Ngũgĩ wa Thiong’o (prononcé : ), souvent orthographié Ngugi wa Thiong’o, né James Githuka Ngugi le à Kamiriithu (comté de Kiambu, colonie et protectorat du Kenya) et mort le à Buford (Géorgie, États-Unis), est un écrivain kényan de langue anglaise puis kikuyu, et théoricien du postcolonialisme. Il est cité à plusieurs reprises comme étant nobélisable.
Exilé à partir de 1982 pour raisons politiques, il devient professeur de littérature comparée et directeur de l' à l'université de Californie à Irvine.
Biographie
James Githuka Ngugi est le cinquième fils de la troisième des quatre femmes de son père Thiong'o wa Nducu. L'enfant fréquente l'école de la mission presbytérienne de l'Église d'Écosse avant d'entrer, en 1949, dans l'école indépendante, religieuse et nationaliste, Karing'a. Le jeune garçon fait montre de réelles qualités scolaires et obtient une bourse pour l'Alliance High School, seul collège kényan à former des Africains sous le régime colonial britannique. Ngũgĩ wa Thiong'o poursuit donc son cursus scolaire en anglais, alors que la situation politique du pays commence à se dégrader puisque des voix s'élèvent contre le colonialisme anglais. La violence embrase peu à peu le pays.
Ngũgĩ wa Thiong'o rejoint alors l'Ouganda et s'inscrit à l'université Makerere en 1962, qui est alors le seul établissement universitaire d'Afrique de l'Est (dépendant de l'université de Londres). Il y dirige la revue Penpoint et se fait connaître grâce à sa première pièce L'Ermite noir.
Figure dominante de la littérature des années Daniel arap Moi, il a très tôt adopté des positions radicales sur la « politique néocoloniale de l’establishment kényan ». Il participe à une conférence controversée sur le sujet au sein de l'université Makerere.
Son premier roman, Enfant, ne pleure pas (Weep not Child), est écrit en 1962, à la veille de l’indépendance du Kenya. L'auteur y aborde, à travers les yeux de son jeune héros Njoroge, les tensions entre Blancs et Noirs, entre culture africaine et influence européenne, à une époque (1952-1956) où les insurgés kikuyus, plus connus sous le nom de Mau Mau se lèvent contre l'autorité anglaise.
De retour au Kenya, Ngũgĩ wa Thiong'o devient journaliste pour le prestigieux hebdomadaire The Nation, avant de rejoindre l'université de Leeds, au Royaume-Uni, où il commencera un travail de recherche sur Joseph Conrad. L'écrivain rédige alors Et le blé jaillira (A Grain of Wheat), paru en 1967, qui lui vaut son premier succès international.
À partir de , il enseigne successivement au Kenya et en Ouganda. En , il publie un premier recueil d'essais, Rentrer chez soi (Homecoming), puis vient le roman Pétales de sang (Petals of Blood), publié en . Le récit, qui se déroule dans les années 1960-1970, traite du pillage des paysans et des laissés pour compte de la résistance coloniale, volés par la nouvelle classe sociale bourgeoise issue de l'indépendance.
L'écrivain « afro-saxon », comme il se définit, se consacre ensuite au théâtre avec Le Procès de Dedan Kimathi (The Trial of Dedan Kimathi, ) et Je me marierai quand je voudrai (Ngaahika Ndeenda ()). Cette dernière pièce, jouée en kikuyu devant un public populaire de plus en plus large, dérange les hautes sphères du pouvoir et les proches de Kenyatta, tout comme son engagement contre l'impérialisme culturel. Ngugi est arrêté le 31 .
Il passera un an en prison, dont il est libéré après la mort de Kenyatta par Daniel arap Moi le jour de l’indépendance, tout comme de nombreux prisonniers politiques. Il ne retrouve toutefois pas son poste à l'université. Cet emprisonnement radicalise cet auteur marxisant, qui adopte un ton de plus en plus critique envers le gouvernement. Il écrit en kikuyu Caitaani mũtharaba-Inĩ (littéralement : Le diable crucifié), rédigé en prison selon la légende dans les marges de sa Bible et sur du papier toilette, dans lequel il détaille la déliquescence de son pays, cornaqué par les voyous et les profiteurs. Sa pièce suivante, Maitu Njugira () est interdite, et le théâtre où elle devait être jouée, rasé. La tentative de coup d'État de surprend Ngugi en Europe ; il ne rentrera pas au pays. Pour décoloniser l'esprit (Decolonising the Mind), est son adieu à l'écriture en anglais : depuis lors, il écrit ses romans uniquement en sa langue maternelle, le kikuyu, afin de toucher plus directement son premier public, celui à qui il s'adresse en priorité. Ses romans seront ensuite traduits en anglais, swahili et d'autres langues. Matigari, qui paraît en 1986, raconte la confrontation d'un ancien guérillero mau mau et des nouveaux dirigeants politiques du pays. À la sortie du livre, le gouvernement kényan marque son irritation et va par ignorance jusqu'à lancer un mandat d’arrêt contre un des personnages (fictif) du roman. Le livre sera interdit dans la foulée.
Exilé à Londres en 1982, puis en Californie, professeur de littérature comparée à l'Université de Californie à Irvine et directeur de l'Institut qu'il a créé, l'International Centre for Writing and Translation, Ngũgĩ wa Thiong'o continue de publier régulièrement pièces et essais. En 1994, il lance Mũtiiri, une revue littéraire en langue kikuyu. Au moment où paraît en 2004 à Nairobi Murogi wa Kagogo, il décide de rentrer d’exil. « Nous avons beaucoup parlé de l'exil politique/ [...] / Ta douce figure m'a rappelé notre terre natale / Ma maison à Limuru et la tienne à Mang'u / Un jour nous rentrerons chez nous / Et nous parlerons notre propre langue. » Ainsi s'exprime l'écrivain dans le poème « Kuri Njeeri » dédié à sa femme, Njeeri wa Ngugi. Murogi wa Kagogo, qui veut dire « sorcier du corbeau » est le livre le plus long jamais composé dans une langue de l'Afrique subsaharienne.
Ngũgĩ wa Thiong'o revient au Kenya le , après d'absence — il s'était juré de ne pas revenir dans son pays natal tant que Daniel arap Moi serait au pouvoir. Quelques jours après leur arrivée, ils sont réveillés, sa femme et lui, en pleine nuit dans leur appartement de location à Norfolk Towers. Quatre agresseurs, armés de revolvers, d'une machette et d'une cisaille, violent sa femme sous ses yeux. Ngũgĩ wa Thiong'o, qui essaie de se défendre, est frappé et brûlé au visage. Les malfaiteurs sont arrêtés quelques jours plus tard et traînés en justiceTirthankar Chanda, « Le périlleux retour au pays de Ngugi wa Thiong’o », rfi.fr, 5 septembre 2004..
Dans ses mémoires In the House of the Interpreter, parus en 2012, Ngũgĩ wa Thiong'o exprime son admiration pour la littérature française, notamment pour Louis-Ferdinand Céline, dont il souhaite la traduction de l'œuvre intégrale en kikuyu.
En , après plus d'un demi-siècle d'interdiction, la pièce de théâtre Ngaahika Ndeenda (Je me marierai quand je veux) est de nouveau jouée à Nairobi. Très critique sur l’héritage colonial dans le Kenya post-indépendance, elle est jouée en langue kikuyu« AfriqueKenya: une pièce longtemps interdite de Ngugi wa Thiong'o de nouveau jouée à Nairobi », rfi.fr, 30 mai 2022..
Il meurt le à Buford (Géorgie)..
Réception Le nom de Ngugi wa Thiong'o a circulé à maintes reprises comme nobelisable, mais ces espoirs ont été déçus autant de fois. Il est considéré comme l'une des sommités de la littérature africaine et kényane.
Œuvres
Nouvelles isolées parues en français La Danseuse d'ivoire et autres nouvelles, (nouvelles de Ngũgĩ wa Thiong’o, Cyprian Ekwensi, La Guma, Kahiga, etc.), textes choisis, traduits et présentés par Jean de Grandsaigne et Gary Spackey, Paris, Hatier, , 1982
Prix et distinctions
Notes et références
Annexes
Bibliographie Jacqueline Bardolph, Ngugi wa Thiong’o, Paris/Dakar, Présence africaine, 1991 Simon Gikandi, Ngugi wa Thiong’o, volume 8 de Cambridge studies in African and Caribbean literature, Cambridge University Press, 2000 Oliver Lovesey, Ngũgĩ wa Thiong’o, New York, Twayne, 2000 Fátima Mendonça, « Hibridismo ou estratégias narrativas? Modelos de herói na ficção narrativa de Ngugi wa T'hiongo, Alex La Guma e João Paulo Borges Coelho », Via Atlântica, , 2009, .
Articles connexes Culture du Kenya, littérature kényane Études postcoloniales Études décoloniales
Liens externes
Informations biographiques, Université de Californie à Irvine (anglais) Portrait par The Guardian (anglais) Interview de Ngugi wa Thiong’o (anglais)
Catégorie:Naissance en janvier 1938 Catégorie:Naissance dans la Colonie du Kenya Catégorie:Étudiant de l'université de Leeds Catégorie:Étudiant de l'université Makerere Catégorie:Professeur à l'université de New York Catégorie:Universitaire kényan Catégorie:Écrivain kényan du XXe siècle Catégorie:Écrivain kényan du XXIe siècle Catégorie:Écrivain de langue anglaise Catégorie:Écrivain professeur Catégorie:Écrivain emprisonné Catégorie:Dramaturge kényan Catégorie:Dramaturge du XXe siècle Catégorie:Essayiste kényan Catégorie:Essayiste du XXe siècle Catégorie:Essayiste du XXIe siècle Catégorie:Mémorialiste du XXIe siècle Catégorie:Nouvelliste kényan du XXe siècle Catégorie:Nouvelliste kényan du XXIe siècle Catégorie:Romancier kényan Catégorie:Romancier du XXe siècle Catégorie:Romancier du XXIe siècle Catégorie:Auteur kényan de littérature d'enfance et de jeunesse Catégorie:Théoricien du postcolonialisme Catégorie:Prisonnier d'opinion reconnu par Amnesty International Catégorie:Auteur publié par les éditions La Fabrique Catégorie:Docteur honoris causa de l'université d'Auckland Catégorie:Docteur honoris causa de l'université de Leeds Catégorie:Décès à 87 ans Catégorie:Décès en Géorgie (États-Unis) Catégorie:Décès en mai 2025