Théodore de Bèze, né le à Vézelay et mort le à Genève, est un humaniste, théologien protestant, traducteur de la Bible, professeur, ambassadeur et poète. Il fut le porte-parole de la Réforme en France au colloque de Poissy, puis pendant les guerres de Religion. Il fut le chef incontesté de la cause réformée dans toute l’Europe et le successeur de Jean Calvin à la tête de l'Académie de Genève.
Enfance et jeunesse
Théodore de Bèze naquit le dans la petite ville de Vézelay, lieu de pèlerinage important sur la route de Compostelle. Il était issu d’une famille de la petite noblesse, son père, Pierre de Bèze (1485-1562), juriste et héritier d’une fortune liée au travail industriel des forges et à de nombreux bénéfices ecclésiastiques, était le bailli royal de sa ville natale. Théodore, le cadet des sept enfants d’un premier lit (la deuxième épouse de Pierre de Bèze lui donna encore six enfants), était d’une santé fragile bien que, par la suite, il ait joui d’une robustesse à toute épreuve. Sa mère, Marie Bourdelot, était connue pour sa générosité. Le père de Théodore avait deux frères : l’un, Nicolas de Bèze (1469-1532), était membre du parlement de Paris, l’autre, Claude, était abbé de l'abbaye cistercienne de Froimont dans le diocèse de Beauvais.
Nicolas était célibataire et, au cours d’une visite à Vézelay, fut si impressionné par le jeune Théodore qu’avec la permission de ses parents il l’emmena à Paris avec lui pour qu’il y fût instruit. Lors du retour du voyage où elle accompagnait son fils, Marie de Bèze, sa mère, victime d'une chute de cheval, se brisa une cuisse et succomba peu après d'une fièvre chaude à l’âge de trente-deux ans.
La formation helléniste de Melchior Wolmar Son oncle le plaça en 1528, à l’âge de neuf ans, à Orléans, dans la famille du célèbre helléniste allemand Melchior Wolmar Rufus de Rottweil, qui avait déjà été le maître de Calvin à Paris. Il fut reçu dans la maison de son précepteur, et le jour où se passa cet événement fut célébré par la suite comme un deuxième anniversairehttp://www.unige.ch/lettres/framo/calliope_chrestienne/data/beze.poemata.pref.pdf.
Le jeune Théodore de Bèze suivit bientôt son maître à Bourges, où l’avait appelé la reine de Navarre, Marguerite de Valois-Angoulême, sœur aînée du roi François . Bourges était en France un des endroits où soufflait le plus fort le vent de la Réformation. Quand, en 1534, François publia le décret contre les innovations dans l’Église, Wolmar retourna en Allemagne tandis que, conformément au désir de son père, Bèze revenait à Orléans pour étudier le droit.
Orléans et la découverte de la poésie et d'Heinrich Bullinger vignette|gauche|Heinrich Bullinger (1504-1575). vignette|Théodore de Bèze à 24 ans. Il y passa quatre ans (1535-1539). Cette voie avait peu d’attrait pour lui ; il préférait la lecture des classiques de l’Antiquité.
C’est de cette époque que date un événement spirituel capital pour le jeune homme: la lecture d’un traité d'Heinrich Bullinger, De l’origine des erreurs dans la célébration du culte divin (1529). Dans une lettre adressée à Bullinger en 1550, Bèze lui écrivait :
Il fut reçu licencié en droit le et, comme son père le désirait, alla à Paris où il commença la pratique. Ses parents avaient obtenu pour lui deux bénéfices dont les revenus s’élevaient à 700 écus d’or par an, et son oncle avait promis de faire de lui son successeur.
La célébrité parisienne À Paris, Bèze passa deux années heureuses et acquit bientôt une position en vue dans des cercles littéraires. Il fréquente la Brigade littéraire de Jean Dorat, Pierre de Ronsard et Joachim du BellayIL se lie d'amitié avec le poète savoisien, Marc-Claude de Buttet qui aura l'occasion de le rencontrer à nouveau à Genève. Pour échapper aux tentations nombreuses auxquelles il était exposé, il se fiança, en 1544, à une jeune fille d’origine modeste, Claudine Denosse, en promettant de rendre cet engagement public dès que les circonstances le permettraient. Il publia un recueil de poésies latines très populaire les célèbres Poemata, qui firent sa renommée et il fut partout regardé comme un des meilleurs auteurs de poésie latine de son temps.
La révélation et la fuite vers Genève Il tomba gravement malade (peut-être de la peste) et, dans sa détresse physique, se révélèrent à lui ses besoins spirituels. Peu à peu, il vint à la connaissance du Salut en Jésus-Christ, qu’il accepta avec une foi joyeuse. Il résolut alors de trancher les liens qui le rattachaient au monde et se rendit discrètement à Genève, ville qui était un refuge pour les évangéliques (les adeptes de la Réforme). Les fugitifs arrivèrent à Genève le .
La fuite d’un personnage public d’une pareille importance ne pouvait être sans conséquence. Le , un acte du Parlement de Paris, signé par son président, Pierre Lizet, décréta la saisie de Bèze et la confiscation de tous ses biens.
Le , les motifs de cette décision furent publiés : Bèze avait opté pour l’hérésie luthérienne il avait vendu ses bénéfices il s’était exilé à Genève
Il y eut pire. Le , le Parlement de Paris par le truchement de son président, le même Lizet, prononça la confiscation de la totalité de ses biens et Bèze lui-même fut condamné à être « brûlé par figure à la place Maubert ». Il ne pouvait revenir en France qu’au risque de sa vie. Ce ne fut que le que, par lettre de rémission, le roi Charles IX levait sa condamnation à mort et la confiscation de ses biens.
Découverte de la théologie protestante Professeur de grec à l'académie de Lausanne vignette|Jean Calvin. Il fut chaleureusement accueilli par Jean Calvin, qui l’avait déjà rencontré chez Wolmar. Le – soit trois semaines après leur arrivée – Jean Calvin en personne bénissait publiquement le mariage secret de Théodore de Bèze et de Claudine Denosse. Mais, il restait à trouver un emploi afin de subvenir aux besoins du nouveau foyer. A Genève, Calvin n’avait rien à lui offrir. Rappelons que l’unique académie réformée de langue française se trouvait alors à Lausanne, dans un territoire sous domination bernoise. Comme Bèze ne voyait pas comment s’occuper tout de suite, il prit le chemin de Tübingen pour y voir son ancien maître Wolmar. En cours de route, à Lausanne, il rendit visite à Pierre Viret, qui reconnut les talents éminents et si variés de Bèze, et chercha à le retenir comme professeur de grec dans son Académie ou il fut nommé le ..
Malgré le lourd travail qui lui incombait, Bèze trouva le temps d’écrire un drame biblique, Abraham sacrifiant publié à Genève en 1550 (il existe une traduction anglaise d’Arthur Golding, publiée à Londres en 1577 et qui a été reproduite avec introduction, notes et le texte français original par M. W. Wallace, Toronto 1906). La pièce, qui opposait catholicisme et protestantisme, reçut un bon accueil. En , il ajouta quelques psaumes à ceux que Marot avait déjà commencés à traduire en français et qui connaissaient aussi beaucoup de succès.
À la même époque, il publia son Passavantius, une satire dirigée contre Pierre Lizet, un homme à la réputation exécrable, ancien président du Parlement de Paris et qui avait été à l’origine de la Chambre ardente ; Lizet était alors (1551) abbé de Saint-Victor, près de Paris, et il voulait acquérir la réputation de pourfendeur de l’hérésie grâce à la publication de quelques écrits polémiques.
Deux controverses dans lesquelles Bèze s’impliqua à cette époque étaient d’un caractère plus sérieux. La première concernait la doctrine de la prédestination et la controverse de Calvin contre Jérome-Hermès Bolsec. La seconde parlait de l’exécution sur le bûcher de Michel Servet à Genève, le . Pour défendre Calvin et les magistrats genevois, Bèze publia en 1554 De haereticis a civili magistratu puniendis (traduit en français en 1560).
Voyages pour défendre les protestants
En 1557, Bèze s’intéressa spécialement aux vaudois que l’on persécutait dans le Piémont. Pour les défendre il se rendit, accompagné de Guillaume Farel, à Berne, Zurich, Bâle, Schaffhouse ; de là à Strasbourg, Montbéliard, Baden et Göppingen. Dans ces deux dernières villes, on leur demanda de préciser clairement leurs positions sur les sacrements par rapport à celles des vaudois, ce qu’ils firent le . Leur déclaration, bien reçue par les théologiens luthériens, fut nettement condamnée à Berne et à Zurich.
À l’automne 1557, Bèze entreprit un deuxième voyage avec Guillaume Farel, à Worms via Strasbourg pour demander l’aide des princes de l’empire ralliés à l’Évangile en faveur des frères de Paris qu’on persécutait. Avec Philippe Melanchthon et d’autres théologiens rassemblés alors au colloque de Worms, Bèze suggéra une union de tous les protestants, mais cette proposition fut catégoriquement rejetée par Zurich et Berne. Sur de faux rapports, selon lesquels les persécutions contre les huguenots avaient cessé en France, les princes allemands n’envoyèrent aucune ambassade à la cour de Henri II et Bèze dut continuer son entreprise, allant avec Guillaume Farel, Jean Buddaeus et Gaspard Carmel à Strasbourg et Francfort, où l’envoi d’une ambassade à Paris fut résolu.
Théodore de Bèze à Genève Bèze revint de Lausanne assez désabusé. En accord avec de nombreux pasteurs et professeurs de la ville, Pierre Viret avait pensé établir un consistoire et introduire une discipline ecclésiastique susceptible d’infliger l’excommunication, en particulier dans la célébration de la sainte Cène. Mais les Bernois n’avaient pas l’intention de se laisser gouverner par une Église calviniste. Devant ces difficultés, Bèze crut préférable de s’établir à Genève en 1558.
Il y occupa d’abord la chaire de grec à l’Académie nouvellement établie puis, après la mort de Jean Calvin, on lui offrit également la chaire de théologie, il fut en outre obligé de prêcher. Il acheva la révision de la traduction du Nouveau Testament, que Pierre Olivétan avait commencée quelques années auparavant.
Le premier synode de France Il représente Jean Calvin au premier synode des églises réformées de France, le , rue Visconti à Paris. Cette réunion clandestine réunit 70 représentants des communautés protestantes de Paris et de l'Ouest de la France. Les communautés cherchent à se doter d'une confession de foi uniforme et de se doter d'une organisation ecclésiastique. Ce premier synode est dirigé par le pasteur François de Morel et le texte de la Confession est rédigé par Antoine de Chandieu. Calvin était opposé à cette réunion, car elle pouvait selon lui entraîner plus de divergences, qu'un front uni par rapport au texte original de l’Institution de la religion chrétienne qu'il défendaitLes Protestants au , Janine Garrisson, Fayard, 1988, 413.
En 1559, il entreprit un autre voyage dans l’intérêt des huguenots, à Heidelberg cette fois ; à la même époque, il dut défendre Calvin contre Joachim Westphal à Hambourg et Tilemann Hesshus.
Plus important que cette activité polémique était l’établissement par Bèze de sa propre confession de foi. Elle avait été à l’origine préparée pour son père à qui il rendait compte de ses cours et elle fut publiée sous une forme révisée pour promouvoir la connaissance de l’Évangile parmi les concitoyens de Bèze. Elle fut imprimée en latin en 1560 avec une dédicace à Wolmar. Une traduction anglaise suivit à Londres en 1563, 1572 et 1585. Il y eut aussi des traductions en allemand, néerlandais et italien.
Le voyage en Navarre vignette|Antoine de Bourbon (1518-1562). vignette|Jeanne d'Albret (1528-1572). En 1560, Théodore de Bèze est à Nérac, à l'invitation d'Antoine de Navarre, où il prêche la Parole de Dieu à Jeanne d'Albret et commence à organiser la résistance ecclésiale et politique des huguenots à la persécution.
Le Colloque de Poissy et les Conférences de Saint-Germain