Les traités d'Utrecht sont deux traités de paix signés à UtrechtPrononcé /y.tʁɛɣt/ en néerlandais. (aux Provinces-Unies) en 1713 à la fin de la guerre de Succession d'Espagne. Le premier est signé le entre le royaume de France et le royaume de Grande-Bretagne, le deuxième le entre l'Espagne et la Grande-Bretagne.
La guerre de Succession d'Espagne oppose de 1700 à 1714 plusieurs puissances européennes, en premier lieu la France de Louis XIV et la maison des Habsbourg d'Autriche, soutenue par une vaste coalition incluant notamment l'Angleterre (Royaume-Uni à partir de 1707) et les Provinces-Unies.
Les traités d'Utrecht officialisent le passage de l'Espagne des Habsbourg aux Bourbons, qui règnent encore sur ce pays de nos jours, mais au prix de pertes territoriales pour l'Espagne, notamment au profit de la maison d'Autriche (Pays-Bas espagnols).
Contexte
vignette|Document du traité signé entre le Royaume de France et la Grande-Bretagne, avec les dispositions concernant la France
La guerre de Succession d'Espagne L'enjeu initial de cette guerre est la succession au trône d'Espagne après la mort sans descendance du dernier représentant de la maison des Habsbourg d'Espagne, , revendiquée par les Habsbourg d'Autriche et par le roi de France Louis XIV au nom de son petit-fils Philippe de Bourbon, duc d'Anjou.
Louis XIV réussit à placer son petit-fils sur le trône espagnol, mais celui-ci se heurte à l'opposition d'une partie des Espagnols, notamment dans la couronne d'Aragon, et à une vaste coalition formée autour de la maison d'Autriche, puissance dont le chef porte habituellement le titre (électif) d'empereur et détient de nombreux fiefs et États, notamment l'archiduché d'Autriche (qui lui donne son nom), mais aussi le royaume de Bohême, le royaume de Hongrie et le royaume de Croatie.
De la bataille de Villaviciosa (1710) à la bataille de Denain (1712) Après des déboires militaire, la France reprend l'initiative stratégique en Espagne en remportant la victoire à Villaviciosa () par les troupes du duc de Vendôme.
Des pourparlers préliminaires s'engagent alors à Londres, qui aboutissent à la décision de réunir une conférence de la paix.
Celle-ci débute en à Utrecht, mais sans l'empereur dans un premier temps. La victoire française de Denain () permet à la France de renforcer sa position diplomatique.
Le congrès d'Utrecht
300px|vignette|Ouverture du Congrès d'Utrecht, .
Les négociations Le congrès débute en à Utrecht, capitale de la province d'Utrecht, une des sept entités formant la république des Provinces-Unies.
Signature et ratification des traités Le traité, le premier rédigé en français depuis , inaugure la primauté du français comme langue diplomatique, qui durera jusqu'au traité de Versailles en 1919.
Contenu des traités thumb|300px|Les cessions territoriales à la suite des traités d'Utrecht, de Stockholm, de Nystad et de Passarowitz.
Dispositions concernant la succession espagnole Philippe de Bourbon (1683-1746) est reconnu par les signataires comme le roi d'Espagne Philippe V, sous réserve qu'il renonce aux droits qu'il a sur le trône de FranceOlivier Chaline, Le Règne de Louis XIV, Flammarion, 2009, tome 2, . en vertu des règles de dévolution de la couronne de France.
En ce qui concerne le trône d'Espagne, renoncent à tous leurs droits (et aux droits de leurs descendants) : le duc de Berry, frère de Philippe V, le duc d'Anjou, neveu de Philippe V (futur Louis XV)Max Gallo, L'Hiver du Grand Roi, ., les membres de la maison d'Orléans, cousins des Bourbons, les membres de la maison de Habsbourg.
Cela signifie qu'il ne peut y avoir d'union des couronnes de France et d'Espagne.
Dispositions concernant les territoires espagnols En 1700, le roi Charles II était à la tête de trois types de territoires : l'Espagne (les couronnes de Castille, d'Aragon et de royaume de Navarre), l'empire colonial espagnol (les vice-royautés de Nouvelle-Espagne et du Pérou) et les possessions de la maison des Habsbourg d'Espagne en Italie et aux Pays-Bas (Pays-Bas espagnols, royaume de Sicile, royaume de Naples, duché de Milan).
En contrepartie de sa reconnaissance comme roi, Philippe V doit renoncer à toutes les possessions d'Europe hors de la péninsule ibérique : le duché de Milan et le royaume de Sicile (ancienne possession de la maison d'Aragon) sont attribués au duc de Savoie, prince de Piémont ; le royaume de Naples (ancienne possession de la couronne d'Aragon) et le royaume de Sardaigne sont attribués au chef de la maison des Habsbourg d'Autriche, c'est-à-dire à l'empereur Charles VI ; les Pays-Bas méridionaux, fiefs du Saint-Empire détenus par les Habsbourg d'Espagne en tant que descendants des ducs de Bourgogne (notamment de Charles le Téméraire), reviennent aussi aux Habsbourg d'Autriche.
En 1720, le duc de Savoie échangera le royaume de Sicile contre son royaume de Sardaigne, initiant un État dynastique, le royaume de Sardaigne incluant la Savoie et le Piémont, qui va durer jusqu'à l'unification de l'Italie en 1861.
En Espagne même, Philippe V doit renoncer à Gibraltar et à l'île de Minorque, attribuées à la Grande-Bretagne qui les occupe depuis quelques années. Le Royaume-Uni détient toujours Gibraltar de nos joursMinorque a été rétrocédée à l'Espagne en 1802 par la paix d'Amiens de 1802.
En ce qui concerne l'empire colonial, l'Espagne doit reconnaître la souveraineté portugaise sur le fleuve Amazone, situé à l'ouest du méridien du traité de Tordesillas (46° 37') et restituer au Portugal l'établissement de Colonia do Sacramento, établi au nord du Río de la Plata, face à Buenos Aires.
Les conditions du traité sont sévères pour l'Espagne, qui perd de nombreux territoires importants ou stratégiques au profit des vainqueurs (Angleterre et Autriche notamment).
Le règne ultérieur de Philippe V (jusqu'en 1746) est cependant marqué par un redressement du pouvoir royal, avec la reprise de Barcelone et le début d'une certaine centralisation (au détriment des institutions catalanes, aragonaises et valenciennes). Aidé de conseillers français, puis italiens, Philippe V rétablit la situation diplomatique de l'Espagne : il obtient la rétrocession par les Habsbourg, en 1738 du royaume de Naples et du royaume de Sicile, et en 1745 du duché de Parme et Plaisance.
Dispositions concernant la France L'un des objectifs de la fin du règne de Louis XIV, le rapprochement des couronnes espagnole et française, est fortement réduit : il n'y aura jamais de possibilité de monarchie commune aux deux pays (mais le traité du dit « Pacte de Famille » viendra ultérieurement réaffirmer l'alliance entre la France et l'Espagne). La France se voit néanmoins confirmer toutes ses conquêtes antérieures à la guerre de Succession d'Espagne et demeure en 1715 la première puissance démographique et militaire d'Europe. La France échappe largement aux conséquences de la guerre, sur le plan territorial, mais voit l'expansion initiée par Louis XIV prendre fin.
Les gains territoriaux après 12 ans de guerre épuisante apparaissent minimes et les pertes concernent les colonies américaines. Les pertes les plus importantes (Pays Bas, Italie) ou stratégiques (Gibraltar, Minorque) seront supportées par l'Espagne.
Globalement cette guerre longue et coûteuse, a été une mauvaise affaire pour la France qui aurait pu obtenir un meilleur arrangement territorial en renonçant à la couronne d'Espagne.
En 1700 les alliés étaient prêts à céder plusieurs territoires à la France en échange du renoncement à la couronne espagnole : cession au Dauphin de France, des Deux-Siciles, des Présides de Toscane et les îles avoisinantes, le Guipuscoa, et le duché de Lorraine (dont le souverain devait être dédommagé par la cession de celui de Milan).
Le choix de la France de soutenir la succession espagnole au profit d'un prince français pourrait donc être considéré comme une erreur de Louis XIV. Mais ce conflit a permis à Louis XIV de rompre l'encerclement stratégique de la France par les possessions Habsbourg depuis le début du . En outre, il plaçait un prince français à la tête d'une Espagne autrefois ennemie séculaire. Le traité du dit « Pacte de Famille » viendra confirmer cette alliance des deux États.
Restitution des territoires occupés Les Alliés restituent à la France certains territoires occupés depuis 1708, comme la ville et la citadelle de Lille et le nord de l'Artois.
La France restitue les territoires occupés sur la rive droite du Rhin : (Brisach, Fribourg-en-Brisgau, et Kehl).
Sur la frontière du nord, les villes de Tournai, Menin, Furnes et Ypres reviennent aux Pays-Bas autrichiens.
L'armée française quitte aussi le duché de Savoie, occupé depuis le début de la guerre.
Acquisition de la principauté d'Orange En contrepartie, Louis XIV obtient la principauté d'Orange, jusque-là fief du Saint-Empire, possession de la maison de Nassau de 1543 (Guillaume le Taciturne, 1532-1584) à 1702 (Guillaume III, stathouder de Hollande, Zélande, Utrecht, Drenthe et Overijssel, devenu roi d'Angleterre en 1688). Avec la mort de Guillaume, la branche hollandaise de Nassau s'éteint. La principauté passe par testament à Jean-Guillaume-Friso de Nassau, de la branche allemande, par la suite stathouder de Frise et de Groningue, mais elle est aussi revendiquée par le roi de PrusseAvec le titre officiel (dans le Saint-Empire) de « roi en Prusse » (König in Preussen), étant donné que le royaume de Prusse originel (capitale Königsberg) ne faisait pas partie du Saint-Empire., Frédéric Ier.
Le traité d'Utrecht cède la principauté à Louis XIV.
Territoire du Dauphiné Dans le Dauphiné, la vallée de l'Ubaye est rattachée à la France en échange de la haute vallée de Suse (territoire relevant du Dauphiné), cédé au duc de Savoie. Cela ramène la frontière du royaume sur la ligne de partage des eaux (col du Montgenèvre, Mont-Viso) plus aisée à défendre, et dont la zone a déjà commencé à être fortifiée suivant les plans de Vauban (verrous de Briançon et de Mont-Dauphin).
Pour les populations du Briançonnais, qui avaient acheté au dernier dauphin, , certains privilèges (grande charte des droits du Briançonnais de 1343) au moment de la cession du Dauphiné au royaume de France, et établi un système de gestion communautaire (les Escartons), il s'agit d'un traumatisme avec l'amputation de trois des cinq escartons : Oulx, Val Cluson-Pragela et Châteaudauphin (Casteldelfino). La France perd ainsi la forteresse de Pignerol (Pinerolo), gardienne de la frontière depuis 1631.
Briançon devient alors pour plus de deux siècles ville de garnison, gardienne de la frontière avec le Piémont.
Relations avec le Royaume-Uni thumb|Changements territoriaux (en violet) en Amérique du Nord) La France renonce à soutenir les Stuart en Grande-Bretagne.
Elle est aussi tenue de détruire les fortifications de Dunkerque et de bloquer le port pour des opérations de course maritime.
thumb|right|250px|Carte de la côte française de Terre-Neuve.
Empire colonial français : progrès du Royaume-Uni L'Acadie française est cédée à la Grande-Bretagne, sauf l'île du Cap-Breton et l'île-du-Prince-Édouard.
L' du traité d'Utrecht permet aux Britanniques d'obtenir le protectorat sur le territoire iroquois qui recoupe celui de la vallée de l'Ohio.
confirme la possession de Terre-Neuve et de la baie d'Hudson aux Britanniques. L'établissement de Plaisance est abandonné. Mais la France obtient un droit exclusif de pêche sur une partie importante du littoral de l'île de Terre-Neuve, appelé « côte française de Terre-Neuve » (French Shore) (ce droit exclusif sera abandonné en 1904).
Aux Antilles, l'île Saint-Christophe est cédée aux Britanniques.
En Guyane, le traité d'Utrecht fait de l'Oyapock la frontière avec la colonie portugaise du Brésil.
Redressement éphémère de l'Autriche