Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, dite Madame de Montespan, baptisée à Lussac-les-Châteaux le et morte à Bourbon-l'Archambault le , est marquise de Montespan par son mariage avec Louis Henri de Pardaillan de Gondrin.

Elle est connue pour sa liaison avec le roi Louis XIV, qui dura plus de dix ans (de 1667 à 1678) et de laquelle sont nés sept enfants. La marquise fut une mécène importante pour de nombreux artistes du Grand Siècle comme Molière, Jean de La Fontaine ou encore Philippe Quinault.

Biographie Jeunesse Née en . au château de Lussac-les-Châteaux et baptisée le , Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart est la fille de Gabriel de Rochechouart de Mortemart, premier gentilhomme de la Chambre du roi Louis XIII, et de Diane de Grandseigne, dame d'honneur de la reine Anne d'Autriche. Françoise, qui adopte ultérieurement le nom d’Athénaïs sous l'influence de la préciosité (sans doute en référence à Athéna, déesse de la guerre dans la mythologie grecque alors très en vogue), est d'abord placée vers l'âge de onze ans à l'abbaye aux Dames de Saintes où elle reçoit une éducation soignée réservée à une douzaine de pensionnaires de la haute noblesse. Elle en sort en 1658, sous le nom de Mademoiselle de Tonnay-Charente pour regagner la Cour de France. Grâce à l'intervention d'Anne d'Autriche et à sa tante Anne de Rochechouart de Mortemart, une de ses camarades de jeu, la jeune fille est peut-être attachée au service d'Henriette d'Angleterre, belle-sœur de , ou. du moins elle entre au service de son époux, Monsieur, frère du roi. Réputée pour sa beauté, elle devient un parti convoité..

Le , elle épouse Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan (1640-1691) en l'église Saint-Sulpice à Paris, dont elle a Marie-Christine de Gondrin de Montespan (1663-1675) et Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, marquis puis duc d'Antin (1665-1736). Très introduite dans les salons littéraires du quartier du Marais, elle séduit par ses bons mots. Son mari s'étant endetté, les Montespan sont réduits à habiter rue Taranne un logement médiocre. Madame de Montespan, devenue la dame d'honneur de la reine, est très présente à la cour où elle devient l'amie et la confidente de sa future rivale, Madame de Maintenon.

Favorite du Roi-Soleil Elle rencontre à l'automne 1666. Occupé par son amour pour sa favorite, la duchesse Louise de La Vallière, il ne fait tout d'abord pas attention à elle. Mais, lorsqu'elle se lie avec La Vallière jusqu'à devenir sa confidente, le roi, la rencontrant souvent chez sa maîtresse et chez la reine, remarque sa conversation piquante, naturelle et enjouée. (esprit Mortemart) écrit de Sévigné. De plus, le roi commençait à montrer des signes de lassitude envers Louise de la Vallière à cause de son comportement réservé. Insensiblement, se laisse charmer par la belle marquise, mordante sans méchanceté et agréable conteuse. On convient que de Montespan ridiculisait beaucoup de gens, uniquement pour amuser le roi. Ses sarcasmes n'étaient pourtant pas sans danger ; les courtisans les craignaient. Ils évitaient surtout de se laisser voir sous ses fenêtres quand était avec elle ; ils appelaient cela .

La marquise devient la maîtresse du roi en mai 1667. Son mari fait un scandale à la cour lorsqu'il apprend la nouvelle. Il traite le roi de et menace sa femme de la violer après avoir couché avec toutes les putains de Paris pour qu'il attrape la vérole. Il est promptement enfermé au For-l'Évêque, puis exilé sur ses terres, en Gascogne. Il organise ensuite le simulacre des funérailles de son amour, une tombe avec une simple croix en bois ornée des dates 1663-1667. Le roi tente de désamorcer le scandale en lui proposant un titre de duc, mais le mari cocu refuse.

La liaison avec le roi devient bientôt publique sans être officielle ; Madame de La Vallière, célibataire, sert malgré elle de paravent au double adultère. Le , jour du « Grand divertissement royal » qui célèbre officiellement le traité d'Aix-la-Chapelle, est un hommage discret à la nouvelle favorite et à son arrivée à la Cour.. Elle s'établit dans un appartement à peu de distance de celui du monarque, et les courtisans clairvoyants n'ont pas de peine à expliquer pourquoi l'un et l'autre se dérobent en même temps au cercle de la reine. La sensible La Vallière n'est pas la dernière à s'apercevoir de cette nouvelle liaison. Il n'y a que la reine qui refuse l'évidence. De fait, Madame de Montespan a su la persuader de sa vertu. C'est en 1670 que sa faveur éclate officiellement lors d'un voyage aux Pays-Bas où elle fait une partie du voyage dans la voiture du roi et de la reine ; lorsqu'elle monte dans la sienne, quatre gardes du corps entourent les portières.

, écrit Madame de Sévigné, , la faveur de la marquise est aussi traversée de crises violentes. La favorite officieuse se montre capricieuse, autoritaire, dépensière, brûlante d'ambition et de jalousie. Elle fait même des scènes au roi, allant jusqu’à lui faire remarquer que sa famille est plus ancienne que la maison de Bourbon ; elle n’épargne aucun de ses rappels orgueilleux de la devise de sa maison à son amant : . De son côté, la douce et timide Louise de La Vallière ne veut pas céder la place mais n'est pas de taille à lutter. Elle cherche à se retirer dans un couvent mais par politique, le roi la retient à la cour. La favorite officielle supporte tout : les rebuffades de son amant, les railleries de sa rivale triomphante, le mépris des courtisans.

En 1673, le roi reconnaît et légitime les enfants que la marquise lui a donnés. Cependant, pour éviter un esclandre du marquis de Montespan, le nom de la marquise est omis dans les actes de légitimation et les « légitimés » y apparaissent comme enfants du seul roi. Titrés, ils seront élevés à la cour par l'inévitable dame Scarron bientôt titrée à son tour marquise de Maintenon.

En 1674, Louise de La Vallière quitte la cour pour entrer au couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jacques, non sans avoir dans une scène édifiante demandé pardon à la reine. de Montespan devient alors la favorite en titre mais toujours pas officielle (à cause de son mari). Ses grossesses successives lui ayant fait perdre une partie de sa beauté, de Montespan, redoutant la disgrâce, fait supprimer la présence des filles d'honneur de la reine, tant par la crainte qu'elle a du goût de la nouveauté de son amant — elle peut trouver plus d'une rivale parmi les jeunes personnes qui se succèdent rapidement — que par le souci de cacher la naissance des enfants nés de leur liaison.

En , elle dépose au Châtelet de Paris une demande de séparation d'avec son mari. Le chancelier de la reine, Gaspard III de Fieubet, est chargé de représenter les intérêts de Madame de Montespan. L'affaire est rondement menée, suivant le désir de Louis XIV, qui enjoint à Colbert : . Fieubet accomplit sa tâche et le verdict, rapide, est en faveur de la maîtresse du roi. Celle-ci utilise ensuite Fieubet pour conclure une transaction financière avec son mari.

Enfants vignette|Deux des filles de Madame de Montespan, Mademoiselle de Blois et Mademoiselle de Nantes, servies par leur esclave noir, vers 1690. De cette liaison royale, sept enfants sont nés, parmi lesquels six ont été légitimés (les lettres patentes de légitimation enregistrées au Parlement de Paris ne mentionnent pas leur mère, mariée à un autre homme) et quatre atteignirent l'âge adulte. : Premier enfant tenu secret (1669-1672) - selon les sources, ce serait une fille, Louise Françoise., ou un garçon de prénom inconnu ; Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine (1670-1736), marié à Louise-Bénédicte de Bourbon ; Louis-César de Bourbon, comte de Vexin, abbé de Saint-Germain-des-Prés (1672-1683) ; Louise-Françoise de Bourbon, Mademoiselle de Nantes (1673-1743), épouse Louis de Bourbon, duc de Bourbon, prince de Condé ; Louise Marie Anne de Bourbon, Mademoiselle de Tours (1674-1681) ; Françoise-Marie de Bourbon, la seconde Mademoiselle de Blois (1677-1749), qui épouse Philippe d'Orléans ; Louis-Alexandre de Bourbon (1678-1737), comte de Toulouse.

Elle confie alors leur éducation à Scarron, la future Madame de Maintenon, par la suite sa rivale. Mais, avec le temps, la marquise, fatiguée de cette gênante pudeur, s'en débarrasse et ne prend plus la peine de dérober ses enfants au public.

Un règne fastueux thumb|Madame de Montespan par Pierre Mignard.|alt=|280x280px L'emprise que l'orgueilleuse maîtresse exerce sur le cœur du roi la fait bientôt prétendre à obtenir de l'autorité dans les affaires. Elle dispose de tant de moyens d'influer sur l'esprit du roi que de nombreux ministres et courtisans se soumettent à elle : on demande et on suit ses conseils. , lui-même abusé par la vivacité et l'apparente étourderie de la marquise, la montre aux ministres comme une enfant. Cette enfant connaît ainsi de nombreux secrets d'État. de Montespan se montre également passionnée par le luxe qui, durant sa faveur, s'étend partout, polit les mœurs — en les corrompant peut-être — imprime tant d'activité au commerce, aux manufactures, et donne un grand essor au génie des beaux-arts. Plus qu'une simple favorite, elle est désormais surnommée à la Cour la « sultane reine »..

Il est permis de croire qu'elle a contribué à développer chez ce goût des grandes choses et de la magnificence. Le roi lui ayant fait construire à Versailles le majestueux château de Clagny, la marquise crée autour d'elle une cour brillante où domine le bel esprit. Elle protège notamment La Fontaine, Molière et Quinault. La Grande Mademoiselle relate avoir par inadvertance intercepté un billet doux de Frontenac à Madame de Montespan, où il dit qu'il en est .. L'époque Montespan s'avère la plus brillante et la plus glorieuse du règne du Roi-Soleil.

Disgrâce vignette|La Voisin et le prêtre Étienne Guibourg en train de célébrer une messe noire avec assassinat rituel d'un nourrisson pour Madame de Montespan (allongée sur l'autel). Gravure de 1895 par Henry de Malvost. La beauté de Madame de Montespan s'émousse à mesure qu'elle prend de l'embonpoint. Dans le même temps, avec l'âge, éprouve le besoin d'une vie plus régulière, encouragé en ce sens par Madame de Maintenon, devenue entre-temps l'amie (et maîtresse) du roi. Celle-ci, forte d'une réputation sans tache (bien qu'elle eût traîné beaucoup de cœurs dans sa jeunesse, et fût même devenue la maîtresse de Louis de Mornay, marquis de Villarceaux), emprunte la voie de la religion et de la morale pour ramener Louis de ses erreurs. Les sévères exhortations de de Maintenon frappent le roi par leur justesse ; mais habitué depuis longtemps à l'attrait du plaisir, il s'y laissait entraîner avec de Montespan pour revenir ensuite déplorer sa fragilité auprès de de MaintenonJe connais mon mal madame (disait Louis XIV à cette dernière) j'en ressens quelquefois de la honte; vous voyez que j'ai fait ce que j'ai pu pour me retenir d'offenser Dieu et ne plus m'abandonner à mes passions mais elles sont plus fortes que la raison; je ne puis résister à leur violence…. Telle est la cause de la jalousie réciproque entre les deux femmes ; doit lui-même intervenir dans leurs querelles pour les raccommoder, pour les voir de nouveau se brouiller le lendemainJ'ai plus de mal à mettre la paix entre vous qu'à la mettre entre les pays de l'Europe. disait Louis XIV en riant.