Maurice-François Garin (), dit Maurice Garin, né le à Arvier, commune italienne francophone de la Vallée d'Aoste, et mort le à Lens, est un cycliste italien, naturalisé français en 1901.
En 1885, à l'âge de , il quitte son village natal et traverse la frontière pour chercher du travail en France. Comme la plupart des Valdôtains, il exerce la profession de ramoneur en Savoie, puis dans plusieurs villes du nord de la France. C'est à Maubeuge qu'il découvre le cyclisme en 1892. Après quelques succès chez les amateurs, il devient professionnel au début de l'année 1895. Coureur résistant, régulier et intelligent, sa première partie de carrière est marquée par plusieurs victoires dans les principales classiques de l'époque. Il remporte ainsi deux Paris-Roubaix, en 1897 et 1898, puis s'impose sur Paris-Brest-Paris et Bordeaux-Paris.
En 1903, il remporte le premier Tour de France de l'histoire devant Lucien Pothier. Vainqueur de la première étape, il conserve la première place du classement général de bout en bout, remportant également les et . L'année suivante, dans un contexte de chauvinisme local exacerbé et d'actes de tricherie, il récidive avant d'être déclassé. La victoire dans le Tour 1904 revient alors au jeune Henri Cornet, du classement général. Suspendu deux ans, Maurice Garin met un terme à sa carrière cycliste et se retire à Lens où il assure la gestion d'une station essence. En 1953, au même titre que les anciens vainqueurs de l'épreuve encore en vie, il est mis à l'honneur pour le cinquantième anniversaire du Tour et effectue un tour d'honneur lors de l'arrivée victorieuse de Louison Bobet sur la piste du Parc des Princes.
Ses frères Ambroise et César sont également coureurs cyclistes professionnels.
Biographie Jeunes années Maurice Garin naît le au hameau « Chez-les-Garin » à Arvier, un village de la Vallée d'Aoste, dans le nord-ouest de l'Italie, près de la frontière française.. Le hameau est ainsi dénommé car cinq des sept familles qui y vivent à l'époque portent ce nom... Son père Maurice-Clément Garin exerce la profession de laboureur à Arvier et sa mère Maria Teresa Ozello travaille dans l'unique hôtel du village. Il est le quatrième des neuf enfants de la famille, et le premier des cinq garçons..
thumb|center|upright=3.0|alt=Photographie panoramique d'un village au fond d'une vallée.|Arvier, dans la Vallée d'Aoste, lieu de naissance de Maurice Garin. thumb|Giratoire dédié à Maurice Garin, près de Léverogne, à Arvier.
En 1885, la famille Garin quitte Arvier pour travailler en France, de l'autre côté des Alpes, comme la plupart des Valdôtains à cette époque, poussés par le désir d'une vie meilleureUne raison pour laquelle toute la famille Garin a voyagé si loin, comme de nombreux valdôtains, jusqu'à la frontière belge, est que la région possède des mines de charbon nécessitant une main-d'œuvre abondante. Voir .. De nombreuses spéculations entourent le déménagement des Garin, qui s'est probablement effectué clandestinement. En effet, le sous-préfet d'Aoste avait enjoint aux syndics des communes valdôtaines, par le biais d'une circulaire, de n'autoriser l'émigration des habitants de la région que par la délivrance d'un certificat en observant les plus diligentes précautions. Une anecdote rapporte que, la famille ayant voyagé séparément, Maurice Garin, alors âgé de , aurait été échangé contre une meule de fromage à un rabatteur qui venait au Val d'Aoste recruter des jeunes ramoneursJournal du dimanche, France, 29 juin 2003.
Après avoir travaillé comme ramoneur en Savoie et alors âgé de , il poursuit cette activité à Reims, puis à Charleroi en Belgique et enfin à Maubeuge où il s'installe en 1889.. Cette même année, il achète son premier vélo pour , soit le double de ce que gagne mensuellement un ouvrier. À cette époque, les compétitions cyclistes n'intéressent pas Maurice Garin, qui aime cependant se promener à vélo et rouler vite, au point que les habitants de Maubeuge le surnomment .
Premiers succès chez les amateurs thumb|upright|alt=|Maurice Garin en 1897. Maurice Garin dispute sa première course en 1892 lorsque le secrétaire du Vélo-club maubeugeois le persuade de participer à une course régionale, Maubeuge-Hirson-Maubeuge, disputée sur plus de . Il se classe cinquième après avoir souffert de la chaleur mais décide de courir plus souvent. Tout en exerçant sa profession de ramoneur, il commence à s'entraîner quotidiennement. L'année suivante, il vend son premier vélo et en achète un autre plus léger et qui possède des pneumatiques, pour la somme de .
Il remporte sa première victoire en gagnant la classique Namur-Dinant-Givet et retour, en Belgique, longue de . Il obtient ce succès non sans mal : alors qu'il se trouve en tête de la course à Dinant, il crève, pose son vélo contre le mur d'un pont puis s'empare du vélo d'un soigneur qui attendait le passage des coureurs. À l'arrivée, vainqueur avec une avance de dix minutes, il rend le vélo à son propriétaire et retrouve le sien le lendemain, là où il l'avait laissé. Alors que sa réputation grandit dans le nord de la France, il accroît encore sa popularité en remportant une course de à Paris en 1894. Il refuse pourtant de devenir professionnel et prépare son matériel lui-même, non sans talent d'après son biographe Franco Cuaz :
Cette même année, Maurice Garin souhaite s'engager sur une course en circuit à Avesnes-sur-Helpe mais n'est pas autorisé à concourir car celle-ci est alors réservée aux coureurs professionnels. Après le départ du peloton, il s'élance aussi et dépasse rapidement les autres coureurs. Malgré deux chutes, il franchit la ligne d'arrivée en vainqueur. Les organisateurs refusent de lui attribuer la prime de destinée au gagnant de la course, mais des spectateurs présents organisent une collecte au sein de la foule enthousiaste et rassemblent la somme de pour le récompenser. Ce succès pousse Garin à devenir professionnel.
Carrière professionnelle De Paris-Roubaix à Paris-Brest-Paris, victoires sur les classiques Maurice Garin remporte sa première victoire professionnelle dès le mois de , les des Arts libéraux, organisés par le journal Le Vélo. Cette épreuve sur piste se court derrière entraîneurs à bicyclette, tandem ou tripletteÀ cette époque, les courses sont d'une extrême difficulté, que ce soit sur les vélodromes ou sur les routes. Elles rivalisent en termes de longueurs et seuls les coureurs les plus endurants et résistants parviennent à s'imposer. Le froid particulièrement tenace en ce début d'année 1895 entraîne l'abandon de nombreux coureurs, tandis que Garin progresse avec régularité. Il s'impose en ayant parcouru au terme des de course, battant de le seul autre coureur ayant achevé l'épreuve, l'Anglais Williams. Outre sa résistance, il explique son succès par une meilleure alimentation que ses concurrents, en évitant notamment l'abus de vin rouge pendant l'épreuve. Lors de ces , il déclare avoir consommé . Lors de cette même année, il établit le record du monde des sur route derrière entraîneurs humains en , les 3 et .
thumb|upright|left|alt=Affiche montrant un cycliste sur fond bleu, blanc et rouge.|Publicité pour la marque La Française Diamant après la victoire de Maurice Garin lors de Paris-Brest-Paris en 1901.
À la fin du mois de , Maurice Garin quitte Maubeuge et s'installe à Roubaix où il devient agent officiel de la marque de vélos La Française qui lui confie la gestion d'un magasin, situé rue de la Gare. La première édition de Paris-Roubaix a lieu en 1896. Il se classe troisième, à quinze minutes derrière l'Allemand Josef Fischer. Il se serait classé deuxième s'il n'avait pas été renversé à la suite d'un accident entre deux tandems, l'un d'eux conduit par son entraîneur.. Le cycliste , comme le raconte l'historien de la course, Pascal Sergent..
Le , Maurice Garin figure parmi les qui prennent le départ de Paris-Mons, donné porte Maillot. Après de course, lors de la traversée de Compiègne, il passe en tête en compagnie d'Alfred Gilbert. À Saint-Quentin, ce dernier ayant lâché prise, Garin est seul à l'avant, avec une avance de huit minutes sur le Suisse Michel Frédérick. Son avance ne cesse d'augmenter et il s'impose finalement à Mons, reléguant Frédérick à près de ..
thumb|upright|alt=Photographie en noire et blanc d'une automobile pilotée par deux hommes.|L'automobile de Garin, conduite par ses entraîneurs. En 1897, il remporte Paris-Roubaix en battant le Néerlandais Mathieu Cordang dans les deux derniers kilomètres sur le vélodrome de Roubaix. Il entre le premier sur le vélodrome de Roubaix où est jugée l'arrivée, suivi du coureur néerlandais qui chute lourdement sur le ciment de la piste. Mathieu Cordang parvient à remonter sur son vélo mais accuse un retard de sur Garin. Déployant une force considérable, il revient peu à peu sur lui mais échoue finalement à deux mètres du vainqueur. Après la course, Maurice Garin déclare : .. En 1900, Cordang prend sa revanche et remporte le Bol d'Or devant l'Allemand Thaddäus Robl et Garin.
Durant l'été 1897, Maurice Garin fait une nouvelle fois preuve de son talent sur les longues distances. Fin août, il s'impose sur Paris-Cabourg., puis au début du mois de septembre, il gagne la course Paris-Royan, au terme d'un parcours de . Son premier poursuivant, Alexandre Foureaux, compte plus d'une heure et demie de retard à l'arrivée..
Maurice Garin gagne à nouveau Paris-Roubaix en 1898 avec un écart beaucoup plus important que l'année précédente sur ses concurrents, puisque le second, Auguste Stéphane, accuse un retard de près d'une demi-heure. Lors de cette édition, Garin bat nettement le temps établi par Josef Fischer en 1896..
Après deux années sans victoire malgré des places d'honneur dans les classiques, Maurice Garin retrouve le succès lors de la saison 1901. Il gagne la deuxième édition de Paris-Brest-Paris, avec près de deux heures d'avance sur Gaston Rivierre, après avoir parcouru en .. Lors de la course, il est en poursuite derrière le Français Lucien Lesna, qui parcourt les kilomètres à la moyenne de et possède une avance confortable de deux heures à Brest. À Rennes, ce dernier suit les conseils de ses entraîneurs et s'arrête pour prendre un bain et récupérer de la fatigue, la saleté et la chaleur. Au sortir de ce bain, en raison du vent de face ou peut-être victime d'une insolation, Lucien Lesna n'avance plus.. Garin le dépasse à Mayenne et Lesna abandonne peu de temps après, alors qu'il reste encore à parcourir. Lors de cette victoire, Garin améliore de plus de le temps réalisé par Charles Terront dix ans plus tôt, lors de la première édition de la course..
En 1902, Garin remporte une autre grande classique de l'époque, Bordeaux-Paris, une course de . Il part vivre ensuite rue de Lille à Lens dans le Pas-de-Calais.
Tour de France : premier vainqueur pour l'éternité (1903) thumb|upright|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme se tenant debout à côté de sa bicyclette.|Maurice Garin au départ de la première étape. En 1903, le Tour de France est créé par Henri Desgrange, directeur du journal L'Auto, dans le but de promouvoir les ventes de son journal et d'affaiblir son concurrent Le Vélo.. Le parcours comprend six étapes reliant les principales villes françaises, pour un total de . Maurice Garin est le premier coureur à adresser son engagement à L'Auto, ce qui lui vaut de porter le dossard .. Henri Desgrange en fait d'ailleurs le favori de l'épreuve et lui oppose Hippolyte Aucouturier, surnommé l'Hercule de Commentry, vainqueur en 1903 de Paris-Roubaix et Bordeaux-Paris..