Giacomo della Chiesa, né le à Gênes (royaume de Sardaigne) et mort le à Rome, est un prélat catholique. Il est successivement prêtre, évêque, archevêque de Bologne et cardinal, avant d'être élu pape le sous le nom de (en latin : , en italien : ). En qualité d'évêque de Rome, il est le pape de l’Église catholique et le dernier pape avant l'indépendance de l'État de la Cité du Vatican.
Son pontificat est marqué par la promulgation du nouveau Code de droit canonique en , étape importante dans la centralisation du pouvoir pontifical, ainsi que par une intense activité diplomatique au cours de la Première Guerre mondiale.
Jeunesse
vignette|upright|gauche|Giacomo en 1866 à douze ans. Né en à Gênes, le fils du marquis Giuseppe della Chiesa () grandit dans une famille d'ancienne noblesse de cette ville qui se rattache au pape et au roi de Lombardie . Sa mère, Giovanna Migliorati () appartenait aussi à une famille d'ancienne noblesse mais napolitaine, dont était issu un autre pape, au début du .
Après des études classiques, à cause des réticences de son père envers sa vocation sacerdotale, il entre en à la faculté de droit de Gênes et obtient son doctorat de droit civil en . Lors de ses études, le climat anticlérical le pousse à s'engager dans l'Action catholique, dont il préside la section locale. Son père accepte alors sa vocation, à la condition qu'il poursuive son cursus à Rome. Prenant résidence au collège Capranica spécialisé dans la formation des jeunes ecclésiastiques il étudie à l'Université grégorienne dirigée par les Jésuites. Il est ordonné prêtre le en la basilique Saint-Jean du Latran, quelques jours après avoir été reçu avec les autres étudiants par le pape récemment élu, .
Carrière dans la Curie vignette|gauche|redresse|Giacomo della Chiesa consacré évêque par , le . vignette|gauche|redresse|Armoiries comme archevêque de Bologne.
Il entre en à l'Académie des nobles ecclésiastiques, qui prépare les jeunes aristocrates italiens au service diplomatique du Saint-Siège. L'année suivante, il obtient son doctorat de droit canonique. Chaque jeudi, les cardinaux venaient écouter les étudiants sur leurs recherches : alors qu'il enseigne le style diplomatique à l'Académie, il est repéré par le cardinal Rampolla, dont il devient le protégé. Il suit celui-ci dans sa nonciature en Espagne en . Quand en , Rampolla devient cardinal secrétaire d'État, Della Chiesa devient minutante aux affaires ordinaires. Il participe ainsi à la négociation entre l'Allemagne et l'Espagne au sujet des Îles Carolines et organise les secours durant une épidémie de choléra. Cette expérience lui procure de plus, une grande connaissance des rouages de la Curie romaine. Comme sa mère se plaint à Rampolla de cette carrière, trop lente à son goût, Rampolla lui répond, Pollard 15.. En , il est nommé substitut de la Secrétairerie d'État. Lors du conclave de , le cardinal Rampolla, favori parmi les papables, veut le faire désigner pour remplacer Alessandro Volpini qui vient de mourir, en tant que secrétaire du conclave. Mais c'est le cardinal Rafael Merry del Val qui sera le secrétaire. C'est un premier signe que Rampolla ne sera pas le successeur de . Avec l'élection de qui choisit Rafael Merry del Val comme secrétaire d'État, Della Chiesa perd son poste, suivant Rampolla dans sa défaite.
Il doit attendre , pour obtenir la charge d'archevêque de Bologne.
Après la mort de Rampolla, en , faisant figure de modéré, il est nommé cardinal, lors d'un consistoire secret, le . Il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre de la basilique des Quatre-Saints-Couronnés () le .
Lors du conclave qui suit la mort de le , peu après le début de la Première Guerre mondiale, s'affrontent deux partis. Le « parti des Pie » est mené par des dignitaires de l'entourage du feu pape, Merry del Val, De Laï ou encore Lafontaine. L'autre défend la politique de , guidé par Domenico Ferrata et Pietro Gasparri. Della Chiesa, qui fait figure de modéré, devient un candidat possible de compromis. Il est élu au dixième tour de scrutin, le , avec exactement les deux tiers des voix ; dans ce cas-là il était prévu de reprendre son bulletin de vote (identifié par une devise) afin de vérifier que l'élu, Della Chiesa, n'avait pas voté pour lui-même en contravention avec les règles du scrutin. Il choisit le nom de , en hommage à (pape de à ), législateur de l'Église moderne. Comme le commenta le diplomate italien comte Sforza : Il a .
Pape de l’Église catholique Sur le plan doctrinal vignette|redresse|Armoiries de . Le nouveau pape s'emploie aussitôt à calmer les remous de la « crise moderniste ». C'est l'objet de sa première encyclique, , en date du . Le Sodalitium Pianum d'Umberto Benigni, plus connu sous le nom de « La Sapinière », est dissous en . Le cardinal Merry del Val est remplacé par le cardinal Ferrata (dont la mort inattendue est presque immédiate), puis Gasparri. Néanmoins, De Laï reste à la tête de la Congrégation des Évêques, et Merry del Val est nommé à la tête de la Sacrée Congrégation du Saint-Office.
L'encyclique Spiritus Paraclitus () encourage les fidèles à lire la Bible, elle soutient (l'inerrance biblique). Le Manuel biblique de Vigouroux sera mis à l'Index sous , en , et Lagrange se voit empêché de publier ses travaux sur la Genèse. Le sulpicien Jules Touzard subit également les foudres du Saint-Office pour avoir mis en doute l'attribution à Moïse en personne des livres du Pentateuque. Le serment antimoderniste est maintenu. En , une Congrégation des études, des séminaires et des universités est créée pour mieux contrôler la formation doctrinale des séminaristes.
promeut une piété populaire : il étend à l'Église universelle la fête de la Sainte Famille et appuie la dévotion au Sacré Cœur, à la Vierge des Douleurs, à Notre-Dame de Lorette, patronne de la ville italienne de Loreto, ou encore au Très Précieux Sang. Après la guerre, souhaitant une réconciliation avec la France, il canonise Jeanne d'Arc et proclame bienheureuse Louise de Marillac en ou encore les .
Le pontificat de voit également s'achever le chantier de codification du droit canonique lancé par . En , le Code de droit canonique est promulgué par la constitution .
En , la révocation du imposé en par permet aux catholiques italiens de participer à la vie politique italienne et au prêtre Luigi Sturzo de fonder le Parti populaire italien.
Première Guerre mondiale
La neutralité du Saint-Siège vignette|gauche| en 1914. vignette| à son bureau. proclame, dans l’ du , la neutralitéLe droit de la neutralité est alors régi par les et de la deuxième conférence de la paix de La Haye () ; les deux principaux devoirs d'un pays neutre sont l'impartialité et l'abstention. . du Saint-Siège (le pape n'est plus un souverain temporel depuis 1870).
Le , il publie l'encyclique qui se présente comme un appel à la paix, indiquant en conclusion : Il associe cependant l'enjeu du conflit à celui de la question romaine : Dans la lignée du mouvement anti-moderniste, dénonce également le qu'il considère comme : la société laïque et libérale issue, en France, de la Révolution française, et en Italie, du Risorgimento. Dans son discours au consistoire du , explique :
s'efforce à tout prix, en et , d'éviter l'entrée en guerre de l'Italie restée neutreL'Italie est membre de la Triplice aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, mais l'alliance est défensive. Elle a donc proclamé sa neutralité le .. Il seconde les tentatives allemandes pour acheter la neutralité italienne aux dépens de l'Autriche-Hongrie, priée d'abandonner Trieste, le Sud-Tyrol et les terres irrédentesFriedrich Engel-Janosi, Österreich und der Vatikan, , Graz, 1960.. Cette politique a été interprétée par les opinions publiques alliées comme une manœuvre du Vatican visant à protéger l'Autriche-Hongrie d'une attaque italienne et donc permettre aux Empires centraux de s'épargner un front additionnel. Le , lance sa première tentative de paix négociée, appelant à et à Une seconde tentative, appelant au retour au statu quo, avorte à la suite des avis négatifs des prélats belge le cardinal Mercier et français Alfred Baudrillart. Par la suite, se refuse à toute condamnation, malgré les crimes de guerre dont s'accusent les deux camps, et se contente d'appeler de manière générale au respect des règles du droit de la guerre. — ce qui lui vaut l'incompréhension ou l'hostilité des deux parties.
Autre intervention, demande au printemps 1916 à d'empêcher la progression des troupes russes vers Constantinople et redoute de voir les deux patriarcats orthodoxes s'unir contre le Saint-Siège. La requête est retirée quelques jours plus tard, préférant finalement ne pas s'ingérer dans le conflit.
Du côté des puissances alliées, l'opinion est particulièrement choquée par la non-condamnation de l'invasion de la Belgique à la suite du plan Schlieffen, et des atrocités allemandes qui s'ensuivirent. En France, la déception est d'autant plus grande que le cardinal Pietro Gasparri, ancien professeur à l'Institut catholique de Paris, est réputé pro-français.. Le catholique et anticlérical Léon Bloy le rebaptise et Georges Clemenceau le nomme . La proposition d'Alexandre Millerand de rétablir l'ambassade près le Saint-Siège à la fin de ne rencontre ainsi aucune adhésion du Conseil des ministres.. En , André Tardieu rappelle au pape que son premier devoir est de . Les plus anticléricaux accusent le Saint-Siège d'être manipulé par les Jésuites, qui se voient attribuer la responsabilité réelle de la guerre et sont accusés d'avoir incité l'Autriche-Hongrie à attaquer la Serbie.. Même le dominicain Sertillange, au cours d'une messe à laquelle assiste l'épouse du président de la république repousse avec hauteur les propositions du Souverain Pontife. Inversement, est soutenu par l'Action française, et Charles Maurras consacre plus d'une centaine d'articles à le défendreRassemblés dans le recueil Le Pape, la guerre et la paix, paru en . ..
De son côté, Erich Ludendorff voit en le , mais il est vrai que Ludendorff accusera de la même façon et le futur . En effet, les puissances centrales ne comprennent pas pourquoi le pape refuse de soutenir officiellement l'Autriche-Hongrie, seul pays officiellement catholique, et l'Allemagne, qui compte les très catholiques Bavière et Rhénanie, contre des États visiblement anticatholiques : la protestante Angleterre, de l'Irlande, la Russie, schismatique, quant à elle de la Pologne, mais aussi la France, . Un courrier de la Secrétairerie d'État adressé à Raffaele Scapinelli di Leguigno, nonce apostolique en Autriche, est ainsi refusé à la frontière autrichienne au motif qu'il provient d'un pays ennemi. Les Empires centraux font donc attendre leur réponse, tout aussi négative, à l'exhortation de .
Appel de
Le , envoie une lettre aux belligérants. Baptisée « exhortation à la paix », elle réaffirme la volonté du Saint-Siège de et prétend faire tout son possible pour . Concrètement, il propose : le désarmement des deux parties, reprenant ainsi un thème déjà abordé aux conférences de La Haye ; l'arbitrage comme moyen de résolution des conflits ; l'abandon de toutes les demandes de réparation ; l'évacuation totale de la Belgique et du territoire français ; la liberté des mers ; la restitution par l'Entente des colonies allemandes.
Le texte souhaite également la fin de la question territoriale opposant l'Italie à l'Autriche (Trentin et Trieste) et de celle entre l'Allemagne et la France (Alsace-Lorraine) en demandant que . Le pape citait d'autres territoires : .