vignette|Acte de baptême de Jean Talon: on peut y lire clairement la forme ancienne de "Jean", écrite "Jehan". Jean Talon, né en à Châlons (paroisse Notre-Dame-en-Vaux), en France, et mort le à Paris (paroisse Saint-Sulpice, France), est le premier intendant de la Nouvelle-France à y exercer sa fonction. La colonie est devenue une province royale sous Louis XIV en 1663. Durant les cinq ans que le « grand intendant » y a passé, entre 1665 et 1672, il avait pour mandat d'en assurer le développement et la réorganisation afin d'affirmer l'autorité royale. Biographie Naissance et enfance thumb|left|La collégiale Notre-Dame-en-Vaux où a été baptisé et inhumé Jean Talon. vignette|Statue de Jean Talon à Châlons-en-Champagne.

Jean Talon naît à Châlons-en-Champagne. et est baptisé en la collégiale Notre-Dame-en-Vaux le Registre paroissial de la paroisse Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne, Archives départementales de la Marne.. Son père, Philippe Talon, et sa mère, Anne de Burry, ont eu dont trois ont occupé des fonctions administratives. Parmi ceux-ci, le frère de Jean, Claude, est intendant d'Oudenarde.. Selon l'historien Jean-Claude Dubé, ce dernier aurait probablement accédé aux fonctions d'intendant . Un autre frère, François, est avocat au Parlement et secrétaire du parlementaire Mathieu Molé. Il sera le seul membre masculin de la famille à se marier et à avoir des enfants.. Leur sœur Anne épouse pour sa part Jean Laguide dont elle a eu trois enfants..

Jusqu'en 1645, le jeune Jean étudie auprès des jésuites au collège de Clermont à Paris., à la même époque que François de Montmorency-Laval. Nous avons ensuite peu de détails sur son parcours jusqu'en 1652. Selon Louis Dubé .

Vie adulte Talon est nommé intendant de l'armée de Turenne et commissaire des guerres en Flandre en 1653, devient commissaire du Quesnoy en 1654 puis du Hainaut l'année suivante.. En 1655, il est nommé intendant du Hainaut., un poste qu'il occupe pendant dix ans, soit jusqu'à ce qu'il soit nommé intendant de la Nouvelle-France. Il participe à la fortification de la ville du Quesnoy pour laquelle il reçoit plusieurs marques de reconnaissance et gratifications.. Le roi Louis XIV lui octroie ainsi une terre dans la région du Hainaut..

Intendant de la Nouvelle-France, 1665-1668

Dès 1663, Louis XIV, appuyé par son ministre Jean-Baptiste Colbert, souhaite « remettre de l'ordre » dans ses colonies, aux Antilles mais aussi au Canada, et y « réaffirmer l'autorité de la monarchieMichel De Waele, « La Nouvelle-France coloniale de Louis XIV », Cap-aux-Diamants, 122, 2015, p. 7. ». En mars, un édit érige la Nouvelle-France en province royale : Depuis qu'il a plu à Dieu de donner la paix à notre Royaume, nous n'avons rien eu plus fortement dans l'esprit que le rétablissement du Commerce comme étant la source et le principe de l'abondance que nous nous efforçons par tous moyens de procurer à nos peuples et comme la principale et plus grande importante partie de ce commerce consiste aux colonies étrangères auparavant que de penser a en établir aucunes nouvelles nous avons cru qu'il était nécessaire de penser à maintenir, protéger et augmenter celles qui se trouvent déjà établiesCité dans Michel De Waele, « La Nouvelle-France coloniale de Louis XIV », Cap-aux-Diamants, 122, 2015, p. 8..vignette|Jean-Baptiste Colbert est l'un des principaux ministres de Louis XIV.Le Canada est alors en guerre constante avec les nations iroquoises, en plus d'être peu peuplé (3 000 personnes en 1663Ibid., p. 10.) et son commerce, peu diversifié. La paix signée avec les Iroquois en 1665, un gouverneur et un intendant doivent assurer les vues du roi et de son ministre Colbert.

La Compagnie des Cent-Associés a été dissoute par Louis XIV en 1663 et remplacée en 1664 par la Compagnie des Indes occidentales.. Le gouverneur de la Nouvelle-France en fonction, Augustin de Saffray de Mézy, a été rappelé en France à la suite des conflits qui l'opposaient à l'évêque de la Nouvelle-France, François de Montmorency-Laval.. ; il est remplacé par Daniel Rémy de Courcelles le jour même de l'entrée en poste de Talon. Le Conseil souverain a quant à lui été créé en vertu d'un édit datant d'. Il tient sa première séance le suivant à Québec. Le Conseil enregistre les lettres patentes de la Compagnie des Indes occidentales, de Courcelles et de Talon. Ce dernier y siège à son arrivée en 1665 en vertu de sa commission. Le Conseil souverain voit dès lors son rôle diminué dans l'administration coloniale au profit de l'intendant, devenant essentiellement une cour de justice. vignette|Le Conseil souverain.À la dissolution de la Compagnie des Cent-Associés, on recense en Nouvelle-France 69 seigneuries administrées par 62 seigneurs et sept institutions religieuses (les jésuites, les sulpiciens et les ursulines, les hospitalières de Québec et les hospitalières de Montréal, la fabrique de la paroisse de Québec et la seigneurie de Sillery)..

C'est dans ce contexte que Jean Talon reçoit du roi la charge d'intendantL'historien Michel De Waele rapporte que la fonction débute en France vers la fin du XVIe siècle et se développe particulièrement sous le règne d'Henri IV. Si le rôle d'intendant équivaut au départ à celui de commissaire royal, dépêché dans une province pour enquêter sur un problème et faire rapport, il s'étend progressivement à l'administration des provinces. Ibid., p. 9. pour le Canada, l'Acadie et Terre-Neuve le .. Au cours des mois suivants, il devra s'occuper de toute l'administration civile, c'est-à-dire la justice, la police et les finances. Il devient ainsi le deuxième intendant après Louis Robert, mais le premier à se rendre en Nouvelle-France. Il débarque à Québec le . Talon doit demeurer deux ans au Canada. Il y restera finalement une troisième année.

Avant son départ pour la Nouvelle-France, Talon reçoit de Louis XIV et du ministre Colbert des instructions détaillées pour l’administration de la colonie. Le nouvel intendant doit prendre .

Talon s'empresse ainsi de tracer un bilan de la situation et des besoins de la colonie. En 1666, il fait réaliser le premier recensement qui indique une population de d'origine européenne.Le site de Statistiques Canada (archives) indique toutefois que .. Grâce à ce recensement, il peut également .. Talon réalise de plus un Mémoire sur l'état présent du Canada destiné à Colbert en 1667.thumb|Une page du recensement de 1666 en Nouvelle-France. Dans les instructions qu’il a reçues du roi, il est prévu que le nouvel intendant réforme la justice. Comme l'historienne Marie-Eve Ouellet le mentionne, Talon se fait « présenter toutes les causes et trier celles qu'il règlerait sommairement de celles qu'il expédiera aux juridictions inférieuresMarie-Eve Ouellet, Et ferez justice : le métier d'intendant au Canada et dans les généralités de Bretagne et de Tours au 18e siècle (1700-1750), thèse en histoire, Université de Montréal, 2014, p. 228.. »

Il doit aussi veiller, avec le Conseil souverain, à . La première séance de son intendance, qui a lieu le , voit Talon siéger avec le gouverneur Courcelles et Monseigneur de Laval, . La justice seigneuriale est quant à elle restaurée en 1668. Finalement, afin de rendre la justice plus efficace et accessible, il veille à en simplifier les procédures..

Par ailleurs, afin d’accroître la population de la colonie, Talon adopte diverses mesures. Il fait d’abord appel au régiment de Carignan-Salières, formé de 1 200 soldats, qui avait été dépêché en 1665 afin de défendre la colonie contre les Iroquois. Avec le retour de la paix, le régiment est dissous. Talon incite les soldats et les officiers à rester au Canada en leur offrant des terres et de l'argent. Environ 800 soldats du régiment et de compagnies arrivées en 1670 resteront à demeure en Nouvelle-France.

Talon fait également accélérer la venue de jeunes femmes à marier de France : les filles du Roi. Entre 1663 et 1673, près de 800 d’entre elles trouveront un mari et fonderont une famille. Ce sont donc environ 1 500 colons qui s'établissent en Nouvelle-France entre 1665 et 1672, soit comme simples immigrants ou encore comme engagésLacoursière, Provencher et Vaugeois (2000) parlent pour leur part de 2 500 immigrants durant la période Talon (p. 74)..

Conformément aux instructions du roi, datées du , il remédie à l’éparpillement de la population en faisant défricher . Le roi constate que les habitants ont construit leur maison à l'endroit qui leur convenait, ce qui fait qu'elles sont éloignées les unes des autres. Dans le contexte des guerres avec les Iroquois, il convient plutôt de les regrouper. Dans cet ordre d'idées, Louis XIV demande à Talon de réduire les habitations « en la forme de nos paroisses et de nos bourgs. ».

Toujours dans ses instructions, Talon voit l’œuvre des Jésuites y être vantée, mais il peut aussi lire qu'ils ont pris « une autorité qui passe au-delà des bornes de leur véritables possession, qui ne doit regarder que les consciencesMichel De Waele, « La Nouvelle-France coloniale de Louis XIV », op. cit., p. 7.. » Le roi a intimé à l'intendant de « tenir dans une juste balance l'autorité temporelle qui réside en la personne du roi et en ceux qui le représentent, et la spirituelle qui réside en la personne dudit sieur évêque et des jésuites, de manière toutefois que celle-ci soit inférieure à l'autre ». Jean-Baptiste Colbert confie donc à Talon le mandat de surveiller les ecclésiastiques de la colonie. Dans le mémoire que l'intendant lui adresse en 1667, il s'arrête sur l'autorité ecclésiastique : [Elle] a pris de nouvelles forces et s'est rendue si redoutable que j'ose assurer que tandis qu'elle demeurera au point ou je la vois, vous Monseigneur et ceux qui auront l'honneur de servir ici sous vos ordres auront beaucoup de peine à faire valoir les bonnes intentions de Sa Majesté pour l'augmentation de cette colonie qui sera toujours de beaucoup retardée par la crainte que l'Église a fait naître de son gouvernement qu'on peut dire être trop souverain et étendue au-delà de ses bornes. vignette|Talon exproprie les Jésuites d'une partie des terres de leur seigneurie de Notre-Dame-des-Anges pour établir trois bourgs. Ce plan de la seigneurie date de 1754. Concédée aux Jésuites en 1626, la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges s’étendait alors au nord de Québec à partir de la rive nord de la rivière Saint-Charles sur une profondeur de environ. Le recensement de 1666 dénombre 112 habitants sur ce territoire, ce qui est appréciable pour l'époque. Les Jésuites avaient rempli adéquatement leurs obligations de défrichement et d'établissement de colons. Cependant, les terres concédées jusque-là se trouvaient principalement dans la partie sud de la seigneurie, près de la rivière, laissant une grande superficie sans établissement.

Talon jette son dévolu sur les terres situées au nord de la seigneurie. Les Jésuites sont contraints de céder une partie de la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges afin de fonder trois bourgs : Bourg-Royal, Bourg-la-Reine et Bourg-Talon.. Le plan radiant, inspiré du découpage jésuite, adopté par Talon est tout à fait nouveau dans la colonie et ne sera pas reproduit ailleurs par la suite. Des trois villages planifiés, il n’y a que celui du Trait-Carré qui sera effectivement créé et qui formera plus tard la paroisse de Charlesbourg.

Tout au long de ce mandat, les relations entre Talon et Mgr de Laval et entre lui et les Jésuites sont tendues en raison entre autres de question comme la dîme, l'autorisation de le traite d'eau-de-vie avec les Autochtones, l'expropriation d'une partie de la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges ou encore de l'affaire des Dames de la Sainte-Famille. Comme le note l'historien Alain Laberge, ses relations tendues avec l'Église lui ont valu de sévères critiques de la part des historiens ecclésiastiques plus tard au XIXe siècle. .