La bataille de Caporetto (également appelée bataille de Karfreit par les empires centraux ou douzième bataille de l'Isonzo) est une bataille de la Première Guerre mondiale, qui se déroule du au dans le Nord de l'Italie. Caporetto, aujourd’hui Kobarid en Slovénie, est alors le point central de l'offensive austro-allemande menée par Otto von Below, qui bouscule les armées italiennes.

La bataille se solde par une très lourde défaite des Italiens, alors dans le camp de la Triple-Entente, face aux armées austro-allemandes. Les Italiens parviennent ensuite à stabiliser le front sur la ligne du Piave.

Éléments de contexte

Depuis 1915, les militaires austro-hongrois tentent d'obtenir des Allemands leur concours pour permettre l'écrasement de l'Italie, tout en évitant toute ingérence allemande sur ce front. La disparition de toute menace directe sur le flanc sud de la monarchie donne à l'Autriche les capacités de mener, en lien avec les Allemands, une offensive sur le front italien.

Le front italien à l'automne 1917

Les offensives italiennes de la fin de l'été avaient donné des résultats probants pour les Italiens : conquête de têtes de ponts sur l'Isonzo, parfois profondes de plusieurs kilomètres, mais au prix de pertes élevées.

Le Reich sur le front italien

Dans le contexte des négociations autrichiennes avec les alliés, les Dioscures Hindenburg et Ludendorff se montrent favorables à une action concertée contre l'Italie.

Le mois précédent, les forces austro-hongroises avaient reçu en renfort, pour étayer un front menacé de rupture, plusieurs divisions et unités d'assaut spécialisées allemandes. Six divisions allemandes et neuf divisions austro-hongroises avaient alors été rassemblées, formant la nouvelle armée placée sous le commandement du général allemand Otto von Below.

Mais l'ingérence allemande sur le front italien, seul front sur lequel l'Allemagne n'a pas encore engagé de grandes unités, prive la double monarchie austro-hongroise de sa dernière marge d'autonomie. En effet, comme l'explique alors l'empereur d'Autriche Charles à l'empereur Guillaume dans une lettre envoyée le , une offensive menée en Italie avec les seules unités de la double monarchie est attendue et souhaitée par les soldats de la double monarchie. Ces considérations sont cependant balayées par les chefs militaires austro-hongrois, impatients de réduire l'Italie, mais aussi par les responsables politiques allemands, méfiants à l'égard du personnel politique de la double monarchie, soupçonné de vouloir, après une victoire face à l'Italie, négocier une paix séparée avec les puissances de l'Entente.

En réalité, le soutien allemand, dans ce contexte de lent épuisement de la double monarchie danubienne, prive concrètement cette dernière de toute possibilité de sortie du conflit. Par ailleurs, les considérations de Charles sont balayées par les militaires austro-hongrois eux-mêmes.

Plans et préparatifs austro-allemands

À partir du mois d’août 1917, l'état-major autrichien prépare une grande offensive, qui doit permettre la prise de contrôle de toute la Vénétie dans le cadre d'une guerre de mouvement. Cependant, le général allemand Ludendorff, associé à la préparation de cette offensive, impose directement ses vues dans les objectifs assignés : les militaires du Reich souhaitent en fait simplement éloigner la ligne de front du port de Trieste.

Plan de campagne

Conformément au plan allemand imposé aux stratèges austro-hongrois, le plan vise à repousser le front du voisinage de Trieste, et non plus comme le souhaitent et l'envisageaient d'abord les Austro-Hongrois, obliger l'Italie à se rendre.

Sur le plan tactique, le choix porte surtout sur une attaque dans les vallées, et plus seulement des crêtes, afin de répondre à l'objectif stratégique assigné par les Allemands : contrôler la ligne du Tagliamento.

Unités engagées

Treize divisions, sept allemandes et six austro-hongroises, placées sous le commandement d'Otto von Below, doivent former le groupe de choc, tandis que d'autres unités sont détachées pour les offensives secondaires. La masse de manœuvre déployée pour l'offensive est composée au total de 33 divisions germano-austro-hongroises, face aux 41 divisions alliées.

Une nouvelle tactique de combat importée du front russe est utilisée pour combler le déséquilibre des forces en faveur des Italiens : l'attaque sur une portion limitée du front avec une supériorité écrasante. Dans la zone de la percée, la supériorité de l'assaillant doit alors tout emporter rapidement, 7 divisions étant massées sur un front de 5 kilomètres de long.

Moyens matériels engagés

Pour acheminer les hommes et le matériel de guerre sur le front italien, les puissances centrales ont utilisé pour l'occasion près de la moitié de tout le matériel ferroviaire disponible dans la double monarchie : 60 % des wagons fermés et 40 % des wagons ouverts.

Commandement

Dans le cadre de l'alliance entre le Reich et l'Autriche-Hongrie, le commandement allemand est placé sous le commandement nominal du haut-commandement austro-hongrois, et les secteurs destinés à recevoir la majeure partie de l'offensive sont ceux choisis par les stratèges austro-hongrois.

Les contre-mesures italiennes

Cependant, ces préparatifs ne sont pas inconnus de l'état-major italien, qui a été parfaitement renseigné par des déserteurs autrichiens. Mais une savante manœuvre d'intoxication réussit à abuser les Italiens quant à l'objectif réel de l'offensive. Par ailleurs, les deux ajournements du lancement de l'offensive par l'état-major germano-austro-hongrois permettent non seulement un renforcement des capacités d'action des unités austro-allemandes, mais surtout incitent les responsables militaires italiens à ne pas maintenir leurs unités en état d'alerte, favorisant ainsi le succès austro-allemand lorsque viendra l'offensive.

Déroulement

Le , dans la nuit, les forces d'Otto von Below, regroupées en territoire austro-hongrois dans les zones de Tolmino, Caporetto et Plezzo, le long du fleuve Isonzo, lancent leur offensive. La principale cible de la armée austro-allemande est la armée italienne du général Capello, qui avait lentement constitué des positions défensives en vue de l'attaque de la Triple-Alliance. La principale offensive de la armée est soutenue par l'avancée des deux armées austro-hongroises de l'Isonzo. La armée, opposée au sud à la armée italienne, a reçu l'ordre de pousser vers la côte Adriatique en direction de Venise. Les armées de l'Isonzo, au nord de la armée, doivent se diriger vers le sud-ouest, en Italie, vers le fleuve Piave, face à la armée italienne commandée par Emmanuel-Philibert de Savoie.

Premier choc thumb|300px|Fantassins austro-hongrois montant à l'assaut sur l'Isonzo, agence des correspondants de guerre de Vienne, 1916-1917 Le , le pilonnage germano-austro-hongrois commence, permettant la conquête rapide des premières lignes italiennes par les unités allemandes déployées dans le secteur.

Depuis un saillant, les Allemands appliquent les tactiques perfectionnées sur le front de l'Ouest, utilisant un barrage d'artillerie, rendu possible par le déploiement de près de pièces d'artillerie, dont 500 de gros calibre, par l'emploi massif de gaz toxiques puis l'infiltration d'unités fortement dotées en grenades et en lance-flammes.

Le barrage d'ouverture sème la panique parmi les unités italiennes en première ligne, qui découvrent que leurs masques à gaz n'offrent aucune protection contre les gaz ennemis. Avançant sous la pluie et dans le brouillard et contournant des points de résistance, réduits par la seconde ligne austro-allemande, l'offensive gagne rapidement du terrain. Le 25, les attaquants ont effectué une percée de dans la ligne de front italienne, ce qui oblige le commandant en chef italien, le général Luigi Cadorna, à envisager un retrait de ses troupes vers le fleuve Tagliamento. Cependant, Luigi Cadorna ignore l'étendue de la percée et la puissance des forces ennemies qu'il affronte, principalement en raison des mauvaises communications avec les unités situées à l'avant. Il tente de reconstituer un front, mais ne peut que colmater des brèches de manière inefficace, avant de décider une retraite massive et de grande ampleur, dans un premier temps sur le Tagliamento, puis sur le Piave.

Au terme de trois jours de combats, le dispositif italien, déjà malmené, vole en éclats sous les coups de l'artillerie germano-austro-hongroise. L'ordre de se retirer sur les prochaines défenses est finalement émis le 27. Les armées italiennes très éprouvées se regroupent sur le Tagliamento à la fin du mois.

L'exploitation de la percée vignette|Matériel italien abandonné. Le , l'objectif principal, la ligne du Tagliamento, est atteint par des unités allemandes qui le franchissent le lendemain.

Les troupes germano-austro-hongroises sont cependant arrêtées sur le Piave, la majeure partie des troupes italiennes en retraite étant parvenues à se replier derrière ce fleuve et à faire sauter les ponts, tandis que des renforts parviennent à stopper les unités germano-austro-hongroises éloignées de leurs bases de ravitaillement.

Les troupes italiennes, dans leur retraite rendue difficile par la saturation des routes, laissent à l’ennemi près de , la moitié de leur artillerie, soit , , de bât, et d'importants stocks de vivres.

Cependant, les conséquences du désastre ont été moindres qu'attendu, en raison des lacunes des puissances centrales et de la résistance italienne. En effet, des erreurs de commandement ont permis aux Italiens non seulement de sauver les restes de la armée, mais aussi sur les ailes du front de maintenir leurs positions sur le mont Grappa. De plus, faute d'unités suffisamment rapides, la poursuite se révèle globalement un échec.

Bilan thumb|300px|Retraite italienne sur le Tagliamento après la bataille de Caporetto, publié dans Le Miroir hebdomadaire photographique. Succès à court terme pour les empires centraux

Cette victoire permet aux forces germano-austro-hongroises de percer le front italien et de s'emparer d'une partie du territoire de la Vénétie, progressant de en direction de VeniseLors de cette bataille où son bataillon de montagne du Wurtemberg joua un rôle déterminant, Erwin Rommel, futur maréchal de la Wehrmacht, devint le plus jeune officier à recevoir la prestigieuse médaille pour le Mérite.. En outre, ce succès permet à leurs unités de se rééquiper : , de tranchée, , et mulets, , d'importantes quantités de vivres et de munitions sont saisis.

Mais elles ne peuvent franchir le fleuve Piave, où les Italiens, avec , appuyés par composées de forces françaises, britanniques et américaines, avaient mis en place des nouvelles lignes de défense.

Rapidement après la fin de la poursuite, les Allemands retirent les troupes qui ont participé à la victoire, conformément à l'idée de Ludendorff pour qui le front italien est d'importance secondaire. Le succès remporté en octobre ne le fait pas changer d'avis, malgré les demandes austro-hongroises.

Pertes

Dans la bataille et dans la poursuite résultant de la percée austro-allemande, l'armée italienne perd plus de soldats, tués ou blessés et prisonniers ; à ces pertes s'ajoutent les déserteurs, dont le nombre est estimé à hommes.

Conséquences politiques et diplomatiques

La victoire germano-austro-hongroise connaît des conséquences politiques importantes, non seulement au sein des puissances centrales, mais aussi dans le camp allié.

Sur le plan de la conduite générale du conflit, les ouvertures de paix de Charles du printemps et de l'été sont maintenant caduques, de l'aveu même de l'empereur, et les projets de réforme de la double monarchie sont renvoyés à la fin du conflit. En outre, l'importance du butin engendre des tensions entre les Autrichiens et les Allemands, son partage créant des rivalités entre les deux alliés.