Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, né le au château de Rosenau près de Cobourg et mort le au château de Windsor, est prince consort du Royaume-Uni en tant qu'époux de la reine Victoria à partir de leur mariage le jusqu'à sa mort en 1861.

Né dans le duché allemand de Saxe-Cobourg-Saalfeld dans une maison souveraine apparentée à plusieurs maisons régnantes européennes, il épouse à l'âge de sa cousine germaine, la reine Victoria du Royaume-Uni, avec laquelle il a neuf enfants. S'il doit attendre quinze ans avant d'être officiellement prince consort, ce qui n'apporte pas de pouvoir particulier, il soutient rapidement plusieurs causes telles que la réforme de l'éducation ou l'abolition de l'esclavage et prend la responsabilité de la gestion des propriétés de la reine. Il est également très investi dans l'organisation de l'Exposition universelle de 1851 qui a lieu au Royaume-Uni.

Victoria dépend de plus en plus du soutien et des conseils d'Albert. Il contribue ainsi au développement de la monarchie constitutionnelle britannique en persuadant sa femme d'être moins partisane dans ses relations avec le Parlement, bien qu'il soit activement en désaccord avec la politique étrangère interventionniste menée pendant le mandat de Lord Palmerston en tant que ministre des Affaires étrangères.

La mort du prince consort en 1861, à l'âge de , affecte profondément la reine qui sombre dans un état de deuil profond et porte du noir pour le reste de sa vie. Trente-neuf ans plus tard, en 1901, la mort de la reine porte sur le trône leur fils aîné qui prend le nom d', devenant le premier monarque du Royaume-Uni issu de la maison de Saxe-Cobourg et Gotha.

Jeunesse

Naissance, famille et baptême vignette|redresse|gauche|Albert (à gauche) avec son frère aîné Ernest et leur mère Louise de Saxe-Gotha-Altenbourg peu de temps avant son exil de la cour.|alt=Peinture représentant une mère et ses deux enfants un garçon d'environ 5 ans et une fille d'environ 8 ans.

Le prince Albert naît le au château de Rosenau, près de Cobourg, dans le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld. Il est le second fils du duc de Saxe-Cobourg-Saalfeld et de sa première épouse, la princesse Louise de Saxe-Gotha-Altenbourg. La future épouse d'Albert, Alexandrina Victoria, est née quelques mois plus tôt la même année, grâce à l'assistance de la même sage-femme, Charlotte von Siebold. Albert est baptisé au sein de l'Église protestante luthérienne le au château de Rosenau avec de l'eau prélevée dans la rivière Itz. Ses parrains et marraine sont sa grand-mère paternelle, la duchesse douairière de Saxe-Cobourg-Saalfeld, son grand-père maternel, le duc de Saxe-Gotha-Altenbourg, l'empereur d'Autriche , le duc Albert de Saxe-Teschen et son oncle le comte Emmanuel de Mensdorff-Pouilly.

Enfance et éducation En 1825, la mort de son grand-oncle entraîne une réorganisation des duchés saxons. L'année suivante le père d'Albert devient premier duc de Saxe-Cobourg et Gotha.

Albert et son frère aîné Ernest sont très proches pendant leur enfance, cependant leur relation est gâchée par le mariage tumultueux de leurs parents qui s'achève par une séparation et un divorce. En 1824, alors qu'il a à peine , sa mère est exilée de la cour puis épouse son amant, Alexander von Hanstein. Elle ne reverra plus ses enfants et meurt d'un cancer à l'âge de en 1831. L'année suivante, son père se remarie avec sa propre nièce, la duchesse Marie de Wurtemberg. Elle ne prend néanmoins pas part à l'éducation de ses beaux-fils.

Les deux frères reçoivent une éducation soignée, d'abord à domicile par Johann Christoph Florschütz, puis, en 1836, durant dix mois, à Bruxelles, où le mathématicien Adolphe Quetelet, l'un de leurs tuteurs, est chargé d'enseigner aux jeunes gens les statistiques et l'application de la loi des probabilités aux phénomènes sociaux et politiques. Les princes sont également instruits à l'art militaire, à la littérature anglaise et à la langue française. Comme beaucoup d'autres princes allemands, Albert intègre en l'université de Bonn où il étudie entre autres les sciences politiques, la philosophie, l'histoire et l'économie. Il fait de la musique et pratique des sports comme l'escrime et l'équitation. Les professeurs d'Albert à Bonn, où il demeure jusqu'à la fin de l'année 1838, sont notamment le philosophe Immanuel Hermann von Fichte et le poète Auguste Schlegel.

Rencontre avec Victoria Premières évocations d'un mariage vignette|redresse|Portrait du prince Albert par John Partridge, 1840.|alt=Portrait du buste d'un homme en tenue d'apparat rouge. Il porte la moustache et trois colliers d'or. L'idée d'un mariage entre le prince Albert et sa cousine germaine, la princesse Alexandrina Victoria de Kent, est pour la première fois évoquée dans une lettre de 1821 de sa grand-mère paternelle, la duchesse douairière de Saxe-Cobourg-Saalfeld, dans laquelle elle le qualifie de . En 1836, l'idée émerge dans l'esprit de leur ambitieux oncle , roi des Belges depuis 1831. À ce moment-là, Victoria est l'héritière du trône britannique. Son père, le prince Édouard-Auguste de Kent, le quatrième fils du roi , est mort lorsqu'elle était enfant, et son oncle, le roi n'a pas d'enfants légitimes survivants. Sa mère, la duchesse de Kent, est à la fois la sœur du père d'Albert, le duc de Saxe-Cobourg-Gotha, et du roi Léopold. Pour le roi des Belges, un mariage entre son neveu et sa nièce signifierait la présence d'un Cobourg à Londres et renforcerait les bonnes relations entre la Belgique, royaume récent, et la séculaire monarchie britannique.

Présentation de Victoria à Albert En , Léopold prend ses dispositions pour que sa sœur, la mère de Victoria, invite le duc de Saxe-Cobourg-Gotha et ses deux fils à lui rendre visite, dans le but de rencontrer Victoria. Si la duchesse de Kent est favorable au projet de mariage de sa fille avec un membre de sa maison, est réticent vis-à-vis d'une union avec les Cobourg, une famille qu'il déteste, et préfère le parti d'Alexandre des Pays-Bas, le second fils du prince d'Orange. Victoria est consciente des divers projets matrimoniaux la concernant, et elle évalue de manière critique les différents candidats. Selon son journal, elle apprécie la compagnie d'Albert dès leur première rencontre. Après sa visite, elle écrit : À l'inverse, le prince Alexandre est jugé .

Victoria écrit alors à son oncle Léopold, qu'elle considère comme son , pour le remercier . À , Victoria, bien qu'intéressée par Albert, n'est cependant pas prête à se marier. Les deux parties ne s'accordent pas sur un engagement formel mais supposent que l'union se ferait en temps et en heure.

Dès le début de leur relation, Albert et Victoria se découvrent une passion commune pour le patin à glace, le futur prince aimant jouer au hockey et conduire la future reine en traîneau : .. Quelques années plus tard, en , cette passion a failli coûter la vie à Albert. Lors d'une promenade à patins sur le lac gelé du Buckingham Palace, la glace se fissure et Albert tombe dans l'eau gelée, mais Victoria parvient à le sauver :

Mariage Accession au trône de Victoria vignette|redresse|gauche|Portrait du couronnement de la reine Victoria par Sir George Hayter, 1838.|alt=Portrait d'une reine assise sur son trône et portant tous les attributs du règne. Le roi s'éteint le . Victoria lui succède. Elle n'a que . Les lettres de cette époque montrent l'intérêt que porte la jeune souveraine à la préparation de son cousin germain à ses futures fonctions, mais prenant goût à sa liberté, elle n'est pas encore prête à l'épouser. Durant l'hiver 1838-1839, le prince visite l'Italie accompagné du baron Christian Friedrich von Stockmar, conseiller et confident de la famille Cobourg. Au retour de son périple italien, en , Albert semble avoir mûri : grâce au baron Stockmar, l'esprit du jeune homme s'est développé. Le roi Léopold décide d'envoyer le prince Albert à Londres, toutefois, la reine Victoria émet des réserves au sujet du mariage. Elle se confie à son mentor, Lord Melbourne, qui déclare qu'aucune urgence n'existe en matière matrimoniale. En revanche, Stockmar argumente en faveur du mariage qui résoudrait la difficile cohabitation de la reine avec sa mère, en obligeant cette dernière à déménager. Le roi Léopold craint qu'en laissant passer trop de temps l'union n'ait pas lieu ; il insiste dans de nombreuses lettres adressées à sa nièce pour la convaincre de revoir le prince Albert. En , Léopold et son épouse la reine Louise se rendent à Londres et réussissent à persuader Victoria de revoir son cousin.

Mariage avec la reine vignette|Mariage de Victoria et d'Albert, peinture de George Hayter, 1840.|alt=Peinture représentant une foule autour de deux personnes en tenue de mariage. Albert retourne au Royaume-Uni avec son frère Ernest en pour rendre visite à la reine, dans l'intention de conclure le mariage. Albert et Victoria éprouvent une réelle affection l'un pour l'autre et la reine le demande en mariage le . La reine tient cependant à conserver son pouvoir et, lors des tractations, elle se montre intransigeante sur plusieurs points. Elle impose à Albert les membres de sa future maison et refuse de lui accorder quelque titre britannique que ce soit. Victoria informe officiellement le Conseil privé de ses projets matrimoniaux le et les noces ont lieu le , en la chapelle royale (« Chapel Royal ») du palais Saint James. Peu avant le mariage, le prince Albert est naturalisé britannique et est titré altesse royale par un décret en Conseil...

Popularité, titulature et rente vignette|redresse|Ex-libris des armoiries du prince Albert.|alt=Dessin d'armoiries sous-titrées "Prince Albert". Dans un premier temps, les Britanniques n'apprécient pas le prince Albert, qui vient d'un petit État allemand, largement inférieur au Royaume-Uni. Le Premier ministre, Lord Melbourne, déconseille à la reine d'accorder à son mari le titre de et le Parlement s'oppose à la création d'une pairie pour Albert, notamment à cause du ressentiment envers les Allemands et du désir d'exclure Albert de tout rôle politique. Les opinions religieuses d'Albert suscitent également une petite controverse lorsque le mariage est évoqué au Parlement : Albert étant de confession luthérienne, la nature non-épiscopale de son église est considérée comme inquiétante. Cependant, le plus préoccupant est que quelques membres de la famille d'Albert, comme son cousin , roi consort de Portugal, et son épouse la reine Marie, sont catholiques romains, tandis que son oncle le roi Léopold règne en Belgique, pays dont la population est majoritairement catholique. Lord Melbourne dirige un gouvernement minoritaire et ses opposants profitent du mariage pour affaiblir davantage sa position. Ils s'opposent à une pairie britannique pour Albert et lui accordent une rente plus petite que pour les épouses précédentes : au lieu des habituelles. Albert affirme qu'il n'a pas besoin d'une pairie britannique, écrivant : Albert cité dans .. Pendant les dix-sept années suivantes, Albert est donc connu sous le titre de , jusqu'au , date à laquelle il est officiellement titré par Victoria en reconnaissance de son soutien dans ses fonctions royales..

Prince consort du Royaume-Uni Un rôle à inventer vignette|redresse|gauche|Le prince Albert en 1848, daguerréotype coloré à la main par William Edward Kilburn.|alt=Peinture du buste d'un homme. Il porte une veste grise, un veston noir et la moustache. La position dans laquelle Albert est placé par son mariage, bien que distinguée, offre également des difficultés considérables. Selon ses propres mots : La maison de la reine est dirigée par son ancienne gouvernante, la baronne Lehzen. Albert la surnomme le et manœuvre pour déloger la baronne de sa position. En 1850, le prince tient un rôle dont l'importance s'est accrue, ainsi qu'il l'écrit au duc de Wellington : .

Rôle dans le gouvernement