire particulier du duc d'Aumale était son fils naturel« Assis dans un lourd fauteuil, il (feu le comte de Paris) écoute le vieil homme lui raconter pendant des heures les campagnes d'Algérie des fils de Louis-Philippe. Un sujet que monsieur Macon connaît bien, puisqu'il est lui-même, Billy (surnom de feu le comte de Paris jeune) l'apprendra beaucoup plus tard, un des fils adultérins (sic) du duc d'Aumale. » dans Contre-enquête sur le comte et la comtesse de Paris, Vincent Meylan, Pygmalion, 2007, ., alors qu'il est né lors de l'exil du prince en AngleterrePhilippe Sénéchal, Claire Barbillon (dir.), Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, Paris ..

Installation à Chantilly À compter de leur mariage, en , Henri d'Orléans et son épouse font aménager le Petit château de Chantilly, puis, souhaitant disposer de plus d'espace, projettent la reconstruction du Grand château, suivant un projet conçu en 1846-1847 par l'architecte Félix Duban. La révolution de en empêche la réalisation.

Gouverneur général de l'Algérie (septembre 1847 – février 1848)

Il succède à Bugeaud comme gouverneur général de l'Algérie le .

Le , à Nemours, près de la frontière marocaine, il vient recevoir la reddition d'Abd el-Kader. Il confirme l'engagement pris la veille par le général Lamoricière, commandant de la division d'Oran, que l'émir serait conduit à Alexandrie ou à Saint-Jean d'Acre, engagement qui ne sera pas respecté, compte tenu de la situation politique en France.

L'exil en Angleterre vignette|Henri, duc d'AumaleJames Sant , 1848-1860Royal Collection. Il se démet de ses fonctions après la révolution de 1848 et s'exile en Angleterre () où dès la mort de (1850), il s'installe à Orleans House, près de Twickenham.

C'est un

(François Guizot, 1847).

Il achète, en 1853, au banquier Dawson Turner l'Aristophane de Rabelais après expertise par le bibliophile, éditeur et expert d'ancien Jacques-Joseph Techener.

Plusieurs photographies de cette maison et du duc, seul ou en groupe, sont reproduites dans L'Album de famille de son arrière-petit-neveu homonyme Henri d'Orléans (1908 – 1999), comte de ParisL'Album de famille, Perrin, 1996.. De même qu'un des douze clichés pris en par le photographe Camille Silvy (1834 – 1910), sous le du catalogue de l'exposition Musée Condé, Chantilly, 13/10/2004 - 3/01/2005, Somogy, 2004, )..

Sa résidence est voisine du célèbre Strawberry Hill, ancienne demeure néo-gothique d'Horace Walpole, esthète et collectionneur ; le duc devint ami intime de sa propriétaire, Frances, épouse du de Waldegrave, descendant des héritiers de Walpole, qui lui légua en 1879 un double portrait que celui-ci commanda à Reynolds en 1761..

Durant cette période, il s'adonne à l'écriture de récits historiques. Il est notamment l'auteur d'une Histoire des princes de Condé et de recherches sur La Captivité du roi Jean et Le Siège d'Alésia, ainsi que d'études sur Les Zouaves, Les Chasseurs à pied et L'Autriche, parues dans la Revue des Deux Mondes.

Cependant dès le début de son exil il écrivait à son professeur et ami Guérard : , et en 1853 il acquit du prince de Partanna le domaine du Zucco à l'ouest de Palerme, soit

En 1856, l'éditeur et bibliophile Jacques-Joseph Techener achète pour le duc le précieux ouvrage C. Julli Cæsaris Commentarii ancienne possession de Montaigne lors de la vente de la bibliothèque de l'homme de lettres Jean-Pierre-Agnès Parison (1771-1855). gauche|vignette|Portrait du duc d’Aumale. En 1861, dans une brochure intitulée Lettre sur l'histoire de France adressée au prince Napoléon, il réplique vivement au prince Napoléon, cousin de , qui, dans un discours au Sénat le , avait attaqué les membres des familles royales accusés de trahir « leur drapeau, leur cause et leur prince pour se faire une fallacieuse popularité personnelle ». La brochure est saisie, l'éditeur et l'imprimeur condamnés.

En 1865, le gouvernement impérial s'oppose également à la publication de l’Histoire des princes de Condé, qui paraît finalement en 1869.

En 1867, le fils Techener, libraire et expert de confiance d'Henri d'Orléans, achète pour ce dernier, dans le cadre de la vente de la bibliothèque du manufacturier et bibliophile Nicolas Yemeniz, l'ouvrage d'Alain Chartier de Vérard sur peau de velin pour la somme 11.050 francs, ce qui fait de celui-ci un des ouvrages les plus chers de l'époque.

Bibliophile, le duc suivait très assidûment le Bulletin du bibliophile fondé par Jacques-Joseph Techener et l'académicien Charles Nodier en 1834.

Actionnaire dans la presse Le duc d'Aumale commence à investir dans la presse, devenant de 1858 à 1860, un des propriétaires de la Continental Review, publication britannique et en prêtant de l'argent à Édouard Feuilhade de Chauvin, un des propriétaires du Courrier du dimanche.

En 1865, il investit dans un journal éphémère, L'Époque qui avait été repris par Ernest Feydeau et en 1868, il prend une participation dans le journal Le Siècle, par l'intermédiaire de Léon Plée. De 1867 à 1890, il est un des actionnaires principaux du journal Le Temps, Raymond Cazelles, 1971..

Retour en France En , il apprend à Bruxelles de Jules Claretie le désastre de Sedan et assiste impuissant à la déroute de l'armée française ; après avoir offert de combattre, il revient en France avec son frère le prince de Joinville, mais ils sont reconduits au bateau.

Le , il est élu député de l'Oise, comme son frère dans la Haute-Marne, mais l'hostilité de Thiers les poursuit.

Fin 1871, les lois d'exil de sont rapportées.

Le , il est élu, par 28 voix sur 29 votants, au 21e fauteuil de l'Académie française, où il succède au comte Charles de Montalembert. Il est reçu par Alfred Auguste Cuvillier-Fleury, le . En 1880, il sera reçu à l'académie des Beaux-Arts, puis en 1889 à l'académie des Sciences morales et politiques

Reconstruction du château de Chantilly À son retour en France, en 1871, il reprend possession du domaine de Chantilly et poursuit son projet de reconstruction du Grand château, cette fois confié à Honoré Daumet.