Le Sceptre d'Ottokar est le huitième album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin, créée par le dessinateur belge Hergé. L'histoire est d'abord pré-publiée en noir et blanc du au dans les pages du Petit Vingtième, supplément hebdomadaire du journal Le Vingtième Siècle, avant d'être éditée en album aux éditions Casterman. La première version en couleur du récit, pour laquelle Hergé reçoit la collaboration d'Edgar P. Jacobs pour la colorisation et les décors, est imprimée en 1947. Cette aventure est également la première de la série à paraître au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en Italie.

Comme il l'avait fait pour L'Oreille cassée, Hergé crée un pays imaginaire pour en faire le théâtre de son intrigue : la Syldavie, petite monarchie de la péninsule balkanique, est menacée d'annexion par la Bordurie voisine, elle aussi fictive. Découvrant le complot qui se trame, Tintin cherche à en avertir le roi, avant de partir à la recherche de son sceptre qui a été volé et sans lequel il ne peut régner.

Le contexte géopolitique européen de la fin des influence fortement la création du Sceptre d'Ottokar, considéré comme un des albums les plus politiques de la collection. Le récit, dont les premières planches paraissent quelques mois seulement après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie, dénonce la montée des totalitarismes en Europe, mais il est également présenté comme une défense de la monarchie constitutionnelle belge, elle aussi menacée au tournant de la Seconde Guerre mondiale. Outre son inscription dans l'Histoire, l'album développe un certain nombre de thèmes philosophiques, comme la question de la légitimité et de la permanence du pouvoir, le dilemme moral ou encore la problématique de l'identité.

L'album marque la première apparition dans la série de la cantatrice Bianca Castafiore, tandis que les détectives Dupond et Dupont occupent une place plus importante que dans les précédentes aventures, faisant le plus souvent rire le lecteur à leurs dépens.

Le Sceptre d'Ottokar est salué pour la qualité de ses dessins, qui s'appuient sur une documentation très riche et détaillée. Hergé utilise de nombreuses références historiques, géographiques et culturelles des pays balkaniques et d'Europe centrale, mais aussi des monarchies belge et britannique, pour apporter à la Syldavie et à son récit un réalisme remarquable. Dans les plusieurs planches originales de l'album alimentent le marché des enchères, établissant notamment des records de vente pour ce type de pièces.

L'histoire Résumé

vignette|gauche|redresse|alt=Photographie d'un sceau rouge.|Un sceau. Ayant trouvé une serviette oubliée sur un banc public de Bruxelles, Tintin décide de rendre celle-ci à son propriétaire, le professeur Nestor Halambique, un sigillographe. Ce dernier, après avoir découvert le sceau du roi lors d'un congrès à Prague, doit se rendre en Syldavie pour y étudier d'autres pièces. En quittant le professeur, Tintin découvre que celui-ci est surveillé par des ressortissants syldaves. Le reporter est lui-même repéré par ces individus et subit diverses intimidations, parmi lesquelles un attentat à la bombe, qui échoue grâce à l'intervention involontaire des détectives Dupond et Dupont. Tintin décide alors d'accompagner le professeur Halambique en Syldavie, en qualité de secrétaire.

vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un avion.|Un Savoia-Marchetti S.73, utilisé par Tintin de Bruxelles à Prague. La veille du départ, lors d'un échange téléphonique, Tintin entend le professeur appeler à l'aide. Il se précipite chez lui, mais retrouve celui-ci en train de faire sa valise, comme si de rien n'était. Au cours du trajet en avion, le reporter est de plus en plus méfiant : le professeur ne fume plus et se montre capable de distinguer un troupeau de moutons à travers le hublot, alors qu'il est myope. Pour confondre celui qu'il considère comme un imposteur, Tintin, lors d'une escale, feint une chute à la descente de l'avion et s'accroche à la barbe — qu'il suppose factice — d'Halambique. Mais la barbe ayant résisté à la traction du reporter, celui-ci constate qu'il ne s'agit pas d'un postiche et abandonne alors ses soupçons.

Tintin est pourtant éjecté de l'appareil qui survole la Syldavie, mais s'en tire sain et sauf en atterrissant dans une meule de foin. Pensant avoir découvert un complot de grande ampleur visant le roi en personne, Tintin se rend à la gendarmerie avant de prendre la route de Klow, la capitale. Or, le chemin est semé d'embûches : Tintin échappe de peu à un guet-apens tendu par les conjurés, mais parvient à s'évader et arrive finalement à Klow .

Sur place, il se rend au palais royal où il rencontre le colonel Boris, aide de camp du roi. Mais comme Boris fait partie de la conspiration, il met tout en œuvre pour empêcher Tintin de rencontrer le roi. Après avoir tenté en vain d'avertir le souverain, Tintin est arrêté. Un accident de la route lui permet néanmoins de s'échapper, puis de retourner au palais où il rencontre enfin le monarque. Après avoir mis celui-ci au courant du complot, Tintin se rend avec lui jusqu'au château Kropow, où est gardé le sceptre royal et où se trouve le professeur Halambique. Pourtant, malgré la garde spéciale qui officie devant la salle du trésor, le sceptre est dérobé. La monarchie est en péril : si le roi se présente sans sceptre lors de la Saint Wladimir, qui se tient trois jours plus tard, il devra abdiquer. Avec l'aide des Dupondt, Tintin découvre que les conspirateurs ont utilisé un appareil photographique truqué, muni d'un ressort, pour lancer le sceptre à l'extérieur du château.

Tintin retrouve la trace des voleurs et les arrête juste avant qu'ils n'aient pu franchir la frontière bordure. La vraie nature du complot éclate : la Bordurie voisine prévoit d'envahir et d'annexer la Syldavie après l'abdication du roi. Tintin s'empare alors d'un avion militaire bordure, puis rejoint Klow à pied et restitue le sceptre, avec l'aide de Milou. Les complices sont arrêtés, notamment Alfred Halambique qui a usurpé l'identité du vrai professeur, son frère jumeau Nestor Halambique à qui on rend la liberté. Reconnaissant, le roi décore Tintin de l'ordre du Pélican d'Or.

Personnages vignette|alt=Photographie en couleur du moulage d'un squelette de diplodocus installé dans une galerie vitrée.|Moulage du squelette d'un diplodocus au Musée d'histoire naturelle de Berlin, semblable à celui de l'album. Tintin est un jeune reporter au visage adolescent, neutre et impersonnel, bien que son âge soit inconnu. Il est seulement reconnaissable à la houppe qu'il porte sur la tête et à ses pantalons de golf. Il est accompagné de son chien Milou, qu'Hergé présente comme un fox-terrier à poil dur, dont la gourmandise et la curiosité sont caractéristiques, ce qui le conduit notamment à subtiliser un grand os de diplodocus dans le musée d'histoire naturelle de Klow. S'il est doté de la parole, il est cependant moins loquace que dans les premières aventures, et au fil des albums il devient . Sermonné par Tintin après le vol du musée, Milou se rattrape en rapportant au palais le sceptre que son maître avait égaré en route, ce qui fait de lui le véritable sauveur du trône.

Les détectives Dupond et Dupont, inséparables, sont facilement reconnaissables à leur chapeau melon et à leur costume noir. Seule la moustache permet de les différencier : celle de Dupond est taillée droite tandis que celle de Dupont est recourbée vers l'extérieur.. Dans Le Sceptre d'Ottokar, ils tendent à devenir des personnages centraux de la série. De fait, ils sont très présents dans cette aventure où ils ne cessent de se ridiculiser, comme à leur habitude. Par leur maladresse, ils aident néanmoins Tintin à comprendre comment le vol du sceptre a pu se commettre et se lancent comme lui à la poursuite des bandits qui s'en sont emparés. L'album s'achève sur un des nombreux gags qui les mettent en scène : ils tombent à l'eau à leur descente de l'hydravion qu'ils prennent au retour en compagnie de Tintin. Apparus en 1932 pour Les Cigares du pharaon sous le nom d'agents X33 et X33bis, leur véritable patronyme est révélé aux lecteurs dans la première version du Sceptre d'Ottokar.

Une autre paire de jumeaux tient une place centrale au cœur de cette aventure : les frères Nestor et Alfred Halambique. Nestor, sigillographe de métier, est l'élément déclencheur de l'intrigue : c'est en lui rapportant sa serviette que Tintin fait sa connaissance, avant de s'engager avec lui dans son voyage vers la Syldavie. Enlevé la veille du départ, il est séquestré dans une cave et dépouillé de ses papiers. Son frère jumeau Alfred usurpe son identité et c'est en fait lui qui accompagne Tintin en Syldavie. Il travaille pour le Zyldav Zentral Revolutzionär Komitzät (Z.Z.R.K., Comité central révolutionnaire syldave), son rôle étant de pénétrer dans la salle du trésor pour subtiliser le sceptre. Les jumeaux Halambique sont représentés avec une longue barbe blanche, reprenant le stéréotype de la figure du savant..

Une galerie de personnages syldaves intervient également au cours de l'album, au premier rang desquels le roi qui figure au centre d'un complot tramé par la Bordurie voisine pour le renverser et ainsi procéder à l'annexion du pays. Son aide de camp, le colonel Boris, est en réalité un traître et cherche à empêcher Tintin de rencontrer le roi. Ce personnage effectue son retour dans un autre album de la série, On a marché sur la Lune, où il tient un rôle majeur. Graphiquement, il est représenté avec .

Chef du parti La Garde d'Acier et du , Müsstler est l'instigateur du complot. Si son nom est plusieurs fois cité, il n'est jamais représenté dans cette histoire, au contraire de nombreux autres complices, comme le photographe officiel de la cour, Czarlitz, les commandants de gendarmerie Wizskizsek et Sprbodj, un membre du , Trovik, qui coordonne les actions des membres du complot et ordonne à plusieurs reprises de liquider Tintin, Sirov, chargé de l'exécuter, ainsi que plusieurs révolutionnaires syldaves résidant en Belgique, parmi lesquels Sporowitch, qui photographie Tintin à la sortie de l'appartement du professeur Halambique.

vignette|redresse=1.2|LAir des bijoux de Faust est continuellement repris par Bianca Castafiore.|alt=Enregistrement de lAir des bijoux. Enfin, la cantatrice Bianca Castafiore, l'un des personnages récurrents de la série, fait ici sa première apparition. Sa voiture prend Tintin en autostop tandis qu'il essaye d'échapper aux gendarmes syldaves. Elle interprète pour lui le célèbre Air des bijoux de Faust, opéra de Charles Gounod, avant de figurer sur scène dans la planche suivante. Lors de ce récital, Hergé l'habille en bourgeoise allemande de la Renaissance., blonde et opulente, afin d'accentuer son aspect ridicule. Son pianiste et accompagnateur, Igor Wagner, est à ses côtés dans la voiture, mais il n'est pas nommé et ne parle pas. C'est aussi le cas de , la concierge de Tintin, qui apparaît brièvement dans une planche.

Lieux visités

vignette|gauche|alt=Photographie en couleur d'un quartier turc de Mostar (Bosnie) en 1900.|Les villages et paysages syldaves sont inspirés de ceux des Balkans au début du .