Le Départ est un film belge réalisé par le cinéaste polonais Jerzy Skolimowski, sorti en 1967. C'est le premier film du réalisateur tourné hors de Pologne et à l'ouest du rideau de fer. Écrit en un peu plus d'un mois, tourné en quelques semaines avec une équipe réduite, il raconte l'histoire très simple d'un jeune homme qui cherche par tous les moyens possibles une voiture pour participer à un rallye automobile et rencontre durant sa quête une jeune fille.
Le film est d'abord montré dans quelques festivals dont celui de Berlin, où il reçoit l'Ours d'or. Malgré ce prix, il est accueilli en France d'une manière très défavorable lors de sa sortie en salles, car plusieurs critiques le trouvent moins bon que les trois premiers de son auteur. Le Départ est réévalué très positivement par la critique par la suite, notamment à la fin des années 1990 puis au début des années 2010, la presse louant alors de manière presque unanime sa liberté et son inventivité.
Le Départ est une œuvre poétique qui appartient au mouvement de la Nouvelle Vague. Son rythme est remarquablement rapide. La musique, du composé par le Polonais Krzysztof Komeda, y tient une place prépondérante, s'accordant avec le jeu « physique » très libre de l'acteur Jean-Pierre Léaud. Skolimowski y aborde des thèmes importants de son œuvre que sont la société de consommation et l'aliénation qu'elle entraîne ainsi que la jeunesse et, dans un final qui tranche stylistiquement sur le reste du film, l'arrivée à l'âge adulte.
Synopsis
Marc est un jeune garçon coiffeur passionné par les voitures. Il s'est inscrit à un rallye avec une Porsche 911 S, comptant celle de son patron, mais il découvre que celui-ci a prévu de partir en week-end avec sa voiture le jour de la course. Il tente d'en obtenir une autre en faisant croire à un concessionnaire qu'il est le secrétaire d'un diplomate indien (un de ses amis déguisé en maharadjah) ; puis, avec l'aide de Michèle, une jeune fille qu'il a rencontrée en livrant une perruque, il essaye de vendre divers objets, dont un grand miroir, afin de réunir les fonds nécessaires pour louer une Porsche. Le duo se laisse ensuite enfermer la nuit au Salon de l'automobile, caché dans un coffre de voiture, pour essayer d'y voler d'autres choses, mais ils ne vont pas au bout de cette idée. Marc se rend ensuite à un défilé de maillots de bains pour retrouver une riche cliente d'âge mûr du salon de coiffure qui possède une Porsche. Il envisagé de se prostituer auprès d'elle (elle lui prodigue une fellation par surprise) pour qu'elle lui prête sa voiture ou lui donne de l'argent. Il renonce finalement à ce plan quand il voit que Michèle est allée jusqu'à couper ses longs cheveux pour les vendre afin de trouver l'argent nécessaire, mais il est trop tard dans la journée pour trouver un acheteur. Marc tente néanmoins de louer une voiture en laissant les cheveux en gage mais cela lui est refusé car il a moins de 23 ans. Il essaye ensuite de trouver une Porsche ouverte dans la rue afin de la voler. Quand il y parvient, il finit par abandonner le véhicule après avoir découvert la présence d'un chien à bord.
Il revient finalement mettre la camionnette qu'il conduisait dans le garage de son patron. Il n'a plus d'espoir de trouver une voiture et monte au salon avec Michèle où il lui décrit son de garçon coiffeur. Mais il voit soudain son patron rentrer plus tôt de son week-end, ce qui lui permet de prendre sa voiture comme prévu initialement.
Marc persuade Michèle de s'improviser copilote et ils prennent une chambre d'hôtel près du lieu du rallye. Ils se font passer pour deux jeunes filles : il porte les couettes coupées de Michèle et un chapeau, elle arbore une perruque qu'il a volée au salon de coiffure. Il veut dormir sur le sol mais elle le fait venir à ses côtés sur le lit pour regarder des diapositives de sa carrière d'enfant-mannequin. Elle s'endort ensuite toute habillée et, après une hésitation, Marc se penche sur elle pour embrasser sa main. Il reste ensuite assis sur le lit à réfléchir. Au matin, elle est réveillée par le bruit des voitures du rallye auquel Marc n'est pas allé. Elle panique, s'écrie qu'il ne s'est pas réveillé. Il ne répond pas. Il est réveillé, déjà habillé, il n'a pas l'air inquiet. Il va à la salle de bain, sort en essuyant de l'eau ou des larmes sur son visage. Il lui dit qu'il faut partir, il tire le drap sous lequel elle se trouve, et a la surprise de la voir nue. Il détourne tout de suite les yeux puis la regarde à nouveau.
Le film se clôt, sans générique de fin, sur le visage de Marc, et la pellicule se consume comme précédemment une des diapositives de Michèle qui était restée trop longtemps sur le projecteurDVD Le Départ, Paris, Malavida Films, 15 juillet 2012..
Fiche technique
Titre original : Le Départ Réalisation : Jerzy Skolimowski Scénario : Andrzej Kostenko, Jerzy Skolimowski Musique : Krzysztof Komeda (voir détails) Photographie : Willy Kurant Son : Philip Cape Montage : Bob Wade Production : Bronka Ricquier Société de production : Elisabeth Films Sociétés de distribution : Elisabeth Films (Belgique), Constantin Film (Allemagne), Pathé Contemporary Films (États-Unis), Malavida Films (France, reprise) Budget : 4 millions de francs belges Pays de production : Langue originale : français Format : noir et blanc - 1,66:1 - (Eastman Double-X 5222, 4-X 5224) - son mono Genre : comédie Durée : Dates de sortie : Allemagne de l'Ouest : (Festival de Berlin), (sortie nationale) États-Unis : (Festival New York) France : (sortie nationale), (reprise en DCP ré-étalonné), (reprise en version restaurée). DVD : un DVD d'après la copie ré-étalonnée est sorti en France le Site de l'éditeur du DVD.
Distribution
Jean-Pierre Léaud : Marc Catherine Duport : Michèle Paul Roland : le patron du salon de coiffure Bernard Graczyk : le collègue du salon de coiffure Jacqueline Bir : la cliente du salon de coiffure Lucien Charbonnier : le vendeur de saucisses Léon Dony : le vendeur de voitures John Dobrynine : l'ami de Marc déguisé en maharadjah Georges Aubrey Marthe Dugard Maxane Jacques Courtois Paul Frère : lui-même Paul Delrivière : lui-même
Production Projet et scénario thumb|alt=photo noir et blanc de Skolimowski, les cheveux gris, les yeux baissés ou fermés, le visage calme| Jerzy Skolimowski (ici en 2010). Le projet de ce film naît dans où les artistes peuvent voyager relativement facilement de l'une à l'autre. Il est clair qu'il n'aurait pu exister sans le succès des films précédents du réalisateur, Signe particulier : néant, et La Barrière. C'est lors d'une présentation de La Barrière que Jerzy Skolimowski est contacté par des producteurs néerlandais pour réaliser un film à l'ouest du rideau de fer. Il demande à Bronka Ricquier (née Bronka Abramson), une Belge d'origine polonaise, très cinéphile, de servir d'interprète. Les négociations avec les producteurs néerlandais n'avançant pas, elle finit par lui déclarer que cela ne mènera à rien et lui propose de produire le film elle-même. Il sera financé entièrement par elle et son mari, un riche éditeur de magazines automobiles (les éditions Jaric), et tourné en Belgique, avec un budget de 4 millions de francs belges.
Jerzy Skolimowski accepte la proposition et propose à Bronka Ricquier le scénario d'un film intitulé Le Dépotoir qui raconterait l'histoire d'un planeur polonais qui se pose sur un immense champ d'ordures et des trois personnages qui s'y trouvent, personne ne parlant la même langue. La productrice est conquise par l'idée et Skolimowski retourne écrire en Pologne. Cependant, après un mois de travail, Skolimowski et son coscénariste, Andrzej Kostenko, doivent admettre qu'ils se trouvent dans une impasse scénaristique car l'histoire est . Le réalisateur imagine tout d'abord rembourser l'avance versée par Bronka Riquier mais ni lui ni Kostenko ne veulent laisser passer l'occasion de travailler à l'étranger. Une nouvelle idée leur vient et ils débutent un scénario de secours, celui du Départ. Les délais impartis par Bronka Ricquier étant écoulés, elle exige que Skolimowski lui amène le scénario à Bruxelles. C'est Andrzej Kostenko qui s'y rend, Jerzy Skolimowski étant retenu par un festival. Bronka Riquier est dans un premier temps très en colère, mais elle accepte le nouveau scénario. Elle leur accorde un mois pour en terminer l'écriture, en leur demandant de résider à Bruxelles pour terminer le travail. Le scénario du Départ est donc écrit presque en un mois, alors que le réalisateur et le scénariste se trouvent dans une chambre d'un hôtel bruxellois et donnent chaque jour, par l’entrebâillement de la porte, les nouvelles pages du script à la productrice. Cette façon d'écrire, en travaillant de manière très fractionnée, explique, selon Jerzy Skolimowski, que le film soit essentiellement constitué de petits sketchs.
vignette|gauche|Une Ford Mustang. Une voiture de ce type est le salaire de Jerzy Skolimowski sur ce film.|alt=Voiture 3 portes noire aux angles marqués, la fenêtre latérale formant un trapèze presque régulier, l'avant long, le coffre plus court Bronka Ricquier se charge par la suite de parfaire la traduction du scénario, étant très sensible aux nuances de la langue polonaise. Skolimowski et Kostenko ne sont pas rémunérés par un salaire mais en nature : avec une Ford Mustang pour le premier et une caravane pour le second.
Il semble que Film Polski, institut d'État qui durant la période communiste , ait joué un rôle dans la production du film mais il est impossible de déterminer lequel, ses archives ne contenant rien sur Le Départ. D'après Skolimowski, les fonds et la logistique proviendraient exclusivement de l'Ouest.
Casting et composition de l'équipe C'est après avoir vu Masculin féminin de Jean-Luc Godard que Skolimowski a l'idée d'engager Catherine Duport et Jean-Pierre Léaud comme les acteurs principaux du film, considérant que le fait qu'ils ont déjà tourné ensemble faciliterait leur travail. Jean-Pierre Léaud étant libre, il semble qu'il ne soit pas difficile de le convaincre de tourner dans ce film, notamment parce que Jean-Luc Godard lui aurait vanté le cinéma de Jerzy Skolimowski. Sa participation, alors qu'il est déjà connu pour ses rôles chez François Truffaut et Jean-Luc Godard est, selon la presse polonaise, la marque du succès international de Skolimowski. Les autres acteurs du film sont français ou belges car le film se tourne en français.
Le réalisateur reprend aussi le chef-opérateur de Masculin féminin, Willy Kurant, qu'il considère comme depuis sa collaboration avec Orson Welles sur The Deep. Kurant, contacté par l'entremise de Bronka Ricquier, a aussi pour avantage de parler la langue russe : comme l'écrit Serge Daney, , ni anglais ni allemand.
Tout comme Willy Kurant, l'ingénieur du son, Philip Cape, est issu du reportage ; ils ont d'ailleurs travaillé ensemble sur l'émission Cinq colonnes à la une lors d'un tournage au mont Athos. Le chef opérateur ne dispose pour l'équipe lumière de ce film que d'un électricien et d'un machiniste. Ce dernier est un ancien catcheur qui a déjà travaillé avec Kurant, lequel l'a fait venir de Paris. Ce passé de catcheur plaît à Skolimowski qui a pratiqué la boxe. Le coscénariste du film, Andrzej Kostenko, fait fonction d'assistant caméra. Enfin, le compositeur Krzysztof Komeda est présent sur toute la durée du tournage, où il sert d'interprète.
Tournage vignette|gauche|Une Porsche 911 en pleine course.|alt=photo en noir et blanc d'une voiture aux formes arrondies allant vite avec un gros 1 sur la portière