Giuseppe Melchiorre Sarto, né le à Riese en Vénétie (alors dans le royaume de Lombardie-Vénétie, maintenant Riese Pio X, dans la province de Trévise, en Italie) et mort le à Rome, est un prélat italien et saint de l'Église catholique. prêtre, puis évêque de Mantoue, il devient Patriarche de Venise (archevêque) et cardinal, avant d'être élu pape le sous le nom de . En qualité d'évêque de Rome il est le pape de l'Église catholique jusqu'à sa mort.

Son pontificat, qui confirme l'importance du thomisme comme principale méthode philosophique à enseigner dans les institutions catholiques, est marqué par son opposition à divers courants idéologiques de son époque, que perçoit comme autant d'erreurs incompatibles avec le dogme catholique, en particulier le modernisme, où il voit la synthèse de toutes les hérésies.

Le pontificat de instaure également des réformes ecclésiales, notamment en ce qui concerne la réception quotidienne de l'Eucharistie ou l'abaissement de l'âge minimum des enfants pour l'admission à la première communion. a encouragé le mouvement liturgique en formulant le principe de la Participatio actuosa (participation active des fidèles) dans son motu proprio Tra le sollecitudini, et entrepris une réforme de la curie romaine avec la constitution apostolique Sapienti consilio en 1908.

Connu pour son mode de vie frugal, a refusé toute espèce de faveurs pour sa famille.

Il a été béatifié le , puis canonisé le . Il est donc « saint » pour les catholiques. Sa fête liturgique a été fixée en 1955 au , puis au à partir de 1969.

Jeunesse et itinéraire pastoral vignette|344x344px|Giuseppe Sarto jeune.

Giuseppe Melchiorre Sarto est né dans une famille très modeste. Son père, Giovanni Battista Sarto (1792-1852), est facteur rural et appariteur de mairie à Riese, chargé de parcourir les rues de la commune afin d'annoncer les événements locaux et les instructions de la mairie. Sa mère, Margherita Sanson (1813-1894), est couturière.

Deuxième d'une famille de dix enfants, Giuseppe veut être prêtre depuis son enfance, mais la situation économique de sa famille ne le permet pas. C'est le curé de sa paroisse qui trouve le soutien financier, grâce auquel Giuseppe peut entrer au grand séminaire de Padoue, à l'âge de 15 ans, à l'automne 1850. Son père meurt en 1852. Lors de sa dernière année d'études, il est nommé « directeur du chant des clercs » de l'école de chant grégorien, créée par l'évêque de Padoue Grégoire Barbarigo († 1697)..

Giuseppe Sarto est ordonné prêtre le .. Ses neuf premières années de prêtre sont celles d'un vicaire d'une église rurale de la paroisse de Tombolo. Il y crée une petite école de chant grégorien pour que les paroissiens puissent chanter pendant la messe, dans cette province italienne dépendant de l'Empire autrichien.

À la suite du conflit entre et le royaume de Sardaigne en 1859, Victor-Emmanuel II, allié à l'empereur des Français, , annexe la province de Lombardie et sa capitale, Milan, puis la quasi-totalité de la botte italienne. Il se proclame roi d'Italie et transfère sa capitale à Florence. Mais la Vénétie où vit Sarto reste autrichienne jusqu'en 1866, où elle est rétrocédée à l'Italie. L'abbé Sarto, qui était sujet du très catholique empereur d'Autriche, devient sujet du libéral roi d'Italie.

L'abbé Sarto est alors nommé pendant 8 ans archiprêtre de Salzano, paroisse proche de Venise, en 1867.

Il est chanoine de la cathédrale de Trévise en 1875 et directeur spirituel du séminaire diocésain. À quarante ans, c'est une certaine promotion pour un prêtre issu d'un milieu modeste. Il est dans la ligne de Pie IX, qui, depuis , a perdu les États pontificaux, Rome étant devenue capitale du royaume d'Italie. Âgé de , le pape , se considérant prisonnier, s'enferme dans son palais du Vatican, où il meurt 8 ans plus tard. Le conclave élit , qui prône une politique de réconciliation et d'ouverture.

Sarto poursuit son ministère en exerçant de plus en plus de responsabilités à l'évêché, dont il devient chancelier. Comme spécialiste reconnu du chant grégorien, le chanoine Sarto participe, en 1882, au congrès européen d'Arezzo pour la musique sacrée. Il y soutient les moines de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes en faveur de la restauration du chant grégorien, alors que le pape défend plutôt le chant néo-médicéen..

thumb|Sarto, jeune évêque.

En 1879, l'évêque Federico Maria Zinelli meurt et Sarto est élu vicaire capitulaire pour s'occuper du diocèse jusqu'à l'installation d'un nouvel évêque en . Après 1880, Sarto enseigne la théologie dogmatique et la théologie morale au séminaire de Trévise.

Le , à 49 ans, après une dispense car il n'avait pas de doctorat, il est consacré évêque de Mantoue.. Sa mère embrasse à plusieurs reprises sa bague et lui dit : « Mais tu n'aurais pas cette belle bague, mon fils, si je n'avais pas celle-ci », lui montrant son alliance. Il effectue deux visites pastorales et organise un synode diocésain. Il est nommé au poste honorifique d'assistant au trône pontifical le .

Cardinalat et patriarcat En 1893, le patriarcat de Venise devient vacant. Le pape Léon XIII décide de l'y nommer. Sarto refuse d'abord, puis accepte, déclarant à un journal local qu'il se sentait « anxieux, terrifié et humilié ». Il est nommé cardinal de l'ordre des cardinaux prêtres lors d'un consistoire secret le . Lors du consistoire public du , le pape lui donne son galero rouge de cardinal, lui assigne l'église titulaire de San Bernardo alle Terme et le nomme patriarche de Venise. Cela pose cependant des difficultés, car le gouvernement de l'Italie réunifiée revendiquait le droit de nommer le patriarche, puisque le précédent souverain, l'empereur d'Autriche, avait exercé ce pouvoir. Ce conflit fit passer le nombre de sièges vacants rapidement à 30. Les mauvaises relations entre la Curie romaine et le gouvernement civil italien depuis 1870 firent qu'il n'eut pas son exequatur avant 1894.

Arrivé à Venise, il fut officiellement intronisé le . Il y publie le une Lettre pastorale sur le chant d'Église en présentant des principes généraux pour l'organisation et la réalisation de la prière commune, chantée et liturgique.

vignette|Giuseppe Sarto, cardinal.

Élection

thumb|Portrait de revêtu des parements liturgiques, réalisé peu après son élection.

meurt en 1903. Son successeur le plus probable est le secrétaire d'État, le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, qui totalise lors du premier scrutin ; à sa grande surprise, Sarto a 5 voix. Mais chaque vote voit progresser le score de ce dernier tandis que celui de Rampolla tend à se tasser. La révélation au conclave de l'exclusive lancée par l'Autriche-Hongrie à l'encontre de Rampolla scandalise l'ensemble du Sacré-Collège et Sarto refuse la perspective d'être élu pontife. Cependant, ayant cédé aux instances du cardinal-doyen Luigi Oreglia di Santo Stefano, et de l'archevêque de Milan, Andrea Carlo Ferrari, il finit par accepter. Le , Sarto est donc élu pape en dépassant largement les deux tiers des suffrages nécessaires (50 sur 62)Charles Ledré, , Spes-Paris, 1952, .. Il a alors 68 ans.

Il choisit de prendre le nom de en souvenir des papes du qui . Il est intronisé le . Un de ses premiers actes est d'interdire l'exclusive, pratique qui avait empêché Rampolla d'être élu.

Pontificat vignette|Photo de .

Le nouveau pape n'a pas eu de formation académique poussée, et n'a aucune expérience diplomatique. Aussi s'entoure-t-il de personnalités comme le cardinal Rafael Merry del Val, Espagnol de , polyglotte et directeur de l'Académie des nobles ecclésiastiques, dont fait son secrétaire d'État.

Issu d'un milieu populaire et voulant continuer de vivre dans la simplicité, fait aménager au Vatican un appartement d'une grande austérité.

Conservateur et réformateur Le nouveau pape s'écarte de la conception conciliatrice de son prédécesseur, et affiche tout de suite une tendance théologique conservatrice. En matière administrative par contre, il se montre réformateur: il confie à Pietro Gasparri une refonte du droit canonique, qui aboutit à la promulgation du Code de droit canonique de 1917.

Il publie en 1912 le Catéchisme de la doctrine chrétienne (aujourd'hui usuellement appelé Catéchisme de saint ), ainsi que les Premiers Éléments de la doctrine chrétienne (ou Petit Catéchisme de publié en 1905 dans une première édition de son catéchisme). Ce catéchisme a fait l'objet d'un éloge pontifical public de lors de l'audience générale du ..

Sur le plan financier, il réunit les revenus du denier de Saint-Pierre et ceux du patrimoine du Vatican puis fait acheter de nouveaux bâtiments. Il réforme l'organisation de la curie romaine par la constitution Sapienti consilio. du , supprimant des dicastères devenus inutiles et en concentrant les prérogatives des différents organes.

Avec le décret Quam singulari »Le décret «Quam singulari» et le programme de réformes du pape Giuseppe Sarto. du , demande que les enfants fassent leur première communion dès l'âge de raison, ce qui aboutit en pratique à une inversion de l'ordre traditionnel des sacrements, en plaçant la communion avant la confirmation.. Rite de passage important du début de l'adolescence, l'ancienne première communion qui se célébrait vers douze ans est alors maintenue en France en se transformant en cérémonie de profession de foi ou « communion solennelle ».

Antimodernisme

left|vignette| dans les jardins du Vatican.

Le modernisme est à l'époque une tendance théologique considérée par les courants intransigeants, dominant les autorités catholiques d'alors, comme « déviante » et menant à des erreurs qui peuvent conduire à l'hérésie.

Dans la constitution apostolique Lamentabili sane exitu (1907), condamne formellement dites « modernistes », rappelées dans l'encyclique Pascendi. Celle-ci rejette notamment les thèses d'Alfred Loisy qui est excommunié.

Le résumé de la position antimoderniste est donné dans le motu proprio Sacrorum antistitum de 1910, encore appelé serment antimoderniste, que chaque prêtre est tenu de prononcer à l'occasion de son ordination sacerdotaleLe serment antimoderniste est supprimé en 1967.. En 1914 sont publiées les soutenant le thomisme. Quarante ecclésiastiques refusent de prêter serment.

Parallèlement, encourage personnellement la constitution du réseau dit « La Sapinière », créé par Umberto Benigni et destiné à lutter contre les catholiques soupçonnés de « modernisme », dans une organisation que l'historien Yves-Marie Hilaire décrit comme un système de .

La « question française » vignette| sur une ancienne photographie en couleur de 1907.

Il fait face à la loi française de séparation des Églises et de l'État, votée par le parlement le , et qui s'inscrit dans le prolongement de la politique anticléricale menée par le précédent gouvernement d'Émile Combes, qui a ordonné la dissolution des congrégations religieuses et l'expulsion des religieux réguliers : enseignants, personnel des hospices (pendant de longues années, les religieux congréganistes désireux d'enseigner devront porter la soutane du clergé séculier).

se montre moins conciliant et plus dogmatique que son prédécesseur, . Bien que la majorité des évêques français conseille de se plier à la loi, interdit toute collaboration par l'encyclique (), l'allocution consistoriale (), et l'encyclique (), que Louis Duchesne baptise malicieusement « » (« doigt dans l'œil »). Le pape affirme alors que la .. Des soutiens lui viennent cependant du monde entier, notamment celui de l'évêque missionnaire, Pierre-Joseph Hurth. Celui-ci participe le à un rassemblement public des catholiques d'Inde, à Calcutta, en soutien au pape et aux catholiques de France..

Cette opposition du pape à la loi française a pour conséquence de compromettre la création des associations cultuelles, prévues par la loi, et de faire transférer les biens immobiliers de l'Église au profit de l'État. Ce n'est qu'en 1923 que la situation sera débloquée par la création des associations diocésaines.