Cornelius Castoriadis Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. (en Prononciation en grec moderne retranscrite selon la norme API.), né le à Constantinople et mort le à Paris ., est un philosophe, économiste et psychanalyste d'origine grecque, fondateur avec Claude Lefort du groupe Socialisme ou barbarie (proche idéologiquement du conseillisme).

Il consacra une grande partie de sa réflexion à la notion d'autonomie, comme disposition à faire être du nouveau, projet de société visant l'autonomie individuelle et collective, soit une démocratie , qu'il opposait à l'hétéronomie, constitutive selon lui des sociétés religieuses et traditionnelles, ainsi que des régimes matérialistes productivistes industriels, capitalistes et communistes.

Son œuvre témoigne de la variété des champs disciplinaires auxquels il s'intéressa : l'épistémologie, l'anthropologie, la politique, l'économie, l'histoire, ou encore la « théorie de l'âme », ainsi que la psychanalyse.

Biographie Jeunesse et formation Cornelius Castoriadis est issu d’une famille grecque de Constantinople (IstanbulIstanbul est dénommée internationalement Constantinople jusqu'à l'établissement de la République moderne de Turquie en 1923.), capitale de l’Empire ottoman. En 1922, comme des dizaines de milliers de Grecs ottomans, la famille Castoriadis doit fuir la Turquie pendant la Grande Catastrophe d'Asie mineure et s’installe à Athènes. Il y fait ses études secondaires, puis étudie le droit et les sciences politiques et économiques. En 1937, alors que la Grèce est sous le régime de Métaxas, il entre dans les Jeunesses communistesΟμοσπονδία Κομμουνιστικών Νεολαιών Ελλάδας, Omospondia kommounistikon Neolaion Helladas ; il fait précisément partie de la branche athénienne : Kommounistiki Neolaia Athinas.. En 1941, il devient membre du Parti communiste (KKE), le quitte en 1943 et s’affilie au groupe trotskyste de Spyros Priphtès (dit « Agis Stinas (1900-1987) : cf. site Marxistes. »), en butte à l'hostilité à la fois de l'occupant allemand et des communistes orthodoxes de l'EAM-ELAS.

Ayant achevé sa formation à l’université d’Athènes, il vient la compléter à Paris en 1946, grâce à une bourse de l'Institut français d'Athènes alors dirigé par Octave Merlier. Il fait le voyage (via le Pirée, Tarente et Marseille) à bord du Mataroa dans un groupe d'étudiants où se trouvent, entre autres, Kostas Axelos et Kostas Papaioannou.

En 1948, il devient économiste à l'OCDE, poste qu'il occupe jusqu'en 1970.

Socialisme ou barbarie (1949-1967) En France, il est membre du Parti communiste internationaliste (PCI), qui appartient à la Internationale (trotskiste).

En , sous le pseudonyme de Chaulieu, il y crée, avec Claude Lefort (dit Montal) une tendance minoritaire, la tendance « Chaulieu-Montal », qui se sépare ensuite du PCI pour constituer le groupe indépendant Socialisme ou barbarie, proche plutôt du communisme de conseils. Une revue du même nom est créée, dont le premier numéro paraît en .

En , à la suite des événements de Hongrie, il participe avec quelques membres de Socialisme ou barbarie (dont Claude Lefort) à un Cercle international des intellectuels révolutionnaires, où se retrouvent entre autres Georges Bataille, André Breton, Michel Leiris, Edgar Morin et Maurice Nadeau.

En 1958, le groupe Socialisme ou barbarie connaît une scission autour de la question de la constitution d'une organisation révolutionnaire. Claude Lefort et Henri Simon quittent le groupe pour créer ILO, qui devient Informations et correspondances ouvrières (ICO). Castoriadis fait partie de ceux qui maintiennent Socialisme ou barbarie. Une nouvelle scission a lieu en 1963.

Le , Castoriadis tient une conférence sur le thème « Marxisme et théorie révolutionnaire », et le sur la question : « Qu'est-ce qu'être révolutionnaire aujourd'hui ? ».

À partir de 1964, il devient membre de l'École freudienne de Paris (EFP), fondée par Jacques Lacan, auquel il s'opposera dès 1967.

En 1967, le groupe Socialisme ou barbarie se saborde officiellement et publie un texte d'auto-dissolutionVoir sur agorainternational.org...

La psychanalyse En 1968, Castoriadis se marie avec Piera Aulagnier.

En 1969, il quitte l'École freudienne de Paris. Il participe à la formation du Quatrième Groupe, organisation psychanalytique de langue française. Il commence une deuxième analyse didactique avec Jean-Paul Valabrega. Il exerce comme analyste à partir de 1973. thumb|upright|Tombe au cimetière du Montparnasse ( division).

La philosophie Castoriadis s'intéresse également à la recherche philosophique. À la fin des années 1970, à partir du livre de François Roustang Un destin si funeste, il écrit dans la revue Topique un long article. contre la pensée structuraliste, visant aussi bien Michel Foucault que Roland Barthes, Louis Althusser, Gilles Deleuze et Félix Guattari.

En 1980, il est nommé directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il participe alors au séminaire de François Furet, qui constitua la base de la création du Centre Raymond Aron. Il y croise notamment Claude Lefort, Pierre Manent, Pierre Rosanvallon, Marcel Gauchet ou encore Vincent Descombes..

Il meurt le . Il est inhumé au cimetière du Montparnasse ( division).

Ontologie Selon Castoriadis, le monde (l'Être, ou « l'Être/étant total ») doit être pensé comme « stratifié » : il n'existerait pas un unique mode d'être commun à l'ensemble des étants, mais plusieurs, imbriqués les uns dans les autres. De plus, il affirme que le réel (le monde) est irréductible à un ordre causal intégralement et définitivement déterminé. En d'autres termes, il développe une ontologie qui s'oppose aux théories strictement déterministes, ce qui est par ailleurs très rare en sciences sociales, et pense l'Être comme non-univoque.

Chaos et cosmos, création et déterminisme S'inspirant de penseurs de l'Antiquité grecque (Hésiode, Anaximandre, etc.), Cornelius Castoriadis conçoit le monde (l'Être, la totalité de ce qui est) non pas uniquement comme un cosmos – c'est-à-dire un monde entièrement ordonné, « déterminé de part en part » –, mais aussi comme chaos, estimant ainsi qu'il existe une dimension chaotique de l'Être, inéliminable, qui nous empêche de parvenir à le saisir comme un ordre cosmologique strictement logicisable ou mathématisable. Ce chaos, qu'il désigne la plupart du temps par l'expression « Chaos/Abîme/Sans-Fond », n'est pas une dimension distincte du cosmos, mais plutôt « l'Envers » de toutes choses, « l'Envers de tout Endroit »Les carrefours du labyrinthe II, ., et correspond « littéralement à la temporalité », qu'il faut ici comprendre comme rapportée à l'altération et à la « création/destruction » des êtres (de manière analogue, quoique non-assimilable, à la « durée » de Bergson). Ainsi, il définit ce Chaos/Abîme/Sans-Fond comme « ce qui est derrière ou en dessous de tout existant concret, et c’est en même temps la puissance créatrice – vis formandi dirait-on en latin – qui fait surgir des formes, des êtres organisés. »Les carrefours du labyrinthe VI, Éditions du Seuil, 1999 , ..

S'il y a pour Castoriadis une dimension chaotique de l'Être, c'est en tant que celui-ci n'est pas achevé, mais participe d'une dynamique dans et par laquelle il y a création (et destruction). En liant ces deux notions, il confère à la notion de création un sens radical : est création ce qui est radicalement nouveau, c'est-à-dire qui n'est pas dérivable de ce dont il procède, qui n'est pas exhaustivement déterminé par ce qui le précède. Ce concept de création marque ainsi l'opposition franche de Castoriadis aux théories déterministes ou mécanistes.

Pour autant, avec les notions de chaos et de création, Castoriadis n'entend pas nier purement et simplement tout déterminisme, comme s'il n'y avait aucune loi ni détermination dans l'agencement du monde. « La création, explique-t-il, veut dire précisément la position de nouvelles déterminations – l'émergence de nouvelles formes et donc ipso facto l'émergence de nouvelles lois »Les carrefours du labyrinthe V, .. Ou encore : « La non-détermination de ce qui est n’est pas simple « indétermination » au sens privatif et finalement trivial. Elle est création, à savoir émergence de déterminations autres, de nouvelles lois, de nouveaux domaines de légalité… ». Et cette précision : « aucun état de l’être n’est tel qu’il rende impossible l’émergence d’autres déterminations que celles déjà existantesLes carrefours du labyrinthe II, Seuil, 1986. .. »

Ontologies unitaires, organisation « ensidique » et « magmatique » Castoriadis s'oppose à ce qu'il nomme les « ontologies unitaires », conceptions unificatrices de l'Être qui impliquent de refuser l'idée de création ou d'altération véritable. Contre ces ontologies, qui conçoivent le monde comme un ensemble de déterminations absolument cohérentes et fixes, ou déterminé par un principe unique et immuable (par exemple la causalité physique, ou dans un autre registre, la volonté divine), Castoriadis propose la notion de « magma » pour décrire le type d'organisation qui correspondrait à l'Être et à la multiplicité des types d'être qui le composent. Un magma est défini comme « ce dont on peut extraire (ou : dans quoi on peut construire) des organisations ensemblistes en nombre indéfini, mais qui ne peut jamais être reconstitué (idéalement) par composition ensembliste (finie ou infinie) de ces organisations. »L’Institution Imaginaire de la Société, ed. du Seuil, .; autrement dit comme ce dont on peut extraire une infinité d'organisations ensidiques, mais que l'on ne peut réduire à ces organisations. L'ensidique, contraction d'« ensembliste-identitaire », est une notion élaborée par Castoriadis pour désigner ce qui répond à une appréhension logique, causale, dont l'exemple paradigmatique sont les mathématiques.

Types d'étants et modes d'être multiples Castoriadis distingue différents types d'être, chacun ayant un mode d'être particulier : L'être-premier, qui correspond au Chaos, à l'abîme, ou, comme le dit Nicolas Poirier, au flux incessant.