Fondée en 1980, Arianespace SAS est une société française chargée de la commercialisation et de l’exploitation des systèmes de lancement spatiaux développés par ArianeGroup, à savoir les familles de lanceurs Ariane et Vega. La société se définit selon ses propres termes comme « opérateur de systèmes de lancement ». Depuis 2007, à la suite d'un accord conclu entre l'Agence spatiale européenne (ESA) et l'agence spatiale russe Roscosmos, Arianespace assure également le lancement de lanceurs Soyouz. En effet, la base de lancement d'Ariane, située à Kourou en Guyane française (Centre spatial guyanais), permet à Arianespace de disposer d'un avantage important face à ses concurrents grâce à sa proximité de l'équateur dans une zone dépourvue de tout risque de cyclones tropicaux.
Depuis le milieu des années 1980, la firme s'impose comme numéro un du transport spatial commercial dans le monde avec une part de marché des lancements de satellites à destination de l'orbite géostationnaire avoisinant ou excédant les 50 % depuis plus de 20 ans. De sa création jusqu’au , Arianespace signe plus de 350 contrats de lancements et lance 305 satellites (sans compter les charges auxiliaires tels que les microsatellites et nanosatellites). Son siège est situé à Évry-Courcouronnes, en banlieue parisienne. Elle est dirigée par David Cavaillolès depuis 2025, après Stéphane Israël depuis le .
Le , marque le vol d'Ariane 5 et le lancement réalisé par Arianespace, toutes familles de lanceurs confondues..
Histoire 1973 - 1979 : le premier opérateur de transport spatial privé Après l’échec du programme Europa, dix pays européens décident en 1973 sous l’impulsion de la France de lancer le programme Ariane pour doter l’Europe d’une capacité propre de mise en orbite des satellites géostationnaires. Le programme est géré dans un premier temps par le Conseil européen de recherches spatiales puis par l’Agence spatiale européenne (ESA) dès la création effective de celle-ci en 1975. La réalisation en est déléguée au Centre national d’études spatiales (CNES), l’agence spatiale française. Le marché européen est alors estimé à environ deux lancements par an dans les années 1980. Un tel rythme ne permettrait pas de maintenir une cadence suffisante pour assurer une production industrielle et une exploitation fiable du système, ce qui rend nécessaire l’ajout de lancements commerciaux. Toutefois, les règles de fonctionnement de l’ESA, avec la nécessité de prendre les décisions à l’unanimité, ne se prêtent pas à la production industrielle et à la commercialisation du lanceur.
Le , Frédéric d'Allest, alors directeur des lanceurs du CNES, suggère la création d’une société de commercialisation, initialement dénommée Transpace, dont le capital serait réparti entre le CNES et les industriels du programme. L’idée est approuvée par la direction du CNES le , puis par le gouvernement français durant l’été.
Entre-temps, Frédéric d'Allest commence à démarcher les opérateurs de satellites pour engranger des lancements commerciaux afin d’étoffer le manifeste de lancement d’Ariane. Un premier succès est enregistré le quand Intelsat, alors premier opérateur de satellite mondial, décide de choisir Ariane pour lancer quelques-uns de ses satellites de la génération Intelsat 5. Il s’ensuit une première commande signée le pour un lancement ferme assorti de deux options.
Le , lors du salon du Bourget, le CNES signe avec les industriels un protocole d’accord préalable à la création de Transpace. Ce nom est abandonné en septembre car il est déjà celui d’une société américaine et Arianespace est officiellement créée le avec un capital de 120 millions de FRF. Frédéric d'Allest en est le premier PDG.
1979 - 1986 : les premiers lancements
Le lanceur Ariane 1 vole pour la première fois le dans le cadre d’une série de quatre missions de qualification conduites par le CNES. Suivent ensuite quatre vols de promotion sous l’égide de l’ESA. Les deux derniers emportent des satellites Intelsat 5.
Le premier vol estampillé Arianespace a lieu le et permet de mettre sur orbite le satellite commercial privé américain Spacenet 1.
Afin de pouvoir offrir des services à des prix lancements compétitifs, sous l’impulsion de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, l’ESA décide dès de développer des versions plus puissantes d’Ariane, avec la capacité d’emporter deux satellites en un seul vol pour concurrencer la navette américaine. C’est l’objectif de la version Ariane 3, dotée d’un étage supérieur plus puissant et d’accélérateurs à propergol solide à la base. Une version intermédiaire Ariane 2, sans les accélérateurs, est également disponible pour mettre sur orbite les satellites les plus lourds en lancement simple.
Ariane 3 entre en service dès la d’Arianespace, le , pour lancer les satellites de télécommunications européen ECS-2 et le français Télécom 1A. En 5 ans, cette version permet de placer sur orbite 19 satellites en 10 vols. Dans le même temps, la version Ariane 2 en lance 5 et les dernières Ariane 1 en lancent 3.
1986 - 1995 : leader du marché
L’accident de Challenger, le , entraine l’immobilisation des navettes américaines pendant 32 mois et l’abandon de leur utilisation commerciale, principal concurrent d’Ariane jusque là. Le redémarrage des chaines de production de lanceurs américains classiques remplacés par la navette (Atlas, Delta, Titan) prend du temps et Arianespace se retrouve à la fin des années 1980 en situation de quasi-monopole pour les lancements commerciaux. Cela lui permet d’étoffer considérablement son carnet de commandes. De 12 satellites à lancer en 1981, il monte à 30 en et à 44 en . Cette période correspond en outre à l’introduction d’une version optimisée du lanceur avec un premier étage allongé, Ariane 4, dont le développement a été décidé en 1982 afin de conserver la capacité de lancement double en dépit de l’augmentation régulière de la masse des satellites de télécommunications. De plus, Ariane 4 est déclinable en six versions avec un panachage d’accélérateurs à propergol solide et à ergols liquides, afin d’adapter sa performance aux besoins spécifiques de chaque mission.
La première Ariane 4 est lancée le et remplace toutes les autres versions à partir de la mi-1989. Pour faire face à la demande, la cadence de lancement qui était de 3 ou 4 vols par an double à partir de 1988 à 7 ou 8 vols avant d’atteindre 11 à 12 à partir de 1995. Le , Arianespace passe commande d’un lot de 50 lanceurs Ariane 4 à l’industrie pour 18 milliards de FRF. Cette commande exceptionnelle pour l’époque sera ultérieurement portée par tranches à un total de 95 lanceurs.
En 1990, Frédéric d'Allest cède sa place à la tête d’Arianespace à Charles Bigot.
1995 - 2013 : restructuration et diversification
vignette|Logo d'Arianespace en 2010. À partir du milieu des années 1990, la poursuite de l’accroissement de la masse des satellites géostationnaires ne permet plus de réaliser systématiquement des lancements doubles sur Ariane 4, en dépit d’une optimisation régulière de ses performances, et impose l’introduction d’un nouveau lanceur plus puissant, Ariane 5, dont le développement a été engagé par l’ESA depuis 1988. L’échec du vol inaugural, le , entraîne un report de sa qualification à et son premier vol commercial n’a lieu que le . L’exploitation d’Ariane 4 est donc prolongée jusqu’en 2003.
En parallèle, Arianespace doit faire face à une concurrence de plus en plus agressive avec l’arrivée sur le marché d’alliances américano-russes telles qu’International Launch Services (ILS) en 1995 et Sea Launch en 1999, qui offrent des capacités de lancement jusqu’à en orbite de transfert géostationnaire.
L’apparition d’un marché en orbite basse, avec les constellations telles qu’Iridium et Globalstar, pour le lancement desquelles Ariane 4 n’est pas adaptée, amène Arianespace à investir aux côtés d’Aérospatiale dans la fondation de Starsem en 1996, pour la commercialisation hors ex-URSS du lanceur russe Soyouz à partir de 1999.
Jean-Marie Luton succède à Charles Bigot en 1997.
Face à l’arrivée sur le marché de satellites de télécommunications de plus de , une version améliorée d’Ariane 5, visant une capacité de , est mise en chantier en 1999. Après l’échec du premier vol de cette Ariane 5ECA, le , une refonte de la production d’Ariane est décidée par l’ESA. Arianespace cède alors la maîtrise d’œuvre de la production des lanceurs Ariane 5 à Astrium Space Transportation, qui fait partie du groupe EADS, et limite ses activités à la commercialisation et aux opérations de lancement.
Ariane 5ECA retourne en vol avec succès le et devient le lanceur de référence d’Arianespace. L’ancienne version Ariane 5G effectue son dernier vol le .
Jean-Yves Le Gall est nommé directeur général d’Arianespace en 2001, puis directeur général exécutif en 2002, Jean-Marie Luton devenant alors président du conseil d’administration. Jean-Yves Le Gall devient PDG en 2007.
Depuis le , Arianespace est opérateur de services de lancements au titre de la Loi du 3 juin 2008 relative aux opérations spatiales et doit respecter de nouvelles obligations légales.
Depuis la mi-2011, Arianespace exploite également le lanceur russe Soyouz depuis le Centre spatial guyanais, avec un premier vol le . Le petit lanceur Vega de l’ESA va rejoindre la flotte d’Arianespace après le succès de son vol de qualification le .
Depuis 2013 : face aux lanceurs réutilisables En 2014, Arianespace signe un contrat avec l'ESA qui prévoit la mise en orbite, d'ici 2015, de 12 nouveaux satellites pour le projet Galileo..
En , la fusée américaine Falcon 9 met en orbite un satellite de communication. En réaction, les groupes Airbus et Safran proposent un projet de fusée Ariane 6 plus compétitive, et mettent en commun leur activité dans une coentreprise : Airbus Safran Launchers qui rachète les parts du CNES dans Arianespace. Le premier lancement d’Ariane 6 est prévu pour 2020.
En , Arianespace est choisi par l'opérateur satellitaire luxembourgeois SES pour le lancement du satellite tout-électrique SES-17 et pour le cinquième lancement de satellites destinés à la constellation en orbite moyenne O3b..
Le , l’opérateur japonais B-Sat signe un contrat pour la mise en orbite d’un satellite de télécommunications depuis Kourou (Guyane), qui conforte la position de la firme dans l’archipel nipponAriane conforte sa domination sur le marché japonais, le Monde, 19 avril 2018.
Début 2020, Arianespace annonce vouloir accélérer ses lancements de satellites en projetant d'en envoyer plus de 300 au cours de la seule année 2020.
Conséquences du conflit russo-ukrainien (mars 2022) L'activité d'Arianespace est touchée de plein fouet en 2022 par les conséquences de l'invasion de l'Ukraine par la Russie qui débute en fin février 2022 : L'agence spatiale russe Roscosmos décide le de prendre des mesures de rétorsion vis-à-vis des pays européens en suspendant les lancements de fusées Soyouz depuis le Centre spatial guyanais et de rapatrier les 87 employés russes qui y travaillaient. Or plusieurs lancements étaient programmés au cours de l'année 2022 dont deux lancements emportant chacun deux satellites du système de positionnement européen Galileo. Le déploiement de la constellation de satellites de télécommunications géante anglo-indienne OneWeb placés en orbite par des lanceurs russes Soyouz qui sont commercialisés par Arianespace est arrêté par l'agence spatiale russe Roscosmos qui a posé des conditions inacceptables pour poursuivre les lancements : le gouvernement britannique doit sortir du capital de OneWeb. La disponibilité du lanceur léger européen Vega est menacée. En effet le dernier étage Avum est fourni par l'entreprise ukrainienne Ioujmach dont l'établissement est située à Dnipro en pleine zone du conflit.
Influence sur le secteur spatial Indépendance de la politique spatiale européenne