Les Églises catholiques orientales (ou parfois Églises uniates) sont la composante de rite oriental de l'Église catholique. Elles se caractérisent par le fait d'être en pleine communion avec l'évêque de Rome (le pape), dont elles reconnaissent la primauté, et d'utiliser les rites liturgiques orientaux (copte, syriaque occidental, maronite, syriaque oriental, byzantin, arménien, guèze). Elles sont définies dans la terminologie catholique comme des Églises autonomes ou « Églises de droit propre », au sens juridique sui iuris, et sont pleinement l'Église catholique, au même titre que l'Église latine de rite latin.
Selon les chiffres de l'Annuaire pontifical, elles comptent de fidèles en tout, soit 1,5 % des catholiques, qui sont plus de .
Parfois appelées « uniates », ce terme étant controversé, les Églises catholiques orientales sont diverses par leurs origines et par leurs dates de ralliement à Rome. L'Église maronite, qui remonte à l'époque patristique, a, comme les Églises copte, arménienne ou indienne, vécu longtemps de façon autonome pour des raisons principalement géographiques. Les relations entre l'Église maronite et les latins se sont intensifiées à partir du . Comme il n'y a jamais eu de situation de rupture avant l'établissement et le renforcement de ces liens, l'Église maronite peut faire valoir qu'elle a « toujours été catholique ». La plupart des autres Églises catholiques orientales ont rejoint l'Église catholique entre le , parfois par détachement de la communion dans laquelle elles se trouvaient, et même par la fondation de patriarcats ou d'Églises catholiques avec une partie du clergé et des fidèles des Églises locales. Cette méthode qualifiée d'« uniatisme »Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe, « L'uniatisme, méthode d'union du passé, et la recherche de la pleine communion », Balamand, Liban, 1993 ., fut pratiquée dans un contexte global d'activité missionnaire et d'influence diplomatique de l'Église catholique. La distinction entre ces Églises catholiques maintenant unies à Rome et les Églises orthodoxes locales reste ténue : liturgie, discipline sont presque identiques et seul le rattachement juridique à Rome et à son patriarche (le pape catholique) fait parfois la différence. Les Églises catholiques orientales conservent leurs rites orientaux et leurs traditions ecclésiales propres (par exemple, l'ordination sacerdotale d'hommes mariés), mais sont dans l'Église catholique dont elles acceptent la théologie (purgatoire ; filioque ; dogmes proclamés depuis le ) et où elles sont nommées « Églises orientales catholiques ». Aujourd'hui, avec la diaspora de leurs pays d'origine, elles sont également implantées en Europe occidentale, en Amérique et en Océanie.
Pour les Églises qui ont déclaré l'unité avec Rome depuis le , se placer dans la juridiction de l'Église de Rome avait l'avantage, pour les fidèles concernés, soit d'en faire des sujets à part entière dans les États catholiques tels que la Pologne ou l'empire d'Autriche où les orthodoxes étaient parfois considérés comme des sujets de second ordre, soit de les placer sous une protection européenne dans les États musulmans déclinants tels l'Empire ottoman. C'est pourquoi les Églises grecques-catholiques font l'objet de débats et de critiques depuis leur origine de la part des Églises orthodoxes, qui les considèrent comme des dissidences, responsables de leur propre affaiblissement. Ces critiques portent sur leur identité, en particulier sur leur niveau d’autonomie, sur les conditions de leur formation et de développement, ainsi que sur la légitimité de leur allégeance, à une période où la politique officielle du Vatican est le dialogue œcuménique et le respect des Églises orientales, notamment après le concile . L'uniatisme est aujourd'hui considéré, tant par des catholiques que par les orthodoxes, comme une méthode du passé. Tout de même, la dernière Église catholique orientale à être érigée est l'Église catholique érythréenne le par le détachement de l'Église catholique éthiopienne..
Statut et terminologie
Statut vignette|redresse=1.3|Le pape et des évêques catholiques orientaux commémorant le du concile de Nicée le dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Au nombre de 23, mais de tailles extrêmement diverses, les Églises orientales catholiques sont reconnues comme membres à part entière de l'Église catholique romaine sous l'autorité du pape. À ce titre, plusieurs patriarches orientaux sont cardinaux, et, s'ils ont moins de 80 ans, ces patriarches orientaux prennent part à l'élection du « pontife romain » (désignation canonique du pape de Rome, du Code de ). En 2013, ces patriarches cardinaux sont Antonios Naguib, patriarche de l'Église catholique copte d'Alexandrie (patriarche émérite) ; Nasrallah Boutros Sfeir, cardinal-patriarche d'Antioche des maronites (patriarche émérite) ; Bechara Boutros El Raii, cardinal-patriarche d'Antioche des maronites.
Ces Églises orientales sont régies par le Code des canons des Églises orientales rédigé en latin et promulgué par le pape en 1990.
Elles jouissent d'une autonomie incontestable, qui varie cependant selon leurs statuts propres (en fonction de leur taille). Ainsi, les patriarches sont élus par le synode patriarcal et prennent possession de leur charge immédiatement, avant même que le pape soit informé ; la désignation des chefs des Églises archiépiscopales majeures est très proche. Les évêques sont nommés par les patriarcats, lors d'un synode de l'Église, mais un évêque ne peut pas prendre ses fonctions sans l'accord du Vatican.
Liste des Églises catholiques orientales
Église maronite : elle ne s'est jamais désunie de Rome, mais a confirmé son attachement au pape lors du (croisades). Église catholique arménienne union à Rome, 1740. Église catholique byzantine, union à Rome, 1924 Église catholique chaldéenne, union à Rome, 1830. Église catholique copte, union à Rome, 1895. Église catholique éthiopienne, union à Rome, 1961 Église catholique érythréenne, union à Rome, 2015 Église catholique syriaque, 1662, puis 1783 Église catholique syro-malabare, union à Rome 1599. Église catholique syro-malankare, union à Rome, 1930.
Églises gréco-catholiques, indépendantes entre elles car autocéphales, elles ont en commun la liturgie byzantine : Église grecque-catholique albanaise, union à Rome, 1939. Église grecque-catholique biélorusse Église grecque-catholique bulgare Église grecque-catholique hellène, union à Rome, 1911. Église grecque-catholique hongroise Église grecque-catholique italo-albanaise Église grecque-catholique italo-grecque Église grecque-catholique macédonienne Église grecque-catholique melkite, union à Rome, 1724. Église grecque-catholique roumaine, union à Rome, 1698. Église grecque-catholique russe, union à Rome, 1908. Église grecque-catholique slovaque Église grecque-catholique tchèque Église grecque-catholique ukrainienne, union à Rome 1595-1596.
Autres désignations vignette|redresse=1.2|Cathédrale Saint-Georges des Maronites (Beyrouth). Ces Églises sont également connues sous d'autres noms : Églises orientales catholiques (seul terme catholique officiel). Églises grecques-catholiques ou gréco-catholiques (pour les Églises catholiques de rite byzantin uniquement). Églises uniates : ce terme, péjoratif, souvent jugé conflictuel, n'est pas utilisé officiellement par l'Église catholique ; le concile ne l'a pas employé. « Églises de rite propre » ou rituelles : expression abandonnée, car peu exacte : une quinzaine de ces Églises utilisent le même rite byzantin ; certaines ont une relative diversité de rites.
Le terme « uniate » Le mot « uniate » a longtemps servi à désigner les Églises catholiques orientales. Au sens strict, il sert à désigner les fractions de ces Églises orientales qui ont quitté l'Église « mère » orthodoxe et sont entrées en communion avec l’Église catholique. Il est attesté pour la première fois au moment du synode de Brest-Litovsk de 1596, qui donne naissance à l’Église gréco-catholique ukrainienneC. Cannuyer, article « Uniatisme » dans Encyclopédie Catholicisme, , , 2000, Letouzet & Ané, Paris..
Aujourd'hui surtout utilisé par les orthodoxes, il a le plus souvent une connotation péjorative — Le Pape en Ukraine : Dieu pourra-t-il écrire droit avec des lignes courbes ? - Entraide d’Églises (Réseau M.O.I.S.E.), juin 2001.. En rigueur de termes, « Églises unies » et « Églises catholiques orientales » ne sont pas synonymes : unis à Rome dans leur totalité au , les chrétiens maronites libanais appartiennent à la deuxième catégorie mais non pas à la première. Il en va de même pour l'Église grecque-catholique italo-albanaise.
Ces Églises ont souvent été latinisées. Gardant des apparences orientales (liturgie, paramentique, langue liturgique, discipline en matière de célibat ecclésiastique, musique), elles ont adopté la théologie et l’ecclésiologie catholiques. Elles se pensent souvent elles-mêmes comme étant un pont entre le catholicisme et l’orthodoxie, Lettre apostolique Orientale Lumen, 2 mai 1995., comme ont pu le montrer les interventions de , patriarche de l’Église grecque-catholique melkite de 1947 à 1967, lors du concile Histoire des Melkites catholiques - istanbulGuide.net..
L'uniatisme est considéré par les Églises orthodoxes comme incorrect sur le plan ecclésiologiqueLettre du patriarche Bartholomée de Constantinople au pape de Rome concernant le projet de fondation d'un patriarcat uniate en Ukraine , par le patriarche Bartholomée de Constantinople, Religioscope, 7 mai 2004. et comme une forme de prosélytisme en contradiction avec la tradition canonique et le discours officiel de l'Église de Rome sur les relations interecclésiales et le dialogue œcuménique.
En 1993, à l'occasion de la du Dialogue entre l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe, a été signée la déclaration de Balamand, qui affirme que l'uniatisme ne saurait être un modèle actuel de l'unité.
Histoire
Contexte général À la suite du Concile d'Éphèse de 431, qui condamna les thèses de Nestorius, l'Église de l'Orient, absente des débats, se sépara de l'Église impériale. Les Églises d'Arménie, de Syrie et d'Égypte, les Églises des trois conciles, prirent la même décision à la suite des positions christologiques du concile de Chalcédoine et de la déposition du patriarche d'Alexandrie en 451.
vignette|redresse=1|gauche|Le Concile de Chalcédoine, fresque de Dionisius, 1502. Lors du schisme de 1054, la séparation entre l'Église de Rome et l'Église de Byzance, fut symbolisée par les spectaculaires excommunications mutuelles du patriarche Michel Cérulaire et du légat du pape Humbert de Moyenmoûtier. Cette séparation deviendra définitive dans les esprits en Orient après les Croisades et le sac de Constantinople par les Latins en 1204. Les tentatives de réunion lors du deuxième concile de Lyon en 1274, puis lors du concile de Ferrare-Florence en 1438-1442, n'aboutirent pas.
L'Église de Rome développa ensuite une ecclésiologie qui insistait sur l'autorité et la compétence directe du pape sur toutes les Églises locales. Par conséquent, les Églises qui n’étaient pas sous la juridiction papale pouvaient être sujettes de l'activité missionnaire dans le but de les mettre en communion avec Rome.