Achille Ratti, né le à Desio (royaume de Lombardie-Vénétie) et mort le au Vatican, est un prêtre catholique, érudit, évêque, théologien et archevêque de Milan. Créé cardinal en 1921, il est élu pape l'année suivante, le sous le nom de (en latin : , en italien : ).
En qualité d'évêque de Rome, il est le pape de l’Église catholique ainsi que le premier chef d'État du Vatican jusqu’à sa mort.
Son pontificat de 17 ans, est marqué par le règlement de la question romaine, avec la reconnaissance et l'institution de l'État de la Cité du Vatican, par les accords du Latran, en 1929. Il doit faire face à la montée des totalitarismes en Europe : communisme (1917), fascisme (1922) et nazisme (1933), ainsi qu'à la Guerre civile espagnole.
Jeunesse et carrière dans la Curie Naissance et formation thumb|left|Les parents d'Achille Ratti. thumb|left|Maison natale de . Issu d'une famille de la bourgeoisie lombarde, Ambrogio Damiano Achille Ratti est né le dans la petite ville de Desio près de Milan. alors sous domination autrichienne (en 1859 la Lombardie, conquise par les armées franco-sardes, est rattachée au nouveau royaume d'Italie). Son prénom Ambroise-Damien-Achille a été donné par son grand-père Ambroise Ratti (qui était aussi son parrain).
Le futur pape était l'avant-dernier fils (parmi sept enfants) de Francesco Ratti († ) qui était alors propriétaire d'une filature de soie, et de son épouse, Teresa née Galli († ), fille d'un aubergiste originaire de Saronno.
À la fin de son école primaire à Desio, il est placé, à la requête de son oncle, au petit séminaire de Saint-Pierre Martyr à Seveso. Il passe ses vacances chez son oncle Damiano Ratti (prévôt curé d'Asso), qui lui fait approfondir ses études. Après deux années au séminaire de Monza, il devient surveillant pendant une année au collège San Carlo de Milan où il obtient le baccalauréat. Cela lui permet d'entrer au grand séminaire de Milan.
En 1874, le jeune Achille prend l'habit des tertiaires franciscains remis par son confesseur Luigi Tavola, curé de Sormano. Il est remarqué par l'archevêque de Milan Luigi Nazari di Calabiana, au presbytère de son oncle d'Asso, pour son esprit studieux et sa piété.
Le prélat le charge d'enseigner la grammaire au petit séminaire de Saint-Pierre Martyr, où il avait étudié auparavant, et au collège Saint-Martin. En 1879, il est envoyé avec son ami Alessandro Lualdi au séminaire pontifical lombard de Rome où il réside durant ses études à l'université grégorienne.
Ordination et doctorat Achille Ratti est ordonné prêtre le , à l'âge de 22 ans, à la basilique Saint-Jean-de-Latran. Il célèbre sa première messe dans la basilique Santi Ambrogio e Carlo al Corso, où est conservé le cœur de saint Charles Borromée, archevêque de Milan et sa troisième messe au tombeau de saint Pierre dans les cryptes vaticanes.
Il obtient trois doctorats, en philosophie, en droit canonique et en théologie, à l'Université pontificale grégorienne, où il fait la connaissance de Giacomo della Chiesa, futur . C'est l'un des premiers docteurs de l'Académie pontificale Saint-Thomas [d'Aquin], fondée le . Comme le pape souhaitait rencontrer les deux lauréats, Achille Ratti et Alessandro Lualdi, lors de son audience personnelle, à la fin d'une journée, le Saint-Père et les deux jeunes prêtres échangèrent longtemps et intimement leur pensée sur l'enseignement de la philosophie..
Érudit vignette|Achille Ratti, jeune prêtre, en 1880.
En 1882, il regagne la ville de Milan en tant que vicaire dans la petite paroisse Barni pendant quelques mois. Puis, il est nommé professeur du grand séminaire, où il enseigne durant cinq ans la théologie dogmatique ainsi que l'éloquence sacrée. C'est durant ces années qu'il pratique l'alpinisme à un très haut niveau (voir plus bas.)
Il rejoint les oblats de saint Charles Borromée peu après sa nomination comme « docteur » (c'est-à-dire conservateur) de la bibliothèque Ambrosienne, à la suite du décès d'un de ces docteurs le .. Il y travaille jusqu'en 1912. Spécialisé dans la paléographie des écrits médiévaux de l'Église, ses recherches sont tournées vers la vie et l'œuvre de Charles Borromée, ainsi que sur le diocèse de Milan. Il travaille aussi sur un apocryphe de Paul. Ces études de qualité, pendant cette période, préparent sa future promotion : en , nommé préfet de l'Ambrosienne, il succède à Antonio Maria Ceriani qui avait eu sur lui une profonde influence scientifique. Il entreprend un travail de rénovation et de classement de l'antique bibliothèque qui le fait remarquer de la communauté des savants.
En 1909, il devient en outre conservateur auprès du collégial de la faculté théologique de Milan et devient un proche du cardinal Andrea Carlo Ferrari (12 ans plus tard, il lui succède au siège de l'archevêché de Milan).
Le , le pape Pie X le nomme vice-préfet de la Bibliothèque apostolique vaticane sous la direction du préfet jésuite Franz Ehrle, tout en lui conservant la responsabilité de l'Ambrosienne. Le , à la suite du départ de Frantz Ehrle, le nouveau pape, qui le connaissait () lui confie la bibliothèque.. Le , le Saint-Père lui accorde une stalle de chanoine à la basilique vaticane, et le , Achille Ratti est élevé à la dignité de protonotaire apostolique.
Jeunesse sportive vignette|Achille Ratti, au centre, avec d'autres alpinistes dans les Alpes, vers 1900. Achille Ratti est également un sportif, connu pour son goût de l'alpinisme... Il gravit ainsi de nombreux sommets des Alpes : le Cervin, la pointe Dufour au mont Rose à d'altitude, le mont Blanc, et réalise la première traversée du col Zumstein (). Le Club alpin suisse mentionne surtout son ascension vers le mont Rose dans le Guide des Alpes Valaisannes (, p. 111).
Avec ses deux amis, ils subissent des ténèbres exceptionnelles près de la pointe Dufour le , qui les obligent à une nuit passée sur une corniche. Sans nouvelle, une caravane de secours vient les secourir depuis Zermatt. Un de ses amis a les pieds gelés.
Le Docteur Ratti devient membre honoraire des clubs alpins de Desio et de Milan. Plusieurs voies portent son nom, notamment l'actuelle voie des Aiguilles grises sur le mont Blanc, autrefois dénommée route du pape. Cet étonnant mélange de ténacité physique et d'érudition rigoureuse en faisait un prélat original. Ses historiens y voient la base du tempérament qu'il montra lors du pontificat face aux situations de crise.
Diplomate en Pologne vignette|Achille Ratti, nonce apostolique en Pologne, en 1919. Il devient ensuite, le , visiteur apostolique en Pologne, où la situation diplomatique et militaire est très tendue. L’État polonais est en voie de reconstitution, mais en conflit avec l'URSS. Lorsque l'État est officiellement reconnu, Achille Ratti reçoit formellement le titre de nonce apostolique en Pologne, le ., il est titré archevêque in partibus de le .
Sa consécration en la cathédrale de Varsovie, par l'archevêque Aleksander Kakowski, se tient le en présence des vingt-deux archevêques et évêques du pays et du président de la République Józef Piłsudski, du gouvernement et de tout le corps diplomatique.
Achille Ratti mène à bien des négociations diplomatiques, soutient personnellement les prisonniers et les enfants de ce pays et il fait preuve d'un grand courage personnel lors du siège de Varsovie par les Soviétiques, en . Il en garde un solide anticommunisme.
Sa mission s’achève en demi-teinte : nommé haut-commissaire ecclésiastique en Haute-Silésie, où n'avait pas encore eu lieu le plébiscite dont les résultats devaient déterminer si la région serait rattachée à la Pologne ou à l'Allemagne, il se conforme aux instructions émanant du cardinal Bertram, évêque de Breslau, ordonnant aux prêtres polonais de ne pas prendre parti dans le débat, ce qui favorisait le clergé allemand. En conséquence, Ratti est sévèrement attaqué par la presse polonaise.
À la suite de cette fonction importante mais difficile, l'université catholique de Varsovie lui octroie un doctorat honoris causa en théologie en , tandis que le gouvernement polonais le décore en de l'ordre de l'Aigle blanc..
Archevêque de Milan thumb|right|Cardinal-Archevêque de Milan. Le , Achille Ratti est nommé cardinal archevêque de Milan, son diocèse d'origine, par le pape au titre de Santi Silvestro e Martino ai Montip. 11-12.. Si son arrivée officielle à Milan est reportée en raison d'un pèlerinage national jusqu'au , le cardinal y participe à un repas offert à 1 000 pauvres par la Fédération des Jeunes catholiques.. Le cardinal déploie dans son diocèse une grande activité, en particulier dans le domaine de l'enseignement. Il préconise l'utilisation du catéchisme de pour les classes élémentaires et réunit une conférence épiscopale sur les questions d'enseignement et de société.
Il assiste avec réserve à la montée au pouvoir de Mussolini récemment devenu député de Milan. Son anticommunisme lui convient, mais la violence de ses troupes et son caractère dominateur l'inquiètent de plus en plus. L'Illustration, 9 janvier 1937, entretien de janvier 1922..
Pape de l’Église catholique Élection et premières actions
thumb|right|Première bénédiction du nouveau pape , sur la loggia, le jour de son élection. Les armoiries de sont brodées sur le tissu.
Le , à la mort de , le conclave élit au quatorzième tour le cardinal Ratti.. Celui-ci n'était qu'un outsider : le camp conservateur présentait le cardinal Merry del Val, ancien secrétaire d'État de , tandis que le camp libéral était représenté par le cardinal Gasparri. Élu comme candidat de compromis, il montre très vite son autorité indépendante, en refusant au camp conservateur de renvoyer Gasparri et en choisissant, à l'inquiétude des libéraux, de prendre la tiare sous le nom de . Il innove en bénissant la foule de la loggia extérieure de la basilique Saint-Pierre, ce qui constituait symboliquement, après l'isolement du , une ouverture sur Rome et le monde. Il prend comme secrétaire personnel, son secrétaire de Milan, Carlo Confalonieri, et maintient donc comme secrétaire d’État le cardinal Gasparri. Par la lettre apostolique Galliam Ecclesiæ filiam du , proclama Jeanne d'Arc, déjà canonisée en 1920, sainte patronne secondaire de la France.
Le rôle de l'Église thumb|right|Pie XI vêtu des ornements pontificaux. Sa première encyclique, Ubi arcano Dei consilio, en date du , constitue un programme de sa future action.
Ce programme est complété, d'un point de vue théologique, par les encycliques Quas primas () qui en instituant la fête du Christ Roi. se veut une réponse aux persécutions des cristeros au Mexique et Miserentissimus Redemptor (), sur le culte au Sacré-Cœur. Il procéda à de nombreuses canonisations, dont celle de Bernadette Soubirous, Jean Bosco, Thérèse de Lisieux, Madeleine-Sophie Barat ou encore Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, notamment en 1926, 1929, 1933, années jubilaires.. Il nomma également quatre nouveaux docteurs de l'Église : Pierre Canisius, Jean de la Croix, Robert Bellarmin et Albert le Grand. Il insista sur le rôle de la prière, recommandant les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola dans Mens nostra () ou encore le rosaire dans ().
Il ne montra guère d'intérêt pour la question biblique, et donna une réponse clairement unioniste à la question œcuménique : l'encyclique Mortalium animos () souhaitait le retour au sein de l'Église des chrétiens non catholiques romains. donna sa vision de l'éducation catholique dans l'encyclique Divini Illius Magistri ().. D'un point de vue moral, enfin, Casti connubii () bornait strictement le cadre des rapports conjugaux.