Un anglicisme est un emprunt lexical (mot) ou sémantique (sens) ou syntaxique (tournure) fait à la langue anglaise par une autre langueRubrique « anglicisme » du Trésor de la Langue Française (1960-1990) : . Cette acception vient après celle d'..

L'anglicisme naît soit de l'adoption d'un mot anglais par suite d'un défaut de traduction, même si un terme équivalent existe dans la langue du locuteur, soit d'une mauvaise traduction, comme le mot-à-mot. On parle dans certains cas de calque linguistique, c'est-à-dire d'une traduction mot à mot d'une tournure ou d'un sens n'existant pas dans la langue d'accueil : réaliser au sens de « prendre conscience », ou d’initier pour « entreprendre, mettre en œuvre ».

Il existe de nombreux anglicismes en français, mais aussi en allemand, en espagnol, en italien, en néerlandais, en finnois et en chinois.

Dans le cadre du monde francophone (ou francophonie), la perception des anglicismes n'est pas toujours la même d'une institution à l'autre.

Catégories d'anglicismes Selon le Colpron, dictionnaire des anglicismes publié au QuébecGilles Colpron, Le dictionnaire des anglicismes, , Beauchemin, 1998 ( en 1970)., on peut classer les anglicismes en six catégories : l'anglicisme sémantique. : c'est l'attribution à un mot d'une acception qu'il n'a qu'en anglais (faux-ami), ou la traduction littérale d'un idiotisme anglais, par exemple : « vol domestique » pour « vol intérieur » ; « définitivement » pour (« certainement ») ; « je suis désolé » pour « excusez-moi » ; « votre honneur » pour « Monsieur (ou Madame) le juge » ; « opportunité » pour « occasion » ; « développer une maladie » pour « contracter une maladie »develop, Termium Plus, Bureau de la traduction, Gouvernement du Canada. ; « expertise » pour « savoir-faire technique », « compétence technique », « qualité d’expert » (dans un domaine donné), « expérience professionnelle » ; depuis 1895, « réaliser » pour « se rendre compte », « s'apercevoir », « comprendre », « saisir », « découvrir » (« ») ; l'anglicisme lexical : c'est l'emprunt de mots ou d'expressions anglais employés tels quels : (« rétroaction, commentaire, appréciation ») ; l'anglicisme syntaxique : c'est le calque de constructions syntaxiques propres à la langue anglaise : « être en charge de ». () : « avoir (la) charge de » (une personne, une famille), « être chargé de » (une tâche ou un domaine d'activité), « être responsable de » (une organisation, une personne) ; l'anglicisme morphologique : ce sont des erreurs dans la formation des mots (genre, suffixations) : « les actifs » d'une société () : « l'actif » ; l'anglicisme phonétique : c'est une faute de prononciation : « zoo » prononcé [zu] au lieu de [zo] ou [zoo] (au Canada)Les anglicismes phonétiques, Portail linguistique du Canada. Le français sans secrets., ou « challenge », qui était à l'origine prononcé mais emprunte aujourd'hui la prononciation anglaise . (en France) ; l'anglicisme graphique : c'est l'emploi d'une orthographe ou d'une typographie qui suit l'usage anglophone : emploi du point décimal au lieu de la virgule et des guillemets anglais (“ ”) à la place des guillemets français (« »), emploi des capitales aux noms communs comme dans Association Les Plus Beaux Villages de France.

Le linguiste ajoute : l'anglicisme de fréquence : c'est l'utilisation correcte d'un terme, mais à une plus grande fréquence que s'il n'y avait pas contact avec la langue anglaise. : « incidemment »incidemment, in Pierre Cardinal, Christiane Melançon, Christine Hébert, Marie-Paule Laviolette-Chartrand, VocabulAIDE: Influences de l'anglais - vraies et pretendues - et usages en transition, University of Ottawa Press, 2010, 736 p. est un adverbe peu usité en France mais fréquent au Canada en raison de l'emprunt d'. La langue française dispose pourtant d'un grand nombre d'équivalents : « soit dit en passant », « au fait », « à propos », « entre parenthèses ».

Facteurs favorisant les anglicismes Plusieurs facteurs contribuent à expliquer la préférence pour les anglicismes dans certains contextes. Comprendre ces facteurs permet d’analyser comment et pourquoi certains mots anglais sont adoptés plus facilement que d’autres, en fonction de critères linguistiques, sociaux ou culturels. Cette compréhension est d’autant plus importante aujourd’hui, où la mondialisation et la présence constante de l’anglais influencent fortement la façon dont les langues sont utiliséesCROMBEZ, Y., GHYSELEN, A. et al., The sociopragmatic parameters steering the reported selection of Anglicisms or their Dutch alternatives, De Gruyter Brill, 2022. https://doi.org/10.1515/ling-2020-0237.

D'abord la brièveté des termes anglais joue un rôle notable. Les mots plus courts que leurs équivalents dans la langue cible sont souvent privilégiés, soutenus par le principe d’économie linguistiqueZENNER, E., SPEELMAN, D. et al., Cognitive Sociolinguistics meets loanword research : Measuring variation in the success of anglicisms in Dutch, De Gruyter Brill, 2012. https://doi.org/10.1515/cog-2012-0023.

Le domaine lexical a également une influence significative. Les anglicismes sont particulièrement présents dans des secteurs tels que le sport, la technologie, le commerce ou encore les insultes. Dans le cas des insultes, il pourrait s'agir d'une utilisation euphémisante des anglicismes, les insultes pouvant être perçues comme moins offensantes dans une langue étrangère.

Le type d’emprunt est pertinent dans l’acceptabilité d’un anglicisme. Les emprunts nécessaires, qui remplissent une lacune lexicale, sont généralement mieux acceptés que les emprunts de confort, qui remplacent un mot déjà existant. Ces derniers rencontrent plus de résistance, en particulier lorsqu’ils sont en concurrence avec des termes plus anciens et bien établisWINTER-FROEMEL, E., The pragmatic necessity of borrowing, Taal en Tongval, 2017, 69(1), p. 17–46. https://doi.org/10.5117/TET2017.1.WINT.

La fréquence des concepts joue également un rôle. Lorsqu’un concept est plus fréquent, il y a moins de chance qu'un anglicisme soit utilisé. Les mots désignant des concepts courants font généralement partie du vocabulaire de base, ce qui les rend plus stables. En revanche, les concepts moins fréquents offrent un espace d’introduction pour les anglicismes.

Le registre et le contexte communicatif influencent également l’usage des anglicismes. Ils sont plus fréquents dans des situations informelles ou dans les médias populaires, et moins présents dans les écrits formels ou spécialisés.

L’âge des locuteurs est un autre facteur important : les jeunes générations optent plus souvent pour les formes anglaises.

Également, la période d’introduction de l’anglicisme joue un rôle dans son emploi. Les anglicismes introduits plus tôt sont plus utilisés, ce qui soutient l’idée que les emprunts nécessitent du temps pour s’ancrer dans la langue cible.

Enfin, les personnes ayant une attitude positive envers l’anglais ont plus tendance à utiliser des anglicismes. L’anglais est souvent associé à des valeurs telles que la modernité, l’innovation et le prestige. Toutefois, une attitude négative ne se traduit pas nécessairement par une moindre utilisation : il existe souvent un écart entre opinion déclarée et comportement réelAGER, D., Attitudes to language, Cambridge University Press, 1999..

Aspects culturels Les anglicismes ne sont pas perçus et traités de la même façon à travers la francophonie, par exemple l'Académie française a plus tendance à accepter des anglicismes que l'Office québécois de la langue française ; ..

Anglicismes dans différentes langues En allemand L'allemand est particulièrement perméable aux anglicismes dans les domaines de la publicité, de l’économie et de la techniqueChristoph Brammertz, Les anglicismes modifient la langue allemande, site du Goethe-Institut de Côte d'Ivoire : ..

mailen : envoyer un courriel downloaden : télécharger Computer : ordinateur : être sensé (calqué de l'anglais ) Fair sein : être juste (en allemand gerecht sein)

En chinois L'expression « anglicisme en chinois » s'applique à l'incorporation de mots, d'expressions et de concepts anglais dans la langue chinoise et ne doit pas être confondue avec le terme de « Chinglish », qui désigne l'anglais approximatif ou hésitant employé par certains locuteurs chinois.

On distingue : l'emprunt phonétique : par exemple l'expression 巴士(bāshì) au lieu de 公共汽車 pour le mot « bus », en raison de la similitude de prononciation ; l'anglicisme syntaxique : on donne à la phrase en chinois l'ordre des mots de la phrase anglaise ; l'anglicisme sémantique : par exemple 網絡 ou 網路 (« »), utilisé pour rendre le mot « ».

En espagnol En Espagne, l'adoption de termes anglais est répandue dans les domaines économique et informatique, phénomène que les puristes voient d'un très mauvais œil.

Certains de ces emprunts sont intégrés phonétiquement et ont même donné des dérivés : boicot (de boycott), sur lequel on a formé le verbe boicotear líder (de leader), sur lequel on a formé le substantif liderazgo estándar (de standard), sur lequel on a formé le verbe estandarizar

Autres calques de l'anglais : chequear, chequar (de to check) : examiner, explorer, réviser.

Un autre type d'anglicisme est le calque sémantique, en voie d'intégration, ainsi oportunidad qui, sous l'influence de l'anglais opportunity, tend à remplacer ocasión.

Également, le dérivé d'un mot authentique (castizo), fabriqué à l'aide d'un suffixe en -ción ou en -miento et calquant l'anglais, comme posicionamiento, formé sur posición (calque de l'anglais positioning).

Enfin, le calque morphologique (ou crypto-anglicisme), consistant à traduire la forme étrangère par son équivalent autochtone, ainsi articulo-lider pour leader product (produit-phare).

En finnois Les anglicismes en finnois relèvent de quatre types : l'imitation phonétique, le calque lexical, le calque grammatical, la contamination orthographique.

La langue officielle rejette l'usage des anglicismes, partant du principe que la langue finnoise, écrite comme parlée, a suffisamment de ressources propres. Cela n'empêche pas les emprunts.

Le jargon informatique abonde en imitations phonétiques, ainsi pour « ». Les autres domaines également touchés sont la musique pour adolescents, l'anticipation romanesque ou scientifique, les jeux sur écran, la mode, l'auto et, dans une certaine mesure, les spécialités scientifiques.

Le calque lexical consiste par exemple à prendre l'expression anglaise « » (désignant une application supplantant toutes les autres du même genre) et à en faire , c'est-à-dire littéralement une « application tueuse ».

Certains locuteurs, surtout ceux fréquentant assidûment la langue anglaise, ont créé un calque grammatical finnois du pronom personnel anglais « » employé avec le sens d'un pronom indéfini comme dans la phrase « » (« Nul n'est éternel »).

Un autre exemple de contamination orthographique est l'adoption de l'orthographe anglaise même lorsque le mot anglais est prononcé à la finnoise. Ainsi, « » (bavarder par clavier interposé, tchatcher) sera noté au lieu de , sa prononciation.

En français

L'usage du français contemporain est marqué par de nombreux anglicismes..

Si la tendance s'est inversée ces dernières décennies, avant le la langue anglaise avait plus emprunté à la langue française que le contraire ; ce qui fait que certains des anglicismes actuels du français furent des gallicismes en anglais à une certaine époque (ex. : obsolète). René Étiemble rappelle dans Parlez-vous franglais ?. que le mot vient de ménager, comme « ménagère » et de ménagement (il faut dans les deux cas veiller aux affaires courantes, gérer un budget, déléguer, etc.).