Élisabeth Roudinesco, née le à Paris, est une universitaire, historienne de la psychanalyse .

Biographe de Jacques Lacan et de Sigmund Freud, elle est co-autrice, avec Michel Plon, d'un dictionnaire de psychanalyse.

Elle est lauréate du Prix 1996 du meilleur livre de la Société française d'histoire de la médecine pour son ouvrage Généalogies, elle a également reçu le Prix Décembre 2014, puis le Prix des prix littéraires 2014, pour sa biographie Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre.

En une vingtaine d'ouvrages, elle a abordé les liens entre psychanalyse, histoire, littérature, philosophie, pervers et perversion, féminisme, révolution française, judaïsme et les courants identitaires.

Biographie Elle naît dans le de Paris. Son père, Alexandre Roudinesco, est médecin « républicain, laïque et assimilationniste« Construire hors religion » sur liberation.fr. » d'origine roumaine. Sa mère, Jenny Aubry (1903-1987), née Weiss, est une neuropédiatre et psychanalyste française.

La famille Weiss appartenait à la bourgeoisie protestante et alsacienne. La journaliste et écrivaine féministe, Louise Weiss, est la sœur de Jenny. La famille maternelle de Jenny Weiss, la famille Javal, était une grande famille parisienne (d'origine alsacienne) juive acquise aux idéaux des Lumières et aux valeurs de la RépubliqueInterview de E. Roudinesco sur France Inter, le 10 juillet 2011 par Paula Jacques, émission Tout compte fait..

Élisabeth Roudinesco épouse Michel Favart en 1966 puis divorce en 1969.. Elle est l'épouse de l'éditeur Olivier Bétourné (dont elle est la compagne depuis 1986), PDG actuel de la maison d'édition du Seuil. Le mariage a été célébré le .

En 2018, elle se porte candidate à l'Académie française.. Elle retire sa candidature quelques jours après..

Le 9 mars 2021, elle fonde, avec Olivier Bétourné, l'Institut Histoire et Lumières de la Pensée, qui tient son premier conseil d'administration le 17 mars 2021 et annonce la création d'un prix littéraire récompensant un ouvrage de non-fiction : le Prix de la Contre-Allée, décerné chaque année à partir de mars 2022.

Parcours scolaire et universitaire Élisabeth Roudinesco effectue ses études secondaires d'abord au lycée Racine (Paris) puis, à partir de la première, au collège SévignéP. Assouline « Élisabeth Roudinesco, le divan et Clio » in L'Histoire , 01/2005, « Entretien avec Élisabeth Roudinesco », cahiers-pedagogiques.com, 11 décembre 2020. In n°565, « Lire, comprendre ».. Après avoir été enseignante en Algérie au centre de Boumerdès en 1966 et 1967, elle poursuit ses études supérieures à la Sorbonne où elle obtient une licence de lettres modernes, avec une option linguistique« Entretien avec Élisabeth Roudinesco », Raisons politiques, 1/2007 (no 25), , , puis une maîtrise de lettres modernes préparée sous la direction de Tzvetan Todorov à l’université Paris-VIIICV Élisabeth Roudinesco consultable ici. Elle a été élève de Gilles Deleuze consulté le 24 juin 2013. et en 1969 de Michel de Certeau qui l'a encouragée à écrire une histoire de la psychanalyse et a suivi un an de cours avec Michel Foucault« Élisabeth Roudinesco avec Catherine Pont-Humbert » Entretiens dans l’émission À voix nue, diffusé sur France Culture le 5 novembre 2007, .

Elle soutient en 1974 à l’université de Paris 8 une thèse de en littérature française, intitulée Inscription du désir et roman du sujet, sous la direction de Jean Levaillant..

En 1991, elle obtient son habilitation à diriger des recherches (HDR) en lettres et sciences humaines, sous la direction de Michelle Perrot, à l'université de Paris 7, en présentant un dossier de recherche intitulé : Études d'histoire du freudisme : origines, invention doctrinale, mouvement institutionnel et implications dans la culture du . Les membres du jury sont Alain Corbin, Jean-Claude Passeron, Robert Castel, Dominique Lecourt, Serge Leclaire..

Elle donne, depuis 1991, un séminaire sur l'histoire de la psychanalyse dans le cadre de l'école doctorale du département d'histoire de l'université Paris VII-Denis-Diderot (UFR de géographie, histoire, et sciences de la société, GHSS). Ce séminaire est rattaché depuis la rentrée 2011, au département d'histoire de l'École normale supérieure de la rue d'UlmCf. programme du séminaire 2013 sur le site du département Histoire de l'ENS.. De 2001 à 2007, elle est chargée de conférences à l’École pratique des hautes études, section. En 2007-2008, elle est intégrée à l'équipe d'accueil de Jacques Le Rider et Esther Benbassa à la section de l'EPHE..

Elle tient un séminaire sur la question des médecines de l'âme depuis 1991 ; et, depuis 2009, désormais conjoint avec l'École normale supérieure de la rue d'Ulm.

Parcours psychanalytique Enfant, elle fait une cure de quelques mois chez Françoise DoltoGénéalogies, Paris : Fayard, 1994. Elle s'intéresse tout d'abord à la psychanalyse sans avoir elle-même suivi une psychanalyse, puis en poursuit une avec Octave Mannoni. En 1969 elle entre à l’École freudienne de Paris, fondée par Jacques Lacan, où elle achève sa formation psychanalytique et en restera membre jusqu'à sa dissolution en 1981..

Collaboration journalistique Elle fait partie de 1969 à 1979, du comité de rédaction de la revue Action poétique. dirigée par Henri Deluy. Par ailleurs elle participe à la rédaction du journal Libération. de 1986 à 1996. En 1996, elle cesse sa collaboration avec Libération pour donner ses textes au journal Le Monde.

Télévision En tant qu'historienne, elle a participé à l'émission Secrets d'Histoire consacrée à des figures féminines de la Révolution française, intitulée Les femmes de la Révolution, diffusée le sur France 2..

Titres et fonctions Titulaire d'une habilitation à diriger les recherches, enseignante associée à Paris-7 depuis 1991, où elle tient un séminaire sur l'histoire de la psychanalyse au département d'histoire de l'université Paris VII-Denis-Diderot, UFR de Géographie, Histoire, et Sciences de la Société. depuis 1991. Hébergée depuis 2008 à l'ENS - Rue d'Ulm ; d'abord, au Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine, dirigé, alors, par Alain Badiou et ensuite au département d'histoire, dirigé par Gilles Pécout. Chargée de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales - EHESS (1992-1996) Chargée de conférences à l'École pratique des hautes études - EPHE (2001-2008) Honorary Visiting Professor, université de Roehampton (Londres). depuis 2007. Membre du conseil d’administration de la Fondation pour la recherche en psychiatrie depuis 2006Présentation de la Fondation pour la Recherche en Psychiatrie et en Santé Mentale, Centre hospitalier Sainte-Anne.. Présidente de la Société internationale d'histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse (SIHPP) depuis 2007.. Membre du comité de lecture de la revue Cliniques méditerranéennes depuis 2004. Membre du comité éditorial (Editorial Advisory Board) de la revue History of Psychiatry, sous la direction de , publiée chez Sage Publications..

Travaux Orientation et méthodologie

Les premiers travaux d’Élisabeth Roudinesco remontent aux années 1970, avec la publication d’articles de critique littéraire sur Raymond Roussel, Antonin Artaud, Bertolt Brecht ou Louis-Ferdinand Céline : tout en évitant la psychobiographie, c'est-à-dire la psychologisation de l’œuvre littéraire par l’étude clinique du comportement de l’auteur, ils montrent, par la mise en relation d’une trajectoire singulière et d'une œuvre, qu'un pan entier de la littérature du est habitée par l’histoire du freudisme et d'une médecine mentale issue des théories de l’hérédité-dégénérescenceRoudinesco, L'Inconscient et ses lettres, Mame, 1975..

C’est en 1979 qu’Élisabeth Roudinesco s’oriente vers la rédaction d’une histoire de la psychanalyse en France. À cette époque, le principal modèle est encore celui de la biographie. Il répond à la situation du mouvement psychanalytique qui est encore, du point de vue des archives, des documents et des sources, sous la domination des héritiers de Freud. Les recherches sont alors marquées par un courant historiographique selon lequel le modèle biographique (centré sur la notion de « père fondateur ») correspond à l’essence même de toute quête des origines. Néanmoins, ce modèle se trouve déjà en déclin depuis l’émergence d’une histoire savante et notamment depuis la parution en 1970 du livre d’Henri Ellenberger : Histoire de la découverte de l’inconscient. Élisabeth Roudinesco fait rééditer cet ouvrage, en 1994, réédition dont elle écrit la préfaceRoudinesco, Généalogies, Paris, Fayard, 1994..

Des thèses d’Ellenberger, Élisabeth Roudinesco conserve plusieurs lignes directrices, mais elle y ajoute une méthodologie issue des travaux de l’école française : Georges Canguilhem et Michel Foucault ; ainsi, l’étude des systèmes de pensée devient celle des formes dans lesquelles, à une époque donnée, les savoirs se singularisent, prennent leur équilibre et entrent en communication : une histoire des hommes qui pensent et des systèmes qui s’entrecroisent, mais aussi une analyse critique de la notion de conscience et de sujet de la connaissance. Roudinesco commente l'article de Canguilhem Qu'est-ce que la psychologie ? et le considère comme un texte important pour cette discipline..

Sur Lacan En 1993, elle consacre une biographie à Jacques Lacan, interprète d’un freudisme originel né à Vienne à la fin du : marqué dès 1938 par le sentiment généralisé d’un déclin du patriarcat, Lacan a eu comme Freud, et contre l’école anglaise, le souci de revaloriser la place du père dans la société occidentale, sous la forme d’une fonction symbolique ; Élisabeth Roudinesco met en évidence que, bien que Freud soit rétif à toute perspective philosophique, Lacan a introduit des éléments de la philosophie allemande (Hegel, Nietzsche, Heidegger) dans la doctrine freudienne, tout en permettant de l'extraire définitivement de toute tentation biologisante pour, à partir de méthodes structuralistes empruntées à Saussure, Roman Jacobson et Lévi-Strauss l’orienter vers la primauté du langage et du sujetE. Roudinesco, Jacques Lacan. Esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée, Paris, Fayard, 1993..

Implantation du freudisme L’étude de la mélancolie de Théroigne de Méricourt, pionnière du féminisme, et cas célèbre dans les annales de l’aliénisme — elle a été « observée » par Esquirol à la Salpêtrière — permet à Élisabeth Roudinesco de montrer l’importance du paradigme de la Révolution pour la situation du freudisme français tout en insistant sur la nécessité d’inclure l’analyse des patients à celle des doctrines comme un élément décisif de la constitution du discours de la psychopathologie psychanalytiqueE. Roudinesco, Théroigne de Méricourt. Une femme mélancolique sous la Révolution, Paris, Seuil, 1989..

Selon Élisabeth Roudinesco, la France est le seul pays où ont été réunies, sur une longue durée, toutes les conditions nécessaires à une implantation réussie du freudisme comme mouvement et comme système de pensée dans la vie culturelle et scientifique. L’origine de cette situation privilégiée remonte, dit-elle, à la Révolution de 1789, qui a doté d’une légitimité scientifique et juridique le regard de la raison sur la folie, donnant naissance à l’institution asilaire, puis à l’affaire Dreyfus, qui a précipité l’avènement d’une conscience de soi de la classe intellectuelle. En se désignant comme avant-garde, celle-ci a fait fructifier des idées novatrices. S’ajoute à cela la naissance de la modernité littéraire, à travers Baudelaire, Rimbaud et Lautréamont, qui ont énoncé, dans une écriture nouvelle, le projet de changer l’homme à partir du , ..