Le pape, aussi appelé le souverain pontife ou encore le Saint-Père, est l'évêque du diocèse de Rome, le chef de l'Église catholique et le chef d'État monarchique du Vatican. Le pape actuel est Léon XIV.
Selon la tradition et la doctrine catholiques, que ne partagent pas les autres confessions chrétiennes, l'autorité du pape se transmet par succession depuis l'apôtre Pierre, ce qui lui confère, au-delà d'une primauté d'honneur, le suprême et plein pouvoir de juridiction sur l'Église catholique en matière de foi, de discipline et de gouvernement de celle-ci.
La façon de concevoir et d'exercer cette autorité a évolué au cours des siècles, tout comme l'élaboration de la doctrine de la primauté pontificale ou du dogme de l'infaillibilité. En outre, sur le plan temporel, les papes ont été les princes souverains des États pontificaux du , avant que ceux-ci ne soient intégrés au royaume d'Italie en 1870.
Un pape est élu par le collège des cardinaux, réunis en conclave après la mort ou la renonciation de son prédécesseur. Le pape actuel, qui est le selon le comput catholique, est Robert Francis Prevost qui, élu le , règne sous le nom de Léon XIV.
Titre Étymologie et usage vignette|L'apôtre Pierre, peinture à l'encaustique, , monastère Sainte-Catherine du Sinaï. S'il s'agit de l'appellation la plus populaire de l'évêque de Rome, à l'origine, le terme « pape » n'a rien d'un titre officiel. ; il provient du latin ecclésiastique qui provient lui-même du grec ancien (papas), une forme tardive du mot (pappa), un terme familier et affectueux du langage enfantin qui désigne le père (« papa »).. Cette marque de vénération affectueuse, déjà présente chez HomèreHomère, Odyssée, VI, 57., est adoptée dans le christianisme oriental pour honorer les épiscopes puis les évêques, voire les prêtresDe nos jours, les Grecs appellent encore « pappas » les simples prêtres de l'Église orthodoxe, mais dans le sens classique de « père », équivalent au titre que l'on donne aux prêtres dans l'Église latine ; cf. ..
Apparu en Occident au début du , le titre est progressivement réservé aux évêques, appliqué par exemple aussi bien à Cyprien de Carthage qu'à Augustin d'Hippone, mais également à l'évêque d'Alexandrie Héraclas (v. 250), dont les successeurs à la tête des patriarcats grec orthodoxe et copte d'Alexandrie conservent le titre de nos jours..
La première attestation épigraphique liée à l'évêque de Rome se trouve dans la catacombe de Saint-Calixte, sur le d'un diacre nommé Severus à propos du pape Marcellin (296–304) : « ».. Depuis lors, l'abréviation de « papa » en « PP » se généralise, notamment dans la signature pontificale. Le titre tend alors à devenir spécifique à partir de la fin du , mais la précision « » (« Pape de la ville (éternelle) de Rome »), atteste d'un usage encore généralisé à l'ensemble des évêques.
Au , le titre est utilisé par la chancellerie de Constantinople pour s'adresser à l'évêque romain, un titre dont, à partir du , ses successeurs font usage pour se désigner eux-mêmes sans spécification. En 998, le concile de Pavie enjoint à l'archevêque Arnulfe II de Milan de renoncer à cette titulature, qui est réservée depuis la fin du au primat de Rome — « » (« parce qu'il est unique au monde ») — à la suite du (1075) de Grégoire VII.
Le terme « papauté » , de création tardive est utilisé pour la première fois par Clément II (1046-1047) afin de marquer la supériorité de l'évêque de Rome sur l'épiscopat ..
Le mot « pontificat » dérive quant à lui de l'un des titres du pape, « souverain pontife », qui provient du latin — une titulature calquée sur le titre de « pontifex maximus » (« pontife suprême »). porté par le grand prêtre à la tête du collège des pontifes dans la Rome antique puis par l'empereur de Byzance jusqu'au — et est attribuée à certains évêques et métropolites à partir du .. À partir du , cette titulature devient une prérogative de l'évêque de Rome et devient le titre le plus employé pour désigner le titulaire du siège romain. Le titre de « Pontifex maximus » est pour sa part repris à la fin du par le pape Boniface IX (1389-1404).
Le prédicat du pape est Sa Sainteté, à l’origine utilisé par tous les évêques, et dont l’usage s’est restreint, dans l’Église catholique, au seul pape, au fil des siècles. Ce titre est également utilisé par d’autres responsables religieux chrétiens ou non.
Le pape n'est pas un « chef spirituel », car selon la foi catholique il reçoit sa mission du Christ lui-même, en tant qu'évêque de Rome et successeur de l'apôtre Pierre : veiller et présider à l'unité de tous les diocèses gouvernés par les évêques en communion avec Rome..
Évêque de Rome
vignette|redresse|Représentation d'un pape dans le Liber floridus (1120), BNF. L'Église romaine a toujours proclamé sa fondation apostolique, sur laquelle elle base l'autorité magistérielle dont elle se prévaut et que les titulaires du siège de Rome affirment à la suite de l'évêque Libère (352-366), le premier à utiliser l'expression de « Siège apostolique » ().
L'affirmation par les papes de Rome de leur primauté, effective et non pas seulement honorifique, qui place d'office quiconque la refuse dans la position de schismatique ou d'hérétiqueD'après une sentence faussement attribuée à Ambroise de Milan, forgée à la fin du et reprise par la suite dans les collections canoniques « toute personne en désaccord avec l'Église romaine est hérétique » ; cf. ., n'est acceptée ni par les Églises d'Orient., ni par les Églises protestantes. Cependant, dans l'Église catholique, cette primauté effective découle du fait qu'il est l'évêque de Rome. Ainsi, la seule titulature officielle du pape dans l'Antiquité est le mot « évêque », (sous-entendu : de la ville). Aujourd'hui encore, dans les documents les plus solennels, le pape signe de ce seul titre d'« évêque de l'Église catholique » (comme on le voit au paraphe du pape Paul VI sur toutes les constitutions et les décrets du concile Vatican II : « », ou bien accompagné de la formule grégorienne : « »« Moi, N., évêque, serviteur des serviteurs de Dieu »..
Histoire
Émergence de l'épiscopat vignette|Saints Pierre et Paul flanquant une colonne surmontée d'un christogramme, verre et or, Rome, fin du . Très tôt dans l'histoire du christianisme, Rome jouit d'un indéniable prestige dû à l'association de son nom aux martyres des apôtres Pierre et Paul. ainsi qu'à la présence de leurs tombeaux dans la ville, l'un au Vatican, près de l'ancien cirque de Néron, et l'autre sur la , aux portes de Rome.. Ainsi, dès les premiers siècles de notre ère, Rome devient une ville de pèlerinages « » (« au seuil des apôtres »)« : expression latine signifie, mot à mot, « au seuil des apôtres ». Faire un pèlerinage ad limina apostolorum signifie se rendre à Rome ; cf. .. Néanmoins, dès cette époque, la figure de Paul tend à s'estomper au profit de celle de Pierre.
Des manifestations de ce prestige se trouvent dans différents témoignages du : une lettre d'Ignace d'Antioche adressée à cette communauté, évoque la mémoire des enseignements apostoliques dont elle est détentrice et, à la fin du siècle, Irénée de Lyon, dans une polémique contre les gnostiques, prend Rome en exemple d'une Église qui Contre les hérésies (III, 3, 2) cf. .. Cependant, aucune figure particulière n'émerge alors d'une communauté romaine dirigée par un collège de presbytres ou d'épiscopes assistés de diacres. probablement jusque vers 150, époque où semble émerger un « mono-épiscopat » qui ne devient quelque peu consistant qu'avec les figures de Victor (v.190) et Calixte (v.217).
À partir du milieu du , la communauté romaine revendique explicitement sa fondation apostolique, fondement de l'autorité magistérielle dont elle se prévaut et tente de s'arroger l'autorité pétrinienne pour son seul usage ; mais ce n'est pas tant cette revendication que celles d'autorité et de primauté pontificale auxquelles elle prétend qui occasionneront nombre de débats, voire de schismes.
Émergence de la papauté Pendant le , l'évêque de Rome envoie des légats, prêtres ou évêques, pour le représenter aux conciles qui débattent des questions doctrinales.
Dans ce contexte, le canon 6 du concile de Nicée (325) confirme les privilèges des patriarcats d'Alexandrie, de Rome et d'Antioche. Ce même canon cite en exemple l'évêque de Rome pour son autorité métropolitaine, son autorité toutefois limitée et quelque peu contestée dans l'Italie septentrionale où son intervention se heurte plus tard dans le IVe siècle à celle de l'évêque de Milan, la résidence impériale.
vignette|redresse=1|Le premier concile de Constantinople (381), fresque de l'église du monastère Stavropoleos, Bucarest (Roumanie).
Le canon 3 du concile de Constantinople (381) stipule que . À Rome, (366-384), premier évêque de l'Urbs à revendiquer le primat romain en s'appuyant sur le passage de Matthieu 16, 18 , entend définir la foi universelle dans son Tomus Damasi. L'action énergique de Damase en faveur de l'organisation et du renforcement du gouvernement de l'Église de Rome — tant sur le plan juridique qu'administratif — ainsi que la structuration de la communauté chrétienne locale sur les plans liturgique et matériel marque une étape décisive sur la voie de la reconnaissance de l'importance du siège romain., même si son influence reste encore largement cantonnée à l'Italie suburbicaire..
Pour (401-417), évêque de Rome durant la période de la prise de Rome par Alaric, toute question liturgique ou disciplinaire doit être soumise à l'évêque romain qu'il considère comme . tandis qu'en 422, Boniface utilise pour la première fois la notion de principatus jusque là réservée à l'autorité impériale..
En 451, et malgré les protestations des délégués romains., le canon 28 du concile de Chalcédoine fait de Rome et de Constantinople des sièges égaux en dignité.. Si l'évêque de Rome (440-461) — qui formule pour la première fois explicitement la revendication d'une primauté universelle du siège romain — s'oppose lui-même à ce canon., il obtient une avancée significative de la cause romaine avec la reconnaissance par le concile de son Tome à Flavien. Cette avancée prend de la consistance au sein des épiscopats d'Occident au moins sur un plan spirituel. Le plan juridictionnel ou administratif dans les affaires des autres diocèses reste toutefois à conforter..
Affirmation de la papauté vignette|redresse|Grégoire VII, miniature tirée de la Vita Gregorii VII de Paul de Bernried, c. 1130, Bibliothèque de Saint-Gall. Outre la prééminence au sein des églises chrétiennes, le siège romain cherche également à élever sa position face au pouvoir temporel avec les pontificats de (492-496). puis de Symmaque (498-514) marqué par l'apparition des éléments qui seront constitutifs de la Donation de Constantin. Cette forgerie, datant de la seconde moitié du , est issue des milieux pontificaux .. Selon cette forgerie, le pape Sylvestre aurait converti l'empereur Constantin et qui fait de l'évêque de Rome « le plus élevé et le premier des prêtres dans le monde »« Et pontifex, qui pro tempore ipsius sacrosanctae Romanae ecclesiae extiterit, celsior et princeps cunctis sacerdotibus totius mundi existat » ; Constitutum Constantini, ch. 12, cité par ..