La Guerre des Quatre Seigneurs ou Guerre de Metz est un conflit qui opposa la République messine à quatre princes du Saint-Empire romain germanique, entre 1324 et 1326<ref>Michel Parisse: (dir) : Encyclopédie illustrée de la Lorraine, Histoire de la Lorraine, Époque médiévale, Éd. Serpenoise - Presses universitaires de Nancy, 1990 (pp 190-193).</ref>.

Contexte historique Au , la Lorraine est le théâtre d’affrontements fréquents entre différents seigneurs du Saint-Empire romain germanique. Les ducs de Lorraine, de Bar, de Luxembourg, les comtes de Deux-Ponts, de Vaudémont, l’archevêque de Trèves, les évêques de Metz, de Toul et de Verdun, s’allient ou s’opposent au gré des circonstances, dans un monde fortement marqué par la féodalitéMichel Parisse: (dir) : Encyclopédie illustrée de la Lorraine, Histoire de la Lorraine, Époque médiévale, Éd. Serpenoise, Presses universitaires de Nancy, 1990 (pp 116-233)..

Germes du conflit

En 1324, à la suite de querelles avec la ville de Metz et de dettes contractées auprès des bourgeois de la cité, Jean , comte de Luxembourg et roi de Bohême, l’archevêque-électeur de Trêves Baudouin de Luxembourg, frère de l'empereur Henri VII, le comte Édouard de Bar et le duc Ferry IV de Lorraine forment une coalition pour s’emparer de la villeLe Moigne François-Yves, Histoire de Metz, 1986. ().H. Klipffel: ' Metz, cité épiscopale et impériale (Xe au XVIe siècle). Un épisode de l’histoire du régime municipal dans les villes romanes de l’empire germanique, Mémoires de l'Académie royale de Belgique, Année 1867, 19 (pp. 331-335).

Les querelles, d'ordre juridique, étaient dues à l’enchevêtrement des terres et des possessions, les bourgeois messins ne respectant pas toujours leurs obligations de vassaux sur certaines d’entre elles. Quant aux dettes, leurs origines étaient aussi diverses que variées. Parmi ces dettes, on peut citer : le paiement d’une rançon par le comte de Bar Édouard , au duc Ferry IV de Lorraine, qui l’avait fait prisonnier après une bataille à Frouard en 1313 ; le paiement d’une rançon par le duc Ferry IV de Lorraine, à l'empereur Louis IV, qui l’avait fait prisonnier après la bataille de Mühldorf en 1322 ; un prêt de au comte Henri VII de Luxembourg, père de Jean de Bohême, pour financer son élection comme empereur du Saint-Empire ; la location des troupes de la cité messine, par Édouard de Bar, dans un conflit qui l'opposait à l’évêque de Verdun Henri IV d’Aspremont.

Déroulement du conflit La ville confia la direction suprême de la guerre à un comité de sept seigneurs choisis parmi les Paraiges, appelés « les sept de la guerre », aux pouvoirs plus étendus. Elle renforça les remparts et les dota de pièces d'artillerie. En , la ville de Metz fait appel à des mercenaires rhénans, de la vallée de la Moselle, de la Sarre et du Rhin pour renforcer la milice municipale. Plus de 700 cavaliers sont ainsi gagés par la cité messine, s'ajoutant aux huit cents cavaliers de la milice bourgeoise. Outre ces soldoyeurs, la ville achète à prix d’or les services de différents seigneurs, accompagnés de leurs chevaliers, de leurs écuyers et de leurs gens d’armes. Parmi eux, figuraient les comtes de Sarrebruck, de Deux-Ponts-Bitche, et de Saarwerden, ainsi que le Raugraf KonradKonrad von Stolzenberg, frère de Georg II (?)., connus pour leur grande habitude des armesE. De Bouteiller: "La Guerre de Metz en 1324, poème du '''". Étude critique par F. Bonnardot, Paris, 1875. Notes page 277 et ss.</ref>. thumb|left|100px|Tour des Esprits (état actuel). Les troupes des quatre seigneurs ravagent alors le plat-pays, faisant dit la Chronique. Un grand nombre de bourgs, comme Hauconcourt, Aleizy, Arcaney, ou Antilly sont livrés aux flammes et aux pillages. Les assauts des coalisés sont toutefois repoussés à Saint-Julien, puis à Moulins, où le gibet de la cité est détruit. Les troupes messines, menées par le comte de Sarrebruck, le sire de Bitche, ou le messin Jacques Grongnat, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, effectuent régulièrement des sorties, pour harceler les troupes coalisées. Les bourgeois messins participent aussi activement à la défense. Ainsi, un humble cordonnier messin et dix hommes repoussèrent un jour les ennemis à la porte de Patar.

En octobre 1324, à l'approche de l'hiver, les coalisés lèvent le siège. Les messins s'empressent alors de réparer les dégâts causés aux fortifications, avant que les troupes ennemies ne reprennent leur pillage dans le plat pays l'année suivante. Alors que la ville semble à cette époque inexpugnable, son plat pays, assise de son ravitaillement et de sa puissance, reste en fait particulièrement exposé aux razzias ou aux rançonnementsLaurent Litzenburger : Une autre forme de guerre : rançonner le plat pays. L’exemple de Metz et du Pays messin à la fin du Moyen Âge. 'Les cahiers lorrains'", 2020, 2, (pp 30-38). (document en ligne.). Le conflit se poursuit ensuite sur les terres du comte de Bar, où Jean de la Court, à la tête de 1400 hommes, tant cavaliers que fantassins, incendie des villages du Barrois, pour inciter Édouard de Bar à négocier la paix.

Trêve et paix Après deux années de troubles, le pape Jean XXII refusant son assistance financière, les quatre princes ligués sont contraints de conclure une paix avec les Messins, le . L'accord ne reconnut ni vainqueurs, ni vaincus<ref>Michel Parisse: (dir) : Encyclopédie illustrée de la Lorraine, Histoire de la Lorraine, Époque médiévale, Éd. Serpenoise - Presses universitaires de Nancy, 1990 (p 193).. Les bourgeois messins doivent s’engager à ne plus acheter de terres sur les fiefs des princes, sans leur consentement.

Ce traité est aussi appelé « Paix des harengs »Jean-Louis Masson, Histoire administrative de Lorraine, 1982, .. Ce mets, très prisé à l’époque, fut en effet servi par les Messins, lors des négociations, qui eurent lieu à Pont-à-Mousson dans le Comté de Bar, alors que les routes commerciales étaient censées être contrôlées, par les seigneurs coalisés contre la cité messine. Ces derniers se seraient plaints en disant:

Les Messins auraient répondu : Georg Wolfram : Die Metzer Chronik des "Jaique Dex" über die Kaiser und Könige aus dem Luxemburger Hause, dans Quellen zur lothringischen Geschichte, Leipzig, Quelle & Meyer, 1906, vol IV (pp 76-77)..

C’est pendant le siège de Metz de 1324, qu’eut lieu le premier usage notable de canons en OccidentGuillaume Piobert, Traité d’artillerie théorique et pratique, 1836, .. Une couleuvrine et une serpentine au moins ont été utilisées durant le siège.

Conséquences La guerre a entraîné des coûts considérables pour la ville de Metz. Le financement de cette charge financière, par le recours à des impôts lourds, suscitèrent d'autant plus de contestations que les choix fiscaux du gouvernement des paraiges semblaient épargner les grands propriétaires terriens. Le paraige du Commun demanda alors le bannissement de certains chefs patriciens, qui commencèrent, pour certains, à s'exiler, comme le maître échevin, le , suivi de plusieurs financiers importants.

Une partie du patriciat s'allia aux mécontents, qui trouvèrent un meneur en la personne du patricien Jacquemin Boileau, habitant du quartier d'Outre-Seille. Les patriciens exilés cherchèrent l'appui des comtes de Bar et de Luxembourg, ce qui fit craindre une nouvelle guerre féodale. Le danger conduisit les bourgeois messins à ouvrir des négociations avec les exilés, qui aboutirent au rétablissement de la situation antérieure, par un accord signé en Jean Schneider, La ville de Metz aux , Imprimerie Thomas, Nancy, 1950, ..

Lorsque le patriciat rétablit son unité et son autorité sur les bourgeois, en 1327, il fit inscrire au-dessus de la Porte du Pont RengmontPorte du Pont Rengmont ou Rémont : porte Sainte-Barbe (Auguste Prost : Étude sur l’histoire de Metz : les légendes, ). : .

Notes et références

Voir aussi Bibliographie René Bour: Histoire de Metz, Metz, 1950. Jean Schneider: La ville de Metz aux , Imprimerie Thomas, Nancy, 1950. François-Yves Le Moigne: Histoire de Metz, 1986. Georg Wolfram: Die Metzer Chronik des Jaique Dex (Jacques D’Esch) über die Kaiser und Könige aus dem Luxemburger Hause, Quellen zur lothringischen Geschichte 4, Leipzig . Ernest de Bouteiller, François Bonnardot: La guerre de Metz en 1324, poème du , Paris, Firmin-Didot, 1875. Henry Klipffel: Metz, cité épiscopale et impériale (Xe au XVIe siècle). Un épisode de l’histoire du régime municipal dans les villes romanes de l’empire germanique, Mémoires de l'Académie royale de Belgique'', Année 1867, 19 (pp. 1-416) (en ligne).

Articles connexes Metz au Moyen Âge. Siège de Thibaud de Champagne en 1221. Siège de Jean de Lorraine en 1371. Siège de Charles de Lorraine en 1428. Siège de René d’Anjou en 1444. Siège de Nicolas de Lorraine en 1473. Siège de René II de Lorraine en 1489. Siège de Franz von Sickingen en 1518. Compagnies de mercenaires en Lorraine (XIVe siècle).

Liens externes Texte intégral du poème par Bouteiller et étude critique de Bonnardot

Guerre des Quatre Seigneurs Catégorie:Bataille de Lorraine Quatre Seigneurs Catégorie:Guerre impliquant le Saint-Empire romain germanique 1324 Metz Catégorie:Jean Ier (roi de Bohême) Catégorie:Conflit ayant impliqué des mercenaires