Giovanni Battista Montini, né le à Concesio (royaume d'Italie) et mort le à Castel Gandolfo (Italie), est un prélat catholique italien et saint de l'Église catholique, élu pape le sous le nom de (en latin , en italien ). En qualité d'évêque de Rome et chef d'État du Vatican, il est le de l'Église catholique jusqu'à sa mort.

Comme souverain pontife il succède à et s'attache à poursuivre et conclure le concile , amorçant ainsi une profonde mise à jour (aggiornamento) de l'Église. joue un rôle central dans la réforme de la Curie romaine, la création du synode des évêques, la modernisation de la liturgie (notamment l'introduction des langues nationales dans la messe), et la publication de plusieurs encycliques majeures comme Ecclesiam Suam (1964), Populorum progressio (1967) sur le développement des peuples, et Humanæ vitæ (1968) sur la régulation des naissances.

Premier pape à voyager hors d'Europe depuis 1870, il marque l'histoire par ses nombreux déplacements apostoliques sur tous les continents : Terre sainte, Inde, ONU à New York, Fátima, Colombie, Ouganda, Extrême-Orient, etc. Il s'engage aussi résolument dans le dialogue œcuménique, levant en 1965 l'excommunication mutuelle entre Rome et Constantinople datant du schisme de 1054, et rencontrant de nombreux chefs d'Églises chrétiennes.

Son pontificat, traversé par les bouleversements des années 1960-1970, est marqué par le souci de l'ouverture au monde moderne, la défense de la doctrine catholique et la promotion du dialogue, mais aussi par des tensions internes, certains jugeant ses réformes trop timides, d’autres trop audacieuses.

Paul VI est béatifié par le pape François le , puis canonisé le . Sa fête liturgique est célébrée le , date de son ordination sacerdotale.

Jeunesse et ascension Origines thumb|La maison natale de Giovanni Battista Montini à Concesio.

Issu d'une famille catholique d'origine montagnarde, Giovanni Battista Enrico Antonio Maria Montini est le fils de Giorgio Montini (1860-1943), directeur du journal catholique Il cittadino di Brescia, plusieurs fois parlementaire, et de Giuditta Alghisi (1874-1943).

Après avoir achevé ses études de droit en 1882, Giorgio Montini prend la direction du journal catholique de la ville de Brescia, Il Cittadino di Brescia. Représentant dans sa province du Mouvement catholique (Movimento cattolico)L'association avait pour but de défendre les convictions catholiques par le biais de l'action sociale, selon le mode encouragé par l'encyclique Rerum novarum. Il faut rappeler que l'Italie était alors sous le coup d'un interdit : , après la perte des États pontificaux, avait défendu dans le décret Non expedit () aux catholiques italiens d'être électeurs ou élus., il fonde des cuisines économiques, un dortoir Saint-Vincent pour accueillir les déshérités, et un « Secrétariat du peuple » destiné à donner des conseils juridiques et administratifs aux paysans et aux ouvriers.

Giuditta Alghisi est originaire de Verolavecchia, un village situé au sud de Brescia. Ayant perdu ses parents très jeune, elle fut placée sous l'autorité d'un tuteur et envoyée dans un pensionnat religieux à Milan. Elle épouse Giorgio Montini le à , quinze jours à peine après sa majorité.

Giovanni Battista Montini naît le à Concesio. Il est baptisé à l'église de Pieve di Concesio le de la même annéeJour où Thérèse de Lisieux mourut. L'anecdote mérite d'être soulignée car le futur pape aura une grande dévotion pour la sainte ..

Il a deux frères : l'aîné, Lodovico (né le Voir sur base de Roglo, décédé en 1989)Avec postérité - ., devient député puis sénateur de la Démocratie chrétienne, et le puîné, Francesco (décédé le )Marié, père de deux filles (voir Base de Roglo)., médecin.

Comme le veut la coutume pour les familles bourgeoises de Brescia, il est confié à une nourrice. C'est Clorinda Zanotti, une mère de quatre enfants vivant à Sacca di Nave (près de Concesio), qui s'occupe de lui pendant quatorze mois.

Giorgio Montini meurt en . Giuditta meurt en , quelques mois après son mari.

Études (1902-1920) Scolarité vignette|La façade de l'église Santa Maria della Pace (Brescia). En 1902, Giovanni Battista commence sa scolarité au collège Cesare-Arici de Brescia, tenu par des jésuites. Il y fait la connaissance d'Andrea Trebeschi, avec qui il entame ses premières grandes actions pendant la Première Guerre mondiale. Il fréquente également en parallèle la congrégation des oratoriens de Santa Maria della Pace, inspirée par Philippe Néri.

De santé fragile, il est handicapé par une croissance trop rapide et souffre de problèmes cardiaques, ce qui le contraint à suspendre sa scolarité au bout de deux ans. Sa mère le fait alors étudier à la maison.

L'année suivante (en 1905), Montini reprend l'école. Ses études, quoique décousues, sont assez brillantes, si bien que ses camarades le surnomment « le bûcheur ». Il doit suspendre à nouveau ses études en 1910, toujours pour des raisons de santé. Ses parents décident alors de le retirer définitivement du collège et de lui faire donner des cours particuliers, afin qu'il puisse présenter l'examen de fin d'études secondaires en candidat libre.

Dès le collège, il rejoint l'association Manzoni, du nom de l'auteur italien Alessandro Manzoni, qui rassemble des élèves et des étudiants catholiques.

En 1913, il présente un examen d'études secondaires au lycée d'État de Chiari puis passe sa maturità classica, l'équivalent italien du baccalauréat français, en . Il est admis au séminaire à la rentrée suivante.

Séminariste sans passer par le séminaire Naissance de sa vocation Giovanni Battista Montini n'ayant laissé aucun journal intime, on ne peut déterminer avec exactitude comment est née sa vocation. Plusieurs épisodes de sa jeunesse l'ont néanmoins marqué, ce qui a pu déclencher chez lui les premières interrogations.

En 1903, son père annonce la mort du pape à son fils de . avouera plus tard qu'il en ressentit Cité par ..

La famille Montini se rend à Rome en 1907 et est reçue par le pape . La même année, Giovanni Battista Montini, qui a , fait sa première communion et reçoit quinze jours plus tard le sacrement de confirmation. Toujours la même année, les Montini emménagent au 17 via delle Grazie à Rome, à proximité de l'église Santa Maria delle Grazie. Ce sanctuaire marial est régulièrement fréquenté par la famille.

En 1910, une communauté bénédictine s'installe à Chiari. Giovanni Battista Montini, , contraint de rester chez lui pour étudier, assiste souvent aux complies et y fait quelques retraites spirituelles. Il restera toujours en contact avec les moines de cette abbaye : recevant en 1973 au Vatican des abbés bénédictins, il leur dit que c'est à Chiari qu'a germé sa vocation.

Enfin, après avoir quelque temps songé à la vie religieuse, il entre au séminaire en .

Déroulement du « séminaire » thumb|Vue de Brescia dans les années 1920. C'est au séminaire Santangelo de Brescia que Giovanni Battista Montini entre en . Pourtant, il ne suit pas la même formation que ses confrères séminaristes : son état de santé demeurant fragile, le supérieur du séminaire et l'évêque de Brescia acceptent d'emblée que le jeune homme ne soit pas soumis à la vie d'internat. Assistant d'abord aux cours en habits civils, il ne peut rapidement plus venir au séminaire. S'ensuit alors une formation solitaire, à la maison, où quelques prêtres viennent l'assister.

Ces temps de solitude lui permettent de garder un lien fort avec la société qui l'entoure. Il prend tout d'abord la présidence de l'association Manzoni en 1917, grâce à laquelle il lance une « bibliothèque du soldat » destinée à envoyer aux soldats du front de bons livres leur permettant de se distraire et de nourrir leur foi chrétienne. Il fonde en parallèle la « Maison du soldat français », où les militaires peuvent lire journaux et livres.

En , Giovanni Battista Montini s'attelle à un autre grand projet : défendre la liberté de l'enseignement. Il lance avec des amis le magazine La Fionda, dans lequel il réclame notamment la création d'une université catholique.

Enfin, il prend position en faveur du PPI dont son père est député à trois reprises. Ce parti prône la liberté de l'enseignement, la défense de la famille et d'autres points plus administratifs.

Ces actions sociales entament nécessairement le temps de formation sacerdotale du jeune séminariste, dont les études sont alors parcellaires et discontinues. Hormis les quelques cours particuliers que certains prêtres viennent lui dispenser, il étudie des compendiums et lit des ouvrages éclectiques, religieux comme profanes. Ce sont des G. Romanato-F. Molinari, « Le Letture del giovani Montini », dans la Scuola cattolica, ..

Le , il revêt enfin la soutane. Six mois plus tard, il est ordonné prêtre : entre les deux dates, il reçoit la tonsure le , puis les ordres sacrés, notamment le sous-diaconat le qui le conduit à l'ordination sacerdotale.

Prêtre (1920-1954) Ordination thumb|Giovanni Battista Montini, le jour de son ordination sacerdotale. Après une retraite spirituelle qu'il doit interrompre à cause de la chaleur, Montini est ordonné prêtre le . Une dérogation a dû lui être accordée du fait de son âge, le Code de droit canonique disposant alors que le candidat doit avoir vingt-quatre ans révolus.

Il célèbre sa première messe le lendemain en l'église Santa Maria delle Grazie de Brescia ; la nappe d'autel a été taillée dans une robe de sa mère. Les images d'ordination qu'il a fait imprimer portent une citation de : .

Études romaines Arrivée à Rome La santé de don Battista Montini ne lui permettant pas de lui voir confier la charge d'une paroisse, son évêque Gaggia, qui a repéré ses qualités intellectuelles et spirituelles, décide de l'envoyer à Rome pour compléter ses études..

thumb|left|La Grégorienne, une des universités de Rome où le père Montini poursuit ses études.

Don Battista Montini arrive à Rome le , demeurant au séminaire pontifical lombard. Il y étudie dans deux universités : à la Grégorienne (dirigée par les Jésuites) et à la Sapienza (université d'État, laïque). Cette double formation coïncide avec la ligne directrice qui orientera son pontificat : l'ouverture vers le monde laïc. Parallèlement à ses études, il continue de collaborer pour La Fionda et écrit des nouvelles.

Il aide en outre son père à mener sa campagne électorale pour la du royaume d'Italie. Le Parti populaire italien n'y obtient que . Pour la première fois, (dont Mussolini) y sont élus.

Admission à l'Académie des nobles ecclésiastiques Le , Montini se fait connaître des autorités vaticanes par l'intermédiaire d'un ami de son père, le député Membre du gouvernement et ami de Giorgio Montini.. Il est reçu par Giuseppe Pizzardo, substitut à la secrétairerie d'État. Recommandé par Longinotti, Montini se voit proposer une inscription à l'Académie des nobles ecclésiastiques sise à Rome. Cette institution de haut niveau avait été fondée en 1701 par pour former les clercs destinés au service diplomatique du Saint-Siège.

thumb|Entrée de l'Académie des nobles ecclésiastiques.

Intégré à contre-cœur en novembre à l'Académie, Montini y étudie le latin, l'histoire ecclésiastique, la diplomatie et le droit. Il publie un opuscule commentant l'ouvrage de son maître spirituel le père Giulio Bevilacqua (oratorien de Brescia qu'il fera cardinal en .), La Lumière et les ténèbres.

Après avoir voyagé en Allemagne et en Autriche durant l'été 1922Il passe aussi à Budapest avec son père et des amis parlementaires., le jeune prêtre passe son doctorat en droit canon le suivant.

Attaché à la nonciature de Varsovie