Françoise d'Aubigné, ou d'Aubigny., née le à Niort et morte le à la Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr, est une dame française des qui fut l'épouse de l'écrivain Paul Scarron puis du roi Louis XIV. Il lui donne le titre de marquise de Maintenon, d'où le surnom Madame de Maintenon. Elle est la fondatrice de la Maison royale de Saint-Louis.
Nommée secrètement gouvernante des enfants naturels de Louis XIV (1638–1715), roi de France et de Navarre, et de sa maîtresse madame de Montespan, elle épousa secrètement le roi après la mort de la reine Marie-Thérèse en 1683. Le mariage resta officiellement secret, bien qu'il fût ensuite connu de tous.. Françoise de Maintenon eut alors sur le roi une influence dont on discerne encore aujourd'hui difficilement l'ampleur, mais qui est sans doute surestimée, notamment à cause de l'appréciation erronée sur la bigoterie affirmée de la marquise.
Biographie Enfance Françoise d’Aubigné est la fille de Constant d'Aubigné et de sa seconde épouse Jeanne de Cardilhac. Constant d'Aubigné, après avoir abjuré sa foi protestante en 1618, assassine sa première épouse et son amant en 1619, puis dépense rapidement la dot de la deuxième, et est soupçonné d'intelligence avec les Anglais avec qui il est en relation d'affaires. Il est ainsi enfermé dans plusieurs prisons, dont celle de Bordeaux, le château Trompette, et celle de Niort.. Françoise naît le rue du Pont dans la prison royale de Niort (baptisée à Niort, paroisse Notre-Dame), dans la geôle où son père est incarcéré pour dettes (Jeanne de Cardilhac, trop jeune et désargentée, partageant la cellule avec son mari), ce lieu de naissance étant incertain..
Lorsque son père sort de la prison de Niort, la jeune Françoise passe les premiers mois de sa petite enfance chez madame de Villette, sa tante huguenote, au château de Mursay, au nord de Niort. Elle passe les six années suivantes avec ses parents dans la colonie de la Martinique : son père ayant obtenu la charge de gouverneur des îles de Marie-Galante, il s'installe dans « l’île aux fleurs » où il a décidé de faire fortune.. Elle y garde un souvenir très fort, transmis à ses futurs époux, le poète burlesque Paul Scarron puis le roi de France Louis XIV, qui décide dès 1674 d'intensifier la culture de la canne à sucre en Martinique puis à Saint-Domingue.
Le nom de son père est cité dans un premier voyage un an plus tôt, celui de 1635 avec Pierre Belain d'Esnambuc, fondateur de Saint-Pierre en Martinique en 1635. Le couple part en 1636 pour la colonie de Saint-Christophe, d'où il gagne la Martinique.. Françoise vit avec ses parents dans le village du Prêcheur, le premier où est arrivé d'Esnambuc, tout près de Saint-Pierre, à l'extrémité nord-ouest de la Martinique, exposé aux attaques incessantes des autochtones de l'île de la Dominique.
Officiellement, son père est gouverneur de la toute petite île de Marie-Galante, toute proche. Mais ce titre ne lui est pas reconnu et il n'a pas les moyens de le valoriser. L'île est alors vierge et doit en principe gouverner la Martinique, elle-même couverte aux neuf dixièmes de forêts, où autochtones et boucaniers font la loi. La famille de Françoise survit en fait dans la pauvreté, alors que la colonie anglaise de Barbade, non loin, accède bientôt à la richesse. Ce séjour de six ans lui vaudra le surnom de « belle Indienne ». Il s'achève à l'époque où les colons de la Martinique tentent sans succès d'introduire la culture de la canne à sucre, qui s'avère très rentable à la Barbade dès les années 1640, et entraîne l'éviction des planteurs de tabac. À son retour en France, en , Françoise apprend la mort de son père qui avait abandonné sa famille en 1645 pour chercher en métropole à faire reconnaître son titre de gouverneur.
Jeanne de Cardilhac et ses trois enfants vivent misérablement dans une pièce unique, dans une maison proche du port de La Rochelle. La future Madame de Maintenon qui de son mari.. Elle est à nouveau prise en charge par sa tante de Niort, de Villette, fervente protestante. Sa marraine, Suzanne de Neuillant, fervente catholique, obtient de la reine-mère Anne d'Autriche une lettre de cachet pour récupérer Françoise et lui permettre de pratiquer le catholicisme (en effet à sa naissance Madame d'Aubigné l'avait fait baptiser dans la religion catholique) et renier sa foi calviniste. Elle la place contre sa volonté au couvent des Ursulines de Niort, puis chez les Ursulines de la rue Saint-Jacques à Paris., où, grâce à la douceur et l'affection d'une religieuse, sœur Céleste, la jeune fille renonce définitivement au calvinisme, condition indispensable pour pouvoir accompagner Suzanne de Neuillant dans les salons parisiens. C'est à l'une de ces réunions mondaines qu'elle rencontre le chevalier de Méré qui se prend d'affection pour celle qu'il nomme « la belle Indienne » et s'offre de l'instruire convenablement.
Premier mariage vignette|redresse|Le poète Paul Scarron, premier mari de Françoise d'Aubigné.
Quatre ans après son retour en France, en , à l'âge de seize ans, Françoise d'Aubigné, sans le sou mais jolie et sage, épouse le poète burlesque Paul Scarron, de vingt-cinq ans son aîné et gravement handicapé. Le salon de ce lettré amateur de fêtes et ami de nombreux artistes est fréquenté par les plus prestigieux noms de la capitale (par exemple le maréchal d'Albret, le marquis de Villarceaux, l'abbé de Choisy), Scarron est partiellement paralysé depuis un malencontreux bain nocturne dans l’Huisne, affluent de la rive gauche de la Sarthe, en hiver. Il propose à une Françoise orpheline, très pauvre (elle ne possède absolument rien) et fragilisée, de la doter pour qu'elle puisse entrer au couvent, ou de l'épouser lui-même. Scarron rédige lui-même le contrat de mariage en ces termes : « La future apporte en dot… deux grands yeux fort mutins, un très beau corsage, une paire de belles mains et beaucoup d'esprit »Souvenirs de Madame de Caylus. Par ce contrat conclu le , il lui accorde aussi trois mille livres de préciput..
« La belle Indienne » influence la deuxième partie de l'œuvre de Paul Scarron, qui fera ensuite fréquemment référence à la nécessité d'aller aux Indes et à la Martinique. Le poète a très sérieusement investi livres dans une société commerçant avec la Martinique. Pour faire plaisir à sa jeune épouse, Scarron accepte aussi d'enlever de son œuvre des répliques trop grivoises.
Madame Scarron devient l’animatrice du salon ouvert par son mari, très fréquenté par les écrivains de l'époque. Dès lors, elle se tisse un solide réseau de relations avec les beaux esprits du Marais parmi lesquels se trouvent, entre autres, Françoise-Athénaïs de Montespan et Bonne d'Heudicourt, nièces du maréchal d'Albret, Madame de La Fayette, Madame de Sévigné, Ninon de Lenclos..
En 1660, alors qu'elle a vingt-cinq ans, Paul Scarron, qui lui avait transmis une grande culture, meurt en ne lui léguant que des dettes. De son mariage, Françoise a gagné l’art de plaire et en a conservé les relations ; ainsi, Anne d’Autriche, sollicitée par des amis communs, accorde à la veuve Scarron une pension de livres.. À la mort de la reine mère, sa pension est rétablie grâce à l'intervention de madame de Montespan, dame d'honneur d'Henriette, duchesse d'Orléans, belle-sœur du Roi ; les deux femmes s'étaient rencontrées chez le maréchal d'Albret, cousin par alliance de de Montespan et proche de Paul Scarron. Si Madame de Montespan pensa à elle pour devenir la gouvernante des bâtards royaux, c'était parce que la veuve Scarron avait su la divertir et qu’elle était discrète. Françoise accepta parce qu'elle aimait les enfants, mais aussi et surtout parce qu'elle savait bien que l’on gagnait toujours à servir le Roi.
Après la mort de son mari, Françoise devient la maîtresse de Louis de Mornay, marquis de Villarceaux, pendant trois ans, avant de mettre un terme à sa relation pour préserver sa réputation. Il restera de cette liaison une peinture réalisée par Mornay lui-même, et la représentant en déesse grecque, le sein nu, le regard fixé sur l'horizon, indifférente à son amant, représenté sous les traits de l'Amour tenant sa flèche. Cette toile est conservée dans la salle à manger du Château du haut du domaine de Villarceaux, dans le Val-d'Oise..
Elle se forge dès lors une image de femme pieuse et dévote, comme l'atteste sa correspondance avec l'abbé François Gobelin (16..-1692), son confesseur depuis 1666Auguste Geffroy, Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique. Choix de ses lettres et entretiens, 2 volumes, 1887.
Au service des enfants du roi vignette|Portrait présumé de Madame de Montespan et ses enfants. Madame de Montespan l'invite à la cour de France en 1668. En 1669, sur la proposition de d'Heudicourt, elle accepte la charge de gouvernante des enfants illégitimes du roi et de de Montespan, alors qu’elle vient de refuser d'être la dame de compagnie de Marie-Françoise-Élisabeth de Savoie, reine du Portugal. Elle s’installe donc à Paris , selon la description que fait du lieu en 1673 madame de Sévigné.. Madame Scarron y vit, entre 1672 et 1674, dans la plus grande discrétion et y rencontre pour la première fois le roi qui s’y aventurait pour voir ses enfants.
Celui-ci, qui ressent beaucoup d'affection pour ses enfants adultérins, constate l'attention maternelle dont la veuve Scarron entoure ses petits protégés. Lors de la mort de l'aîné d'entre eux, remarquant le chagrin et les larmes de la gouvernante de ses enfants, il confie à un proche : « Comme elle sait bien aimer, il y aurait du plaisir à être aimé d'elle »Les Souvenirs de de Caylus (nièce de de Maintenon), Amsterdam, Jean Robert, 1770, ..
Elle réapparaît à la cour en 1673 lors de la légitimation des bâtards royaux (enfants dont le nom de la mère reste officiellement inconnu). Mais la gouvernante doit affronter la jalousie de plus en plus grande de Madame de Montespan, si bien qu'elle menace de démissionner. Le roi lui fait don d'une gratification extraordinaire de écus pour qu'elle reste.. gauche|vignette|Le château de Maintenon. Madame de Maintenon acquiert en 1674, l'année de la dissolution de la Compagnie française des Indes occidentales, la nouvelle ferme du tabac, un monopole fiscal sur les 2,5 millions de livres de tabac produites annuellement dans la colonie de Saint-Domingue, que lui confie le roi et qu'elle revend rapidement à un consortium de financiers mené par le banquier Antoine Crozat, futur entrepreneur de la Louisiane.. vignette|redresse|Madame de Maintenon avec le duc du Maine et le comte de Vexin.
Le , elle achète pour livres, avec l'argent de la revente de la ferme du tabac, le château et le titre de Maintenon à Françoise d’Angennes, épouse d'Odet de Riantz, marquis de Villeroy, et héritière de Charles François d'Angennes, marquis de Maintenon. Ce dernier fut gouverneur de Marie-Galante (le titre qu'avait convoité le père de Françoise). et sera l'année suivante l'un des chefs des flibustiers aux Antilles pendant deux ans, avant de pourchasser ces mêmes flibustiers pour le compte du roi. Il devient ensuite le plus riche planteur de la Martinique, à partir du village même où avait habité Françoise, au nord de Saint-Pierre de la Martinique. Les enfants bâtards du roi, d'abord élevés rue de Vaugirard, le sont ensuite aussi au château de Maintenon.
Même s'ils se sont rencontrés dès 1669, le roi ne parut pas apprécier la veuve Scarron dans un premier temps. Il avait fini par s'habituer à elle et commença à s'y attacher irrémédiablement lorsqu'elle parut montrer une douleur « plus vive que celle de Madame de Montespan » à la suite de la mort de la fille aînée de la favorite à l'âge de trois ans, le ..