Vincenzo Gioacchino Pecci, né le à Carpineto Romano près de Rome, alors rattachée aux territoires annexés formant les 130 départements du Premier Empire français, et mort le à Rome (Italie), est un ecclésiastique italien, pape de l’Église catholique, élu le sous le nom de Léon XIII (en latin Leo XIII).

Son pontificat qui dura plus de vingt-cinq ans compte parmi les plus longs de l’histoire de la papauté, après ceux de Pie IX et de Jean-Paul II. Il est le premier pape à avoir exercé son ministère sans la souveraineté sur les États pontificaux, supprimés en 1870.

Léon XIII est l’auteur de 86 encycliques, par lesquelles il s’attache à définir la position de l’Église catholique face au monde moderne.

Parmi elles la plus célèbre, Rerum novarum, publiée en 1891, est considérée comme le texte fondateur de la doctrine sociale de l'Église catholique. Il y affirme le droit des travailleurs à un salaire juste, à des conditions de travail sûres et à la formation de syndicats, tout en réaffirmant le droit à la propriété privée et à la libre entreprise. Par cette approche il se distingue tant du socialisme que du capitalisme, proposant une troisième voie fondée sur la justice sociale et la dignité de la personne humaine. Léon XIII considère l’action pastorale au sein de la société comme une mission essentielle de l’Église, appelée à défendre les droits et la dignité de chaque individu.

Avec l'encyclique Æterni Patris, le pape donne également un nouvel essor au thomisme, le système philosophique et théologique de Thomas d'Aquin, qu’il érige en référence intellectuelle de l’Église. Afin d’en encourager l’étude et la diffusion il crée la Commission léonine.

Par l'encyclique Providentissimus Deus publiée en 1893, il donne une impulsion aux études bibliques.

Léon XIII manifeste aussi une grande dévotion mariale : il consacre onze de ses encycliques au rosaire et approuve la création de deux nouveaux scapulaires mariaux.

Son tombeau se trouve dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de Rome.

Naissance et origines familiales Vincenzo Gioacchino Pecci naît le au palais Pecci à Carpineto Romano, de l'union du comte Domenico Lodovico Pecci (1767–1833) et de la comtesse Anna Francesca Prosperi-Buzzi (1773–1824).. Il est le sixième d'une fratrie de septLodovico Pecci (2.6.1767 - 8.3.1833) et son épouse Anna Francesca Prosperi (décembre 1772 - 5.8.1824), mariés le 27 novembre 1791, sont parents de sept enfants : 1) Carlo Ludovico (23.11.1793 - 29.8.1879), célibataire, 2) Anna Giovanna Francesca (23.5.1798 - 1870), 3) Caterina Maria Flaminià (3.11.1800 - 1867), épouse du chevalier Lolli de Ferentino, 4) Giovanni Battista (20.10.1802 - 28.3.1883), 5) Giuseppe (15.12.1807 - 8.2.1890), 6) Vincenzo Gioacchino () et 7) Ferdinand (6.1.1816 - 1835) – source : Le Figaro, Supplément littéraire du dimanche - 31.12.1887.. Son frère aîné Giuseppe Pecci deviendra cardinal ; son plus jeune frère, Ferdinand, meurt prématurément de la scarlatine pendant ses études au séminaire.

Vincenzo Gioacchino Pecci est baptisé dans la chapelle privée du palais familial par l'évêque d’Anagni, Gioacchino Tosi. Il reçoit les prénoms de Vincenzo Gioacchino en hommage à saint Vincent Ferrier, sous le patronage duquel la chapelle est placée ; dans sa vie cléricale il utilise le prénom Gioacchino.

La famille Pecci, d’origine patricienne, est attestée dès 1531, lorsque Antonio Pecci, un ancêtre à la onzième génération, acquiert un domaine dans les monts Lépins, dépendant de Carpineto Romano. Ses descendants y demeurent plus de quatre siècles. À partir du , plusieurs membres de la lignée exercent des fonctions ecclésiastiques, tels qu’un auditeur de la Rote romaine, un protonotaire apostolique et un administrateur de la Chambre apostolique..

Formation et débuts ecclésiastiques En , à l'âge de huit ans,Vincenzo Gioacchino Pecci est confié avec son frère, Giuseppe, aux jésuites du collège de Viterbe, avant d'entrer en 1824 au Collegium romanumLe collège romain (université grégorienne) venait d’être rendu aux Jesuits par le pape . de Rome. Vincenzo se fait remarquer par sa maîtrise précoce du latin. Ses professeurs rapportent que dès l’âge de douze ans il écrivait couramment en prose et en vers . et en 1825 lors du Jubilé, il est chargé de réciter en latin un compliment au pape Léon XII lors de l'audience accordée aux élèves du Collegium romanum à cette occasion.

Il reçoit une formation en rhétorique, philosophie, mathématiques et physique. Pendant ses études, il loge chez son oncle, Antonio Pecci (rue de l’Aracoeli) et subvient à ses besoins en travaillant comme répétiteur de philosophie au Collège germanique. Il y côtoie notamment , alors répétiteur en mathématiques et physiques. Vincenzo Gioacchino Pecci fréquente également l'université la Sapience.

En 1830, il se distingue dans une dispute publique en latin sur des questions théologiques au Collège romain. Il attribue son succès à son maître, le père Jean Perrone. En 1831, à l'âge de 21 ans, il obtient un doctorat en théologie.

Le , après avoir prouvé ses origines nobles, il est admis à l'Académie des nobles ecclésiastiques qui prépare les futurs diplomates du Saint-Siège. Il devient alors pensionnaire du palais Severoli mais pendant ses congés il retourne à Carpineto Romano où il pratique la chasse, l’alpinisme, le jardinage et la culture de la vigne, loisirs auxquels il attribuera plus tard sa longévité.

En , il rencontre pour la première fois le pape Grégoire XVI lors d'une audience accordée aux élèves de l'Académie des nobles ecclésiastiques.

En , il demande à recevoir ordres mineurs (première étape vers la prêtrise). Ses qualités universitaires le font remarquer par le cardinal Lambruschini qui le recommande au pape Grégoire XVI. Le , Vincenzo Gioacchino Pecci est nommé (titre honorifique qui le fait entrer dans la Maison pontificale et marque le début de sa carrière au sein de la Curie romaine), puis référendaire de la Signature de justice (c’est-à-dire rapporteur auprès de la plus haute juridiction du Saint-Siège, chargée de l’examen des causes et des recours en matière ecclésiastique).

En 1837, lorsque Rome est frappée par une épidémie de choléra, il assiste le cardinal Giuseppe Antonio Sala dans l’organisation des secours sanitaires, échappant lui-même à la contagion. En reconnaissance de son dévouement il est nommé prélat adjoint à la Sacrée Congrégation du Concile (aujourd'hui nommé Dicastère pour le clergé).

Fin 1837, il confirme son désir d'entrer dans les ordres et effectue sa retraite spirituelle au sein du noviciat des Jésuites à Saint-André du Quirinal. Le , à l’âge de 27 ans, il est ordonné prêtre par le cardinal Carlo Odescalchi.

Légat en Italie et nonce en Belgique (1838-1846) vignette|Vincenzo Gioacchino Pecci, nonce apostolique à Bruxelles.|204x204pxEn 1838, à l’âge de 27 ans, Pecci est nommé légat pontifical à Bénévent, une enclave pontificale au cœur du royaume de Naples. Ses mesures fermes permettent d’y endiguer le banditisme. En 1841, le pape Grégoire XVI le transfère à la légation pontificale de Pérouse. Il y supervise la réfection des routes et organise la visite pontificale pour l’inauguration de la Via Gregoriana. Il participe également à la fondation d’une caisse d’épargne.

En 1843, il est nommé archevêque titulaire de Damiette et reçoit l'ordination épiscopale des mains du cardinal Luigi Lambruschini, dans l'église San Lorenzo in Panisperna. Il est alors âgé de .

Le il est nommé nonce apostolique en Belgique. Pour s'y rendre il voyage par bateau de Civitavecchia à Marseille, puis par la route jusqu'à Bruxelles. Il apprend le français durant le trajet et prend des cours particuliers dans cette langue à Nîmes où il est retenu pendant une quinzaine de jours par une indisposition.

À Bruxelles, durant sa nonciature, il met fin au conflit entre l’université de Namur, tenue par les jésuites et l’université de Louvain. Il entre en contact avec la famille royale belge et bénit le prince héritier Léopold, duc de Brabant, futur roi Léopold II, âgé de huit ans.

Il soutient l'opposition des députés catholiques contre le gouvernement de Jean-Baptiste Nothomb sur la question des jurys d'examen, opposition qui contraint le ministre à démissionner en . Le roi , soucieux de ne pas froisser la majorité catholique, soutient cette opposition et propose Pecci comme cardinal auprès du pape . Le roi lui confère également le grand cordon de l'Ordre de Léopold.

Avant de rentrer à Rome en 1846, il voyage afin « d’étudier les institutions européennes ». Il se rend à Paris par la nouvelle ligne de chemin de fer reliant Bruxelles à Paris et dont il participe à l'inauguration le .. Il séjourne ensuite environ un mois à Londres où il est présenté à la reine Victoria.

Archevêque de Pérouse et cardinal (1846-1877) En 1846, Pecci est nommé archevêque de Pérouse, charge qu’il occupe pendant trente-deux ans (jusqu'en 1877). Le pape Grégoire XVI le crée également cardinal in pectore (en secret). Après la mort de Grégoire XVI, son successeur le pape Pie IX rend public ce titre et durant le consistoire du , le crée officiellement cardinal, répondant ainsi au souhait exprimé par le roi Léopold Ier de Belgique. Pie IX lui maintient également son titre d'archevêque.. Pecci est alors âgé de 43 ans.

Archevêque de Pérouse, Pecci consacre une part importante de son épiscopat à la formation du clergé, suivant personnellement l’instruction et la progression des séminaristes, assisté de son frère Giuseppe Pecci, revenu à Pérouse à la suite de la dispersion de la Compagnie de Jésus en 1848.

En 1849, afin de protéger la ville il obtient le retrait des troupes autrichiennes lancées à la poursuite de Garibaldi qui campent à Pérouse. En 1854, il doit faire face à la disette qui frappe l'Ombrie et qui le sensibilise à la question sociale. En 1857, il reçoit pendant quatre jours le pape Pie IX qui visite Pérouse .

Pecci fait restaurer et embellir la cathédrale Saint-Laurent, notamment l’oratoire de Sant’Onofrio où se trouvait autrefois le retable de Sant'Onofrio de Luca Signorelli, aujourd'hui conservée dans le Musée annexe de la cathédrale et le tableau de Francesco Appiani Saint Émidio baptisant Polisia. Il fonde le sanctuaire de Notre-Dame de la Miséricorde à Ponte della Pietra en l'honneur de l'image miraculeuse de la Vierge, qu'il consacre en 1871.

En 1859, il fonde à Pérouse l'académie de Saint-Thomas d'Aquin destinée à l’étude de la scolastique, ainsi que l'association de Saint-Joachim pour les prêtres indigents.

L’annexion de l’Ombrie par le royaume de Sardaigne en 1860, puis la naissance du royaume d’Italie en 1861 met fin à l’autorité temporelle du pape sur la région. Pérouse passe ainsi de la suzeraineté du pape à celle du roi d'Italie. Pecci devient dès lors citoyen italien, tandis que Rome reste protégée par les troupes françaises jusqu'en 1870. Pecci, en désaccord avec les positions politiques de Pie IX vis-à-vis de l'Italie nouvelle, est par le cardinal Giacomo Antonelli, secrétaire d'État du pape. En 1869, Pecci ne se déplace pas pour rencontrer le roi en visite à Pérouse mais organise un synode qui réunit les évêques d'Ombrie et des Marches.

En 1870, après l’annexion définitive de Rome par le roi d'Italie et la fin des États pontificaux, le pape se réfugie dans le palais du Vatican, où il se considère comme un captif. Devenu citoyen italien, Pecci s'oppose aux lois anticléricales du gouvernement de Victor-Emmanuel .et condamne dans ses mandements les . dans l’esprit du Syllabus de dont il a demandé la rédaction.. Plusieurs de ses instructions pastorales annoncent déjà les orientations doctrinales et sociales de son futur pontificat.

En 1875, le pape Pie IX le nomme protecteur du Tiers-Ordre de saint François (devenu pape, Pecci réunira en 1897 les deux branches franciscaines qui existait alors (les observantins et les récollets) en un ordre unique, les Frères mineurs de l'Observance).

Camerlingue de l’Église romaine (1877-1878)