La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNU) est une bibliothèque française ayant le statut d'Établissement public à caractère administratif. La BNU est, depuis 1918, la seconde de France par le nombre des ouvrages conservés (plus de trois millions de documents comprenant monographies et périodiques imprimés, manuscrits précieux, objets patrimoniaux) et l'un des plus beaux fonds patrimoniaux de France.

Elle est située place de la République, au cœur de la Neustadt, dans un bâtiment réalisé par les architectes August Hartel et Skjold Neckelmann.

L'édifice fait l'objet d'une inscription et d'un classement au titre des monuments historiques depuis le .

Historique

Création et intégration à la France vignette|gauche|La KULBS lors de son ouverture en 1895. Avant 1870, Strasbourg disposait déjà de collections remarquables. Deux bibliothèques, surtout, s'y distinguaient : la bibliothèque du séminaire protestant, d'une part, dont l'origine remontait au Gymnase Jean-Sturm () et devenu en 1621 l'université protestante et, d'autre part, la bibliothèque municipale créée au à partir de l'achat de la bibliothèque privée de l'historien strasbourgeois Jean-Daniel Schoepflin (1694-1771). En 1870, ces deux bibliothèques rassemblent plus de volumes, dont au moins manuscrits parmi lesquels une encyclopédie de la connaissance médiévale réalisée au sous la direction de l'abbesse Herrade de Landsberg, l'Hortus deliciarum. Cet ouvrage prenait place aux côtés d'œuvres non moins remarquables telles celles de Maître Eckhart, Jean Tauler ou Konrad von Würzburg et dont aujourd'hui il ne reste plus rien.

Dans la nuit du 24 au , l'église du Temple-Neuf, bombardée, brûle intégralement emportant avec elle la totalité des deux collections que nous venons d'évoquer. Parmi la communauté des savants et des universitaires, le choc provoqué par cette destruction amène à un appel aux dons, lancé le par Karl August Barack, d'abord bibliothécaire des princes de Fürstenberg puis le premier administrateur de la bibliothèque strasbourgeoise recréée. Cet appel est un succès. Lors de son inauguration, le , volumes sont déjà disponibles et installés au Palais Rohan. La bibliothèque prend alors le nom de Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek zu Strassburg (KULBS) par une déclaration officielle du , confirmée par un décret impérial du . Le château s'avère rapidement trop étroit et trop peu sûr pour abriter les collections. Le , la bibliothèque intègre officiellement le bâtiment de style néo-Renaissance italienne, situé place de la République (alors Kaiserplatz).

Les collections qui vont rapidement affluer détermineront largement l'influence que la BNU exerce aujourd'hui dans l'aire culturelle germanique. Parmi les plus notables, il faut relever d'emblée l'envoi par la bibliothèque universitaire de Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad) de doubles précieux (dont 27 incunables) ultimes témoignages désormais de cette bibliothèque, intégralement anéantie durant la Seconde Guerre Mondiale. Se sont joints au mouvement les bibliothèques universitaires ou régionales de Göttingen, Munich, Dresde, Heilbronn, Schweinfurt et de nombreux libraires. L'empereur Guillaume a lui-même offert volumes de sa collection personnelle. En 1875, on comptait donateurs et, en 1879, la bibliothèque possédait volumes, devenant la quatrième bibliothèque d'Allemagne. Dès les premières années de fonctionnement, la bibliothèque s'est résolument orientée vers une attentive réponse aux besoins de la recherche, déléguant aux bibliothèques des instituts la fonction d'étude. Sous la direction de Julius Euting, la Bibliothèque universitaire de Strasbourg a constitué l’un des fonds d’orientalisme les plus riches d’Europe.

Après la Première Guerre mondiale et le retour à la France des territoires perdus en 1870, la question de l'avenir de la Bibliothèque s'est posée. La nature singulière de la bibliothèque rendait complexe son intégration dans le paysage institutionnel français. Après plusieurs années d'hésitation, le gouvernement français se décide de maintenir le caractère atypique de la bibliothèque. C'est ainsi qu'un décret du fait de cette bibliothèque un établissement public national.

Durant la Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, suivant les directives données par le ministère de l'Instruction publique et le ministère de l'Enseignement supérieur, les bibliothèques françaises se replient vers les zones moins proches des éventuels lieux de bataille. la grande majorité des collections est transférée, suivant le mouvement de l'université de Strasbourg vers Clermont-Ferrand. Depuis 1933, la BNU a organisé sous l'impulsion de son administrateur d'alors, Ernest Wickersheimer, un plan de déplacement. La ville de Strasbourg est évacuée le . À la suite des habitants, 1,5 million de volumes de la BNU ainsi que les bibliothèques des instituts de l'université seront déménagés vers le sud. « L'administrateur mobilisé délègue ses pouvoirs à la bibliothécaire Kuhlmann, qui fait mettre en caisses en à peine plus de trois jours, grâce aux procédures éprouvées en 1938, la Réserve, la collection numismatique et les archives administratives, évacuées en 264 caisses le Poulain, Martine. Livres pillés, lectures surveillées. Paris: Éditions Gallimard, NRF essais, 2008, et . ». Divers lieux de stockage sont retenus dans le Puy-de-Dôme pour abriter les collections les plus précieuses, en particulier trois châteaux autour de Clermont-Ferrand : le château des Quayres, le château de Cordès et le château de Theix à Saint-Genès-Champanelle ainsi qu'à Châteaugay et Pont-du-Château. D'autres collections sont mises « à l'abri » ultérieurement dans différents endroits, en Alsace par exemple (commune de Barr).

Dans sa partie nord, le bâtiment se trouvant place de la République est légèrement touché par un bombardement durant le mois de : celui-ci provoque des dégâts sensibles, sans pour autant atteindre les façades. On déplorera à la suite de ce bombardement la perte de des collections. La ville de Barr ayant fait l'objet d'une attaque aérienne d'une grande violence, les collections entreposées là par la BNU - en particulier les riches collections de médecine, seules survivantes du désastre de 1870 - seront anéanties. Avant de quitter Strasbourg, les troupes d'occupation allemandes transfèrent vers l'intérieur du Reich d'importants ensemble de collections. À la Libération, ce ne seront pas moins de qui seront retrouvées au château de Zwingenberg, à la Bibliothèque d'État et universitaire de Basse-Saxe à Göttingen, et à l'université de HohenheimPoulain, Martine. Livres pillés, lectures surveillées. Paris: Éditions Gallimard, NRF essais, 2008, ..

Les recherches se sont poursuivies dans de nombreuses régions : Hesse, lac de Constance, Forêt-Noire… Au total, pour la période, on évalue les pertes de la BNU à ouvrages (destructions, vols, censure). En ce qui concerne les très riches décors de l'époque wilhelmienne, la dépose sera motivée à la suite de la guerre, par un important projet de restructuration (de 1951 à 1956) qui aboutira à l'anéantissement intégral de ce décor intérieur (des sondages récents ont démontré qu'il n'existe plus aujourd'hui aucune trace de celui-ci). thumb|180px|Gustav Mühl (1819-1880), premier conservateur de la section des Alsatiques entre 1874 et 1880.|alt=Gustav Mühl

Projet BNU Nouvelle : chantier national

L'État prépare depuis 2003 en étroite collaboration avec les collectivités territoriales un important projet de restructuration de la bibliothèque. Si l'ensemble des travaux a été estimé, à l'origine, à 50 millionsLaurence Sanantonios, « Une BNU « nouvelle » », dans Livres Hebdo, 706, 19 octobre 2007, p. 63., le montant total des dépenses s'élève désormais, pour le seul bâtiment de la place de la République, à 61 millions d'euros. Le complexe de bâtiments de la rue Joffre doit faire aussi l'objet d'une restructuration évaluée à 14 millions d'euros, les moyens pour ce faire n'étant, pour l'heure, pas budgétés. L'État assure la plus grande part des financements du chantier de la place de la République puisqu'il apporte 40,5 millions d'euros. Les collectivités territoriales s'engagent aux côtés de l'État et participent largement à ce projet en assurant de sensibles contributions, chacune apportant 6,8 millions d'euros. C'est ainsi qu'aux côtés de l'État, la Région Alsace, le conseil général du Bas-Rhin et la Communauté urbaine de Strasbourg sont une nouvelle fois partenaires de la BNU.

Le concours lancé pour la restructuration des espaces intérieurs a été remporté par l'agence Nicolas Michelin ; son projet prévoit la démolition partielle des structures internes du bâtiment (planchers entre autres). L'objectif est, en particulier, de retrouver la centralité du dôme dans la structure générale, de créer une continuité entre la décoration des façades et des espaces intérieurs et de retrouver la lumière zénithale qui se diffusera à tous les plateaux grâce à l'évidement de certains murs et l'installation d'éléments métalliques réfléchissants. Des mètres carrés seront gagnés sur les cours intérieures afin d'accroître le nombre de places disponibles (de 500 à 660), le nombre d'ouvrages en libre accès (de à ) et de dédier spécifiquement certains espaces à la vie culturelle (salle d'exposition de , auditorium de 140 places).

Les déménagements des linéaires du bâtiment République ont été organisés autour de trois emplacements : la bibliothèque municipale de la rue Kuhn (une convention a été signée avec la ville de Strasbourg à cet effet) pour quelque linéaires, le bâtiment dit Cardosi, situé 9, rue Fischart et racheté aux Archives départementales du Bas-Rhin, pour près de linéaires et un troisième emplacement se trouvant à Entzheim où plus de linéaires ont été installés. L'achat du bâtiment rue Fischart permettra à la BNU à terme de s'agrandir et de disposer de davantage de kilomètres linéaires et de parvenir à assurer un accroissement des collections optimal (de linéaires disponibles aujourd'hui la BNU passera à linéaires en 2014). La fermeture du bâtiment place de la République a été officiellement faite le . Les travaux sont prévus pour s'étendre sur trois années, la réouverture étant fixée au cours de l'année 2014. L'année 2011 a été notamment consacrée à la destruction de la plupart des planchers mais aussi au rehaussement temporaire de la coupole de pour l'installation de colonnes de béton devant supporter la coupole. En 2012-2013, la construction des nouveaux espaces sera exécutée, avec, par exemple, le montage de l'escalier monumental, symbole de cet important chantier, Si la partie emblématique de la BNU n'est plus ouverte au public, les services ne continuent pas moins à être assurés pleinement et les documents restent tous consultables par les usagers, universitaires ou non. De la même manière, la BNU poursuit une politique d'action culturelle avec l'appui de nombreux partenaires et assure, hors les murs, expositions, conférences et activités en lien avec les collectivités et les associations étudiantes.

La BNU est rouverte au public le à l'occasion d'un week-end « portes ouvertes ». Son fonctionnement normal reprend le .

Directeurs et administrateurs de l'établissement

Le responsable de la bibliothèque porte le titre d'administrateur de 1926 à 2020.

Les directeurs (de 1870 à 1926) Karl August Barack, 1871-1900 Julius Euting, 1900-1909 Georg Wolfram, 1909-1918 Samuel Landauer, 1918 (par intérim) Ch. Klein, 1918-1919 (par intérim) Ernest Wickersheimer, chargé de mission -, puis titulaire, 1920-1926

Les administrateurs (1926 à 2020) Ernest Wickersheimer, 1926-1950 (à Clermont-Ferrand de 1941-1945) Albert Schmitt-Claden, 1940- (à Strasbourg) Karl Julius Hartmann, 1941-1945 (à Strasbourg) Maurice Piquard, 1950-1953 Georges Collon, 1953-1959 Norbert Schuller, 1959-1974 Jean Sansen, 1975-1978 Lily Greiner, 1978-1988 Michel Boisset, 1988-1992 Gérard Littler, 1992-2002