Héra ou Héré (en grec ancien attique ou en ionien ) est une déesse grecque antique et une des principales divinités des panthéons grecs. Fille du roi des Titans Cronos et de Rhéa, sœur et épouse de Zeus, elle est la reine des dieux et la déesse du mariage.
Son rôle dans les cultes et la mythologie se définit en grande partie en relation avec son époux. Depuis Homère, les poètes ont développé son image d'épouse jalouse et colérique, se disputant régulièrement avec son mari à la suite des infidélités de celui-ci, ou exerçant sa vengeance sur ses autres épouses et ses enfants, notamment Héraclès. Dans le culte, elle est une déesse majeure dès les débuts de l'histoire grecque, par sa place dans deux cités de premier plan, Argos et Samos, et aussi dans des cités d'Italie. Plusieurs rituels commémorent son union avec Zeus ou leur séparation temporaire, avant un retour à l'ordre établi. Héra a par ce biais un rôle majeur dans la stabilisation de l'ordre divin dominé par son frère et époux. Au quotidien, elle est invoquée parmi les divinités patronnant les rites de mariage et protégeant les épouses légitimes.
Son équivalent dans la mythologie romaine est Junon, qui a des attributions similaires. À l'époque moderne, elle est connue par le biais de sa contrepartie romaine, et comme la déesse irascible des mythes grecs.
Nom et épithètes
Étymologie
L'étymologie de reste discutée : certains recherchent son origine dans le lexique des langues indo-européennes, d'autres dans la composante « préhellénique »/« minoenne », dont la langue est inconnuePierre Lévêque, « Bilan des travaux. La personnalité d’Héra », dans .. La recherche moderne après Franz Rolf Schröder a notamment rapproché ce nom divin (théonyme) d’ὥρα « saison, printemps », « année »Franz Rolf Schröder, « Hera », Gymnasium, 63 (1956).. Le nom d’Héra est ainsi interprété à partir du nom indo-européen de l’année *yērā-, présent dans l'anglais year et l'allemand JahrJosé L. García Ramón, « Hera and Hero: Reconstructing Lexicon and God-names », in David M. Goldstein, Stephanie W Jamison, Brent Vine- (Hg.), Proceedings of the 27th Annual UCLA Indo-European Conference, UCLA Proceedings 27, 2017. 272 pages.. Il serait à interpréter comme « déesse de l'année ». Mais d'autres interprétations traduisent ce nom par « la femme mûre pour le mariage », « jeune vache »/« génisse », ou encore « Maîtresse », féminin de Héros qui signifierait « Maître ».
Épithètes
vignette|Temple d'Héra à Agrigente.
Les épithètes homériques d'Héra sont Thea leukôlenos « déesse aux bras blancs » (la blancheur de peau étant symbole de beauté), qui est également employée pour des mortelles (Andromaque, Hélène, Nausicaa), Boôpis « aux yeux de vache » ou « aux grands yeux » (un regard intense ?), Potnia « dame », « maîtresse » et, moins souvent, Khrusothronos/Chrysothronos « au trône d'or » (voire « drapée d'or » ; ou un sens renvoyant aux fleurs, throna). Elle est également appelée deux fois Argeia, « d'Argos »/« Argienne », référence à un de ses principaux sanctuaires.
Dans le culte, ses épithètes (ou épiclèses) les plus courantes sont Teleia « l'accomplie », lié à son rôle de déesse du mariage (la complétude du mariage) et Basileia « royale », « la reine », qui renvoie à son statut de reine de l'Olympe. D'autres épithètes cultuelles moins courantes voire isolées renvoient à la sphère du mariage : Zygia « celle qui unit », Gamostolos « celle qui prépare les noces », Nympheuomene « fiancée conduite au mariage ».
D'autres épithètes attestées localement sont, par exemple : à Pérachora Akraia, « de la hauteur », « de l'éperon rocheux » et Limenia « du rivage », « du port », liées à la topographie du sanctuaire de la déesse ; à Argos on trouve Anthéia « la fleurie », dans la ville basse, et à nouveau Akraia, dans la ville haute ; à Crotone Hoplosmia « armée », qui renvoie manifestement à une fonction martiale.
Hypothèses sur les origines
Héra est souvent considérée comme dérivée d'une « Grande Déesse », ou de l'amalgame de plusieurs déesses puissantes des temps préhelléniques (minoens ?), qui aurait été adoptée par les Mycéniens et associée au grand dieu européen du Ciel diurne, ZeusPierre Lévêque, « Bilan des travaux. La personnalité d’Héra », dans ..
thumb|Tablette de Pylos enregistrant les offrandes à Zeus, Héra et Drimios. , Musée national archéologique d'Athènes. Traduction partielle : .
Le couple apparaît en tout cas déjà dans les tablettes mycéniennes du (son nom est alors écrit de manière syllabique E-ra), notamment en association dans un sanctuaire de Pylos, avec aussi un dieu nommé Dirimijo/Drimios qui semble être leur fils. Héra pourrait alors connaître une affirmation au détriment d'une autre déesse qui est elle aussi mise en couple avec Zeus dans une autre tablette mycénienne, Diwjai/Dia, qui est éclipsée par la suite. Cette progression serait liée au fait qu'Héra est une déesse majeure de la région de Mycènes (la future Argolide), qui semble alors avoir une position politique dominante..
La recherche du rôle « originel » d'Héra a suscité de nombreuses propositions, qui restent très hypothétiquesNassi Malagardis, « Héra, la sans pareille ou l’épouse exclue ? À travers l’image », dans .. Károly Kerényi l'interprète dans sa relation à Zeus, comme l'archétype de la femme et de l'épouse.. D'autres ont en revanche cherché à la détacher de Zeus, en supposant que son association à ce dernier n'est intervenue qu'après sa prise en importance et qu'elle en était donc initialement indépendante. Certains y voient une déesse de la fertilité voire une figure chthonienne, ou encore une donneuse de vie. Joan V. O'Brien, qui retient l'idée que la déesse est originellement associée à l'année et au printemps, a proposé qu'Héra soit une ancienne divinité majeure de l'âge du bronze, une figure complexe liée au cycle des saisons et aux forces de la nature, avec des aspects chthoniens, garante de la fertilité et de la protection des communautés, qui aurait été progressivement transformée en épouse et sœur de Zeus de la religion grecque classique, « domestiquée » et moins puissante. José L. García Ramón soutient que l'Héra originelle, avant son intégration dans le panthéon grec en tant qu'épouse de Zeus, représente l'individualisation divine d'au moins trois propriétés impliquées dans l'étymologie qu'il retient pour son nom : la jeunesse, (une période de) l'année (à savoir la bonne et florissante saison : ὥρα), et possède des liens avec les bovins. Le lien d'Héra avec la jeunesse se reflète dans sa fille Hébé en tant que personnification de l'« (âge de) la jeunesse ».
D'autres spécialistes soulignent que ces propositions sont très conjecturales et ne servent pas à comprendre les fonctions d'Héra aux époques pour lesquelles elle est bien documentée, quand elle apparait essentiellement comme une déesse de la souveraineté et du mariage intimement liée à Zeus.
Pouvoirs et fonctions
Quoi qu'il en soit de ses origines, aux époques historiques les principales attributions d'Héra découlent de son lien avec son frère et époux, Zeus.
En raison de son statut de roi des dieux, elle est elle-même la reine des dieux et une figure souveraine. Épouse du plus grand des dieux, elle est la déesse du mariage par excellence. Enfin, sa relation houleuse envers son mari volage se traduit par sa jalousie et ses colères qui font le bonheur des poètes grecs, les crises dans sa relation avec Zeus servant à réaffirmer le statut dominant de celui-ci.
Une partie des spécialistes de la religion grecque ont réduit la déesse au statut d'épouse (colérique) de Zeus, à l'image de M. Nilsson. V. Pirenne-Delforge et G. Pironti s'intéressent principalement à l'« Héra de Zeus », cette relation étant vue comme essentielle pour définir sa place dans le monde divin en tant que souveraine et épouse, ses domaines d'intervention, en cherchant aussi à donner une interprétation plus complexe de ses colères et des disputes avec Zeus, souvent réduites dans la recherche moderne à des crises de jalousie et des scènes de ménageCompte-rendus : ; ; .. Cela s'oppose à d'autres interprétations qui ont cherché à dresser l'image d'une déesse moins dépendante de son époux, au profil diversifié et aux attributs multiples en plus du mariage (la fertilité, les bovins, les forces chtoniennes, la navigation, etc.).
La souveraineté thumb|Héra coiffée d'un diadème et tenant un sceptre. Détail du médaillon d'un kylix à fond blanc du Peintre de Sabouroff, v. 470 av. J.-C. Staatliche Antikensammlungen de Munich.
Héra est une déesse souveraine, la reine de l'Olympe et des divinités grecques. Le poète lyrique Pindare la définit comme la « reine des dieux » (Néméennes , 37-39). Cela est lié à son statut d'épouse du roi des dieux, Zeus. Une de ses épithètes les plus communes est Basileia (aussi Basilis), « Royale », « la Reine », contrepartie féminine de Basileus, « Royal » « Roi », surtout employé pour Zeus. La mythologie, en premier lieu l’Iliade, la présente comme une déesse très puissante, dominatrice, capable d'être une conseillère comme une adversaire de Zeus, certaine de sa position et de ses prérogatives, qui s'impose aux autres par son ascendant et si besoin par sa force physique (Artémis), commande à d'autres dieux (sa messagère Iris, les Heures, Hélios, Hypnos).
Selon J.-P. Vernant, Cela explique pourquoi le présent qu'elle propose à Pâris lors de son jugement est la souveraineté : .
Les différentes tensions qui émaillent les relations entre Héra et Zeus dans la mythologie ont également un lien avec son rôle de déesse souveraine, car ils permettent à la déesse de constamment réaffirmer sa position de reine et de partenaire incontournable de Zeus. En lien avec cette position, elle a une beauté majestueuse et royale, qui est reprise dans l'art. Platon dans son Phèdre (253b) prétend que ceux qui vénèrent Héra cherchent l'amour sous une forme royale.
Elle est associée au trône, symbole de la royauté. Elle est dite Chrysothronos, « au trône d'or ». Son fils Héphaïstos réalise pour elle un trône d'or, qu'il lui offre. Pindare la surnomme Homothronos, « qui partage le trône (de Zeus) » (Néméennes , 1-2), ce qui prolonge le fait qu'ils partagent le lit nuptial. Les deux sont par exemple liés dans un dialogue de Lucien de Samosate où Létô dit à la reine des dieux qu'elle se sent libre d'outrager les autres parce qu'elle partage Son sanctuaire de Délos a livré des statuettes de femmes trônant. Dans l'art, elle est souvent représentée assise sur un trône, notamment dans sa statue de culte d'un de ses principaux sanctuaires, à Argos, où elle tient également un sceptre surmonté par Zeus sous la forme d'un coucou (car il l'aurait séduite sous cette forme selon une légende locale). Ce sont d'ailleurs en premier lieu ses attributs royaux qui permettent de la distinguer des autres déesses dans des scènes mythologiques telles que le jugement de Pâris.
Le mariage
L'épouse de Zeus est aussi la déesse du mariage, son principal champ de compétence dans le culte. Elle est la protectrice du mariage, de la vie maritale et des épouses légitimes. C'est de son lien avec Zeus qu'elle tient son statut de souveraine et de maîtresse de maison de l'Olympe, ce qui est en particulier évoqué dans la poésie grecque par le fait qu'elle partage la couche de Zeus (koite, lechos) : un commentaire à l’Iliade dit ainsi qu'
Selon M. Detienne, . Héra est donc l'incarnation d'un des fondements des sociétés grecques, en particulier à destination de leur composante féminine. Illustration de ce rôle, sa représentation sur un vase peint dans une scène nuptiale (A. Kauffmann Samaras)Aliki Kauffmann Samaras, « La beauté d’Héra : de l’iconographie à l’archéologie », dans ..