Le pont de la Confédération relie, depuis 1997, l'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick en enjambant le détroit de Northumberland sur la côte est du Canada. Avec ses , c'est le plus long pont au-dessus d'une étendue maritime prise par les glaces dans le monde. La route à deux voies de de large fait partie de la route Transcanadienne entre Borden-Carleton, à l'Île-du-Prince-Édouard, et une pointe juste à l'ouest de Cap-Tourmentin, au Nouveau-Brunswick. C'est un pont en poutre-caisson, comptant 62 travées de de portée chacune, en béton. La plus grande partie du pont courbe est à au-dessus de l'eau, mais il contient une section à de hauteur pour permettre le passage des bateaux.

Histoire En 1873, la colonie britannique de l’Île-du-Prince-Édouard se joignait au Dominion du Canada à certaines conditions, par une des lois constitutionnelles du Canada. L'une de celles-ci portait sur la liaison maritime entre l’Île et le continent, et se lisait comme suit : « Le gouvernement du Dominion prend en charge les dépenses relatives (...) au transport toute saison par bateaux à vapeur, dans de bonnes conditions d'efficacité, des passagers et du courrier, entre l'Île et le continent (...) ». Le Gouvernement du Canada a donc institué un service de traversier entre le Nouveau-Brunswick et l'Île pour satisfaire à cette promesse.

Au fil des ans, des projets ont été présentés pour la construction d'un lien permanent, pont ou tunnel, mais la distance à couvrir et les conditions de glaces en hiver ont longtemps rendu le projet difficile. Ceci est sans parler des coûts astronomiques qu'un tel lien engendrerait pour desservir une population de moins de personnes, ainsi que les réticences de certains insulaires qui y voyaient la perte possible du caractère particulier de leur île.

vignette|gauche|Le pont enjambe la partie la plus étroite de détroit de Northumberland.

À la fin des années 1980, la construction d’un pont enjambant la partie la plus étroite de détroit de Northumberland est devenue une possibilité qui fait l’objet d’études de faisabilité et de débats politiques. Les opinions des agriculteurs, des pêcheurs, des exploitants d'entreprises touristiques et des résidents de l’Île-du-Prince-Édouard divergent radicalement quant à la façon dont l’accès à longueur d'année à la partie continentale de la province transformerait leur mode de vie et leurs moyens de subsistance. Finalement, ces questionnements ont été résolus par un vote des résidents dans un référendum le dont le résultat fut de 59,4 % en faveur d'un raccordement permanent.

vignette|gauche|Panneau routier lumineux sur le pont de la Confédération.

La décision est finalisée après que le gouvernement du Canada s'est assuré que la construction d’un tel ouvrage le relèverait de son obligation d’assurer une liaison maritime et eut signé dans une entente fédérale-provinciale avec le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard en 1993. La modification suivante est apportée à l’Annexe du Décret en Conseil de 1873 : « Qu’un ouvrage de franchissement reliant l’Île et le continent remplace le service de bateaux à vapeur visé par la présente annexe. »

Le coût de construction total a atteint un milliard de dollars canadiens. Un comité consultatif a retenu trois noms des reçues de la part du public et c'est Diane Marleau, la ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux d'alors, qui a annoncé le nom retenu le : Pont de la Confédération. Ce dernier a été inauguré par la ministre Marleau le , après quatre ans de travail par plus de cinq mille travailleurs locaux. La Strait Crossing Bridge Limited entretient et gère le pont jusqu'en 2032, date à laquelle le pont reviendra au Gouvernement du Canada.

Changement de nom proposé En 2022, la législature provinciale a approuvé à l'unanimité une demande à Ottawa de changer le nom du pont en Epekwitk Crossing. La Motion 116 adoptée le 29 avril rappelle que un comité avait reçu le mandat de soumettre des noms pour le futur pont dans les années 1990. Ce comité avait alors signifié à Ottawa que sa préférence allait à Abegweit Crossing (Traverse ou Traversée) et avait soumis ce nom, avec deux autres choix : pont de la Confédération et pont du détroit de Northumberland.

Situation géographique vignette|Position du pont sur la carte. Le détroit de Northumberland, une branche du golfe du Saint-Laurent passant entre le continent et l'Île-du-Prince-Édouard, est peu profond et subit des marées qui ont jusqu'à de hauteur. Le pont enjambe le point le plus étroit du passage Abegweit de profondeur maximale de et les courants y sont forts à cause du resserrement.

Le climat est frais et humide dû à la présence des eaux froides du golfe. En hiver, la glace se forme à la mi-décembre et ne disparaît qu'à la fin avril mais ne constitue pas une masse continue à cause des courants et des vents qui la déplacent. Les vents exercent une pression sur les glaces qui s'entassent souvent les unes sur les autres, formant des crêtes qui peuvent atteindre plus de d'épaisseur. La glace peut également s'étendre vers le bas jusqu'à 11 mètres ou plus de profondeur.

Le détroit renferme de grandes quantités de plancton ce qui en fait une aire de croissance importante pour les invertébrés et les poissons. Les espèces ayant la plus grande valeur commerciale sont le homard, le pétoncle et le hareng mais on y rencontre une multitude d'autres mollusques, de poissons, d'oiseaux et de mammifères. Ses rives comportent de nombreuses espèces vivant en milieu humide de façon permanente ou saisonnière. La route d'accès qui mène au pont traverse la réserve nationale de faune du Cap-Jourimain, une région écologique d'une grande diversité biologique qui est protégée en raison de ses habitats uniques en milieu humide.

Les conditions physiques et biologiques particulières de l'endroit ont été étudiées afin de minimiser les effets négatifs du projet. Les piles devaient pouvoir résister à la pression des glaces tout en ne perturbant pas le milieu naturel. Elles n'occupent pas plus de 10 % de la superficie de la section du détroit que le pont traverse.

Aspects techniques Conception vignette|Segment de soutien du tablier exhibé près de l'entrée du pont. vignette|Détails de la structure du pont.

Un consortium dirigé par la coentreprise J. Muller International and Stantec a conçu la structure du Pont de la Confédération. Il mesure 11 m de large, comporte une voie de circulation de de large et un accotement dans chaque direction. Il comprend également un corridor étroit muni de câbles pour assurer les services publics de la partie continentale à l’Île-du-Prince-Édouard. Il a été conçu pour permettre le passage de quelque à l'heure dans chaque direction avec une pente de la chaussée maximale de 4 %.

Il passe sur la plupart de sa longueur à au-dessus du niveau de la mer. En raison de sa longueur : , le pont comporte plusieurs travées préfabriquées en béton. Les ingénieurs ont intégré des courbes afin de s'assurer que les conducteurs demeuraient attentifs et ainsi réduire les risques d'accidents. La plus grande courbe de la travée prévue pour permettre la navigation se trouve à au-dessus du niveau de l'eau . Ce canal de de largeur et dont la hauteur libre est de permet le passage de navires océaniques. Les travées latérales offrent une hauteur libre de pour les bateaux de pêche et de plaisance.

On compte de route sur la terre ferme entre les routes d'accès à chaque extrémité et la partie au-dessus de l'eau. On retrouve au total 15 piles sur ces deux tronçons. Le pont lui-même comprend trois parties : l’approche du pont Ouest, de de long à partir de l’île Jourimain, comportant 14 piles; l’approche du pont Est, de de long à partir de Borden-Carleton, comportant sept piles ; la partie principale du pont, de de long reliant les deux autres parties et comportant 44 piles.

Il a été conçu pour une durée de vie utile de 100 ans. Il est d'une conception suffisamment résistante pour affronter les conditions environnementales sévères du détroit de Northumberland. Il compte plusieurs dispositifs de sécurité : limites de vitesse strictes, revêtement de route qui diminue l'éclaboussement des véhicules par temps de pluie et plus de bouches d’évacuation de la pluie et de la neige fondante. Un total de 22 caméras de télévision en circuit fermé et le personnel assure l'entière surveillance 24 heures sur 24. Les feux de circulation, les signaux d'urgence et les téléphones sont reliés à un système d’alimentation sans coupure.

Construction vignette|gauche|Vue de la chaussée du pont de la Confédération en direction de l'Île.

vignette|Vue d'un des piliers du pont avec à la base le bouclier conique anti-glace. Le pont a été construit au moyen de grands voussoirs préfabriqués, réalisés en béton haute performance de niveau B55 et même B100Commentaire: B55 et B100 sont des normes de résistance du type C45/55 et C90/105 pour béton résistant au gel et produits chimiques. en ce qui concerne les boucliers anti-glace. Les fondations consistent en des semelles précontraintes de de diamètre pesant chacune 3700 à , les fûts de pile de à et les fléaux . L'image de droite montre la structure des sections du pont et de ses piliers : Section de poutre principale (longueur : ) ; Section intermédiaire (longueur : ) ; Point d'appui (dimensions : ) ; Piles à base conique (hauteur : 29 à , diamètre : à la base conique qui sert à briser les glaces de mer) ; Base des piles sous le pilier (hauteur : 13 à , diamètre : [type B1], [type B3] ovales et profonds par endroits) ; Fondation avec coussinets (hauteur : , diamètre : )

La plus grande partie de la construction (bases de piles, fûts de piles, poutres principales et tabliers intermédiaires) a été réalisée sur la terre ferme dans des usines de préfabrication à ciel ouvert spécialement créées pour la construction à Bayfield, au Nouveau-Brunswick, et à Borden-Carleton, à l’Île-du-Prince-Édouard.

Les composantes étaient ensuite transportées au-dessus des eaux de 35 m de profondeur à l'aide d'une poutre de lancement munie d'un pont roulant. La première base de pile fut mise en place par une grue flottante inédite dans le monde, la Svanen, le . Pendant plus de 18 mois, la Svanen installa 175 composantes du pont principal dont les 44 poutres. Vinrent ensuite les boucliers anti-glace au début de 1996, boucliers qui permirent de briser avec succès la glace du détroit en la forçant à remonter le long de leur cône pour s'effondrer en retombant. La travée du chenal de navigation, qui surplombe les eaux du haut de ses , et le mi-chemin du pont furent installés le . Le chenal de navigation de la travée maritime a une largeur de et se situe à au-dessus du niveau de la mer, ce qui permet le passage de navires aux dimensions plus que respectables.

Exploitation vignette|Bureau de Strait Crossing Bridge Limited, entité responsable de la gestion et l'exploitation du pont. vignette|Vue aérienne du poste de péage situé à Borden-Carleton.

Le pont a été construit et sera exploité par des entreprises privées jusqu'en 2032, puis passera ensuite sous responsabilité gouvernementale. Le péage n'est dû que lorsque l'on quitte l'île. En , le tarif est de 48,50 CA$ pour une automobile. Une navette est disponible pour les piétons et les cyclistes. Le tarif est de 4,50 CA$ pour les piétons et de 9,25 CA$ pour les cyclistes. La législation routière de l'Île s'applique, bien que ce soit celle du Nouveau-Brunswick qui réglemente les traversiers et autres navires.