Le latin (en latin : Lingua latīna ou Latīna lingua) est une langue indo-européenne de la famille des langues italiques, parlée à l'origine par les Latins dans le Latium de la Rome antique. Le latin, ainsi que les langues romanes (dites parfois néo-latines), sont la seule branche des langues italiques à avoir survécu. Les autres branches sont attestées dans des documents datant de l'Italie préromaine, mais ont été assimilées durant la période républicaine ou au début de l'époque impériale.
Au sens de la linguistique, le latin est une « langue morte », c'est-à-dire qu'il n'existe plus de locuteur natif. Néanmoins, il a été la langue liturgique de la religion catholique jusqu'à la dernière moitié du , qui en a maintenu l'usage quotidien dans les messes partout dans le monde jusqu'au concile Vatican II. Il est resté à ce titre une langue familière à des centaines de millions de fidèles, toujours déclamée pendant la période contemporaine. Son usage liturgique se maintient aujourd'hui encore quotidiennement au sein d'un certain nombre de communautés catholiques réputées traditionalistes, ainsi que dans le cadre du rite extraordinaire catholique, utilisé dans les grandes occasions pour son caractère solennel. Il est la principale langue de chants liturgiques sacrés de l'Église catholique.
Du point de vue de ses usages non-liturgiques et de son enseignement, il est resté une langue d'échanges intellectuels et de compositions poétiques en Europe jusqu'à la période contemporaine, objet d'une production abondante, avec des œuvres majeures écrites en latin, telles que De vulgari eloquentia ou De Monarchia de Dante Alighieri, l'Éloge de la folie ou les Colloques d'Érasme, l'Epitome Astronomiae Copernicanae de Johannes Kepler, omniprésent dans les œuvres de Charles Baudelaire, Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, etc. Il est également resté jusqu'au une langue universitaire de composition et de débats dans de nombreux pays d'Europe, Union soviétique comprise. En France, par exemple, son usage dans le cadre des thèses de doctorat ès Lettres était obligatoire jusqu'en 1903. Il continue à faire l'objet d'une initiation systématique dans de nombreux systèmes d'enseignement européens encore au . Sa connaissance et son usage se maintiennent à l'université et dans le clergé : il peut être considéré à ce titre comme une « langue ancienne »Voir : Quelques idées reçues à propos des langues anciennes.. De nombreuses écoles et universités continuent de l'enseigner et le nombre de locuteurs dans le monde est estimé à .
Le latin est en outre la langue officielle de l'État du Vatican. Il fait l'objet de projets de simplification et de modernisation réguliers, tels que le latino sine flexione de Peano, et fait partie des options envisagées régulièrement pour établir une langue véhiculaire dans l'Union européenne. Il est employé quotidiennement dans d'innombrables expressions proverbiales, philosophiques, politiques ou cérémoniales dans tous les pays d'Occident : Cogito ergo sum ; In vino veritas ; Veni, vidi, vici ; Habemus papam, etc. D'innombrables émissions lui sont entièrement dédiées sur tous les types de médias, avec un certain nombre d'émissions de radio animées uniquement en latin. Enfin, il est toujours utilisé abondamment pour la production de néologismes dans de nombreuses familles de langues. L'ensemble de ces facteurs ont amené le latiniste et historien Jean-Noël Robert à parler pour le latin de « langue-mère », qui se survit dans les langues et cultures romanes qui en sont issues, en entretiennent l'usage et la sollicitent jusqu'à nos jours, plutôt que de langue morte.
Langue flexionnelle, le latin comporte sept cas, deux nombres et trois genres. L'alphabet latin est dérivé des alphabets étrusque et grec. Enrichi de lettres supplémentaires et de signes diacritiques, il est utilisé aujourd'hui par de nombreuses langues vivantes et comportait à l'époque classique 23 lettres, dont , voyelles et .
Histoire
thumb|Arc du pape Sixte V à Rome, plaque et inscription en latin. vignette|Inscription latine au Colisée à Rome. vignette|Calligraphie d'une bible en latin en 1407.
Origines
Les langues italiques formaient, à côté des langues celtiques, germaniques et helléniques, une sous-famille « centum » des langues indo-européennes qui incluait le latin, parlé par la population du Latium en Italie centrale (les Latins), et d'autres parlers comme l'ombrien et l'osque, au voisinage immédiat d'une langue étrusque non indo-européenne mais dont le latin a subi l'influence culturelle. De nos jours, les langues italiques sont représentées par les langues romanes, issues du latin populaire (l'italien, le roumain/moldave, l'aroumain, le français, l'occitan (Gascon), le francoprovençal, le catalan, l'espagnol (Castillan), le portugais, le sarde, le ladin, le corse, etc., ainsi que des langues aujourd'hui éteintes, comme le dalmate ou le mozarabe).
Latin archaïque
On appelle latin archaïque (prisca latinitas) l'état du latin en usage de l'origine (- ) jusqu'au tout début du Il se distingue du latin classique par la grammaire (présence du cas locatif, différentes terminaisons des déclinaisons et des conjugaisons, pronoms personnels), l'orthographe (absence des lettres G, Y et Z, notation différente de certains phonèmes et diphtongues) et bien sûr par des différences de lexique et de locutions, mais l'évolution a été graduelle : les locuteurs du latin de l'époque impériale ne rapportent pas de difficulté à comprendre le latin archaïque, à l'exception de quelques textes qui doivent dater de l'époque royale, essentiellement des chants. Latin classique
L'expansion territoriale de la Rome antique assure au latin une diffusion de plus en plus large à partir du Langue officielle de l'Empire romain, elle se répand dans la majeure partie de l'Europe occidentale, de l'Afrique du nord, de l'Asie Mineure et des régions danubiennes. Sous l'Empire, le latin est la langue du droit, de l'administration romaine et de l'armée ainsi que des nombreuses colonies romaines, coexistant avec le grec et les parlers locaux.
Bas-latin
Après la chute de l'Empire romain d'Occident au , les envahisseurs germaniques adoptent progressivement le mode de pensée romain et la langue latine afin d'asseoir leur légitimité. Tout au long du haut Moyen Âge, bien qu'il ne soit pas une langue vernaculaire, le latin reste la langue des actes officiels, de la diplomatie, de la liturgie et de la littérature savante (théologie, philosophie, sciences). Durant la suite du Moyen Âge, les langues locales s'affirment sur le plan littéraire et intérieur, et tandis qu'il donne naissance à de nombreuses langues vernaculaires dérivées (les langues romanes) et que des langues non romanes (comme l'anglais ou l'allemand) lui empruntent du vocabulaire, le latin reste influent aux plans diplomatique, juridique, scientifique et philosophique.
Latin médiéval
Le latin est réformé vers 800, puis au , sur le modèle du latin classique, afin d'éviter une dérive vers les langues vernaculaires qui en étaient issues. Pendant tout le Moyen Âge, le latin fait office de langue liturgique de l'Église catholique romaine. Presque toutes les bibles utilisées à cette époque en Occident sont écrites en latin, sur le modèle de la Vulgate de saint Jérôme, de même que les autres livres liturgiques. LHistoria scholastica de Pierre le Mangeur, texte de base pour l'étude de la Bible à partir des années 1170, est écrit en latin. La traduction de la Bible en langues vernaculaires est même interdite à la fin du par des lettres du pape Innocent III, puis par plusieurs conciles au début du . Les lettrés s'expriment toujours en latin. La langue des universités est le latin, dès la création de celles-ci vers la fin du . Les intellectuels du Moyen Âge écrivent tous leurs traités en latin. Par exemple, l'encyclopédie (pour employer un terme contemporain) de Vincent de Beauvais, le Speculum maius, est écrite en latin. Toutefois, à partir du concile de Tours (813), dans les territoires correspondant à la France et l'Allemagne actuelles, les homélies ne sont plus prononcées en latin mais en « langue romane rustique » (gallo-roman), ou dans la « langue tudesque » (germanique). Pendant le Moyen Âge, on désigne par le mot litteratus une personne qui maîtrise le latin. L'''illiteratus est celui qui l'ignore, ce qui ne signifie pas qu'il n'est pas « lettré »Isabelle Heullant-Donat, « Ce que savoir lire (et écrire) veut dire », L'Histoire, septembre 2019, .
Latin humaniste
À la Renaissance, la fonction scientifique et philosophique de la langue latine commence à décliner, tout comme sa fonction diplomatique (Ordonnance de Villers-Cotterêts, 1539). Cela n'empêchera pas Érasme de publier une quantité de textes en un latin redevenu classique et très riche ; de même, René Descartes (1596 – 1650) écrit volontiers en latin… surtout lorsqu'il est pressé (même s'il publie son Discours de la méthode d'abord en français pour des raisons particulières ; les ouvrages de son époque sont souvent imprimés en latin pour être diffusés dans toute l'Europe). Dans la partie germanique de l'Europe (où le droit romain reste en vigueur jusqu'à la fin de l'Empire), le latin restera plus longtemps la langue des publications importantes ou scientifiques, tandis que du côté français, d'énormes efforts sont accomplis (surtout avec Louis XIV) pour le remplacer par un français châtié et remanié. Le latin reste toutefois la langue liturgique et officielle du catholicisme (textes doctrinaux ou disciplinaires, droit).
Néolatin
Le terme néolatin s'est répandu vers la fin des années 1890 parmi les linguistes et les scientifiques. Il sert aux spécialistes des lettres classiques à désigner l'utilisation de la langue latine après la Renaissance, dans un but aussi bien scientifique que littéraire. Le début de la période est imprécis mais le développement de l'éducation chez les laïcs, l'acceptation des normes littéraires humanistes, ainsi que la grande disponibilité de textes latins qui a suivi l'invention de l'imprimerie, marquent une transition vers une ère nouvelle à la fin du . Au , le latin est une langue privilégiée dans l'enseignement tant ouest-européen (heures de cours, rédaction des thèses) qu'est-européen, bien qu'il ne soit guère plus utilisé que par les commentateurs et éditeurs de textes antiques. En Belgique, l'usage de la langue vulgaire dans les universités n'a été toléré qu'à partir de 1835 environ. En France, de la fin du jusqu'en 1903, chaque candidat au doctorat ès Lettres doit soutenir deux thèses, l’une en latin concernant la « philosophie », l’autre en français touchant la « littérature ancienne et moderne ». Ainsi, le jeune Jean Jaurès, par exemple, rédigea sa thèse en latin sur les origines du socialisme allemand : De primis socialismi germanici lineamentis apud Lutherum, Kant, Fichte, Hegel. La fin de la période néo-latine est également indéterminée, mais l'usage normal du latin pour communiquer les idées est devenu rare après quelques décennies au et, vers 1900, c'est dans le vocabulaire scientifique international de la cladistique et de la systématique qu'il survivait essentiellement.
Latin contemporain
vignette|Guichet automatique bancaire en latin au Vatican. vignette|Logo du Conseil de l'Union européenne.