Angelo Giuseppe Roncalli, né le à Sotto il Monte, près de Bergame en Italie, et mort le au Vatican, est un prélat italien et saint de l'Église catholique, élu pape le sous le nom de (en latin , en italien ). En qualité d'évêque de Rome et chef d'État du Vatican, il est le de l'Église catholique jusqu'à sa mort.
Il convoque le œcuménique du Vatican, appelé aussi concile (1962-1965), dont il ne voit pas la fin car il meurt le , deux mois après avoir achevé l’encyclique .
Béatifié par le pape à l’occasion du jubilé de , puis canonisé par le pape François en 2014 (en même temps que ), il est considéré comme saint par l’Église catholique et fêté le , jour de l’ouverture de . En Italie, on lui donne le surnom affectueux d’ (« Le Pape Bon » ou « Le Gentil Pape »).
Jeunesse et carrière de nonce Vie familiale et prêtrise de Bergame à Rome thumb|left|La mère et le père d'Angelo Roncalli thumb|left|L'abbé Roncalli, debout, à droite, derrière Giacomo Radini-Tedeschi, évêque de Bergame. Angelo Giuseppe Roncalli naît le à Brusicco, une des frazioni de Sotto il Monte, village de la campagne de Bergame, en Lombardie. C'est le quatrième enfant (et premier fils) dans une famille de quatorze enfants de milieu campagnard modeste. Son père Giovanni Battista Roncalli (1854–1935) et sa mère Marianna Giulia Mazzolla (1854–1939) sont de simples métayers, bien qu'existe une ascendance masculine de petite noblesse appauvrie (et, par là, une parenté avec le compositeur Ludovico Roncalli, issu de la petite noblesse de Bergame). Son oncle et parrain, Zaverio, est engagé dans l'action catholique, assez proche des idées de Luigi Sturzo.
Angelo entre au petit séminaire à l’âge de douze ans grâce à l'aide financière de son oncle et de prêtres dont le curé Giovanni Morlani, propriétaire des terres qu'exploitait sa famille. Élève assez brillant, il suit le cursus ecclésiastique classique, devenant boursier au séminaire dell'Apollinare de Rome. Il effectue de nombreux pèlerinages au sanctuaire marial de la Madone du Bosco d'Imbersago. À partir de 1895, il tient un journal qu'il continue jusqu'à sa mort. Il fait son service militaire en 1901 au d'infanterie, dans des conditions difficiles, pour que son frère reste sur l'exploitation.
Présenté au pape qu'il apprécie pourtant moins que son prédécesseur , en 1904, il est ordonné prêtre dans la basilique Santa Maria in Montesanto le . Peu après, il est nommé secrétaire de Giacomo Radini-Tedeschi, nouvel évêque de Bergame, connu pour son soutien au monde ouvrier en particulier lors des grèves de 1909. Roncalli reste à son service jusqu’à la mort de ce dernier le . Pendant cette période, il enseigne également l'histoire de l'Église au séminaire de Bergame, en étudiant particulièrement saint Charles Borromée et le concile de Trente (qu'il voit comme un concile réformateur plus qu'anti protestant), saint François de Sales et Grégoire Barbarigo, proclamé saint sous son pontificat. Il donne des conférences à des laïcs sur l'histoire de l'Église.
En 1915, il est, comme sergent de l'armée royale italienne, incorporé dans le service de santé des armées, avant de devenir aumônier militaire dans les hôpitaux.
Après la guerre, il revient au séminaire de Bergame comme directeur spirituel. Son activité le fait pressentir par le cardinal Willem Marinus van Rossum pour travailler au Vatican, à Rome aux œuvres pontificales missionnaires. Comme il ne souhaite pas forcément aller à Rome, sa réponse est assez caractéristique de sa personnalité : . Il est néanmoins nommé par et, en 1921, se trouve à la curie romaine, dans la Propaganda Fide (future Congrégation pour l’évangélisation des peuples), où il travaille en particulier au motu proprio de (Romanorum Pontificum) sur la coopération des missions. Il profite aussi de cette charge pour visiter de nombreux diocèses et ordres missionnaires italiens.
Il vit à Rome, modestement, avec deux de ses sœurs et se lie avec Giovanni Battista Montini (futur ) dont il avait connu la mère (lors d'une grève de femmes de l'UFC) et le père député démocrate chrétien, restant proche des milieux qui souhaitent une alliance de la démocratie chrétienne avec les antifascistes. Ayant fait un sermon sur le « nationalisme comme amour de la patrie » par opposition à une « militarisation de la nation », il apparait comme rétif à la ligne de dialogue avec Mussolini que suit alors soucieux de régler la question romaine.
Visiteur apostolique en Bulgarie En 1925, l'écarte de l'Italie en le promouvant évêque pour l’envoyer, contre son gré (il voulait l'Argentine), en Bulgarie, terre orthodoxe, en tant que premier visiteur, puis délégué apostolique. Élevé à la dignité d'archevêque titulaire d', consacré à Rome par le Cardinal Giovanni Tacci Porcelli, il choisit comme devise épiscopale Obedientia et Pax (obéissance et paix), empruntée au cardinal César Baronius. Malgré les encouragements de Montini, il est atterré. Il arrive dans une situation tendue : en 1924, un grave incident interreligieux avait marqué les esprits. Roncalli, par une visite et un sermon, contribue à faire tomber la tension (). Devant affronter l'épineuse question du rite latin et du rite oriental, il marque son habituelle bonhomie par de nombreuses visites dans la petite communauté urbaine catholique ou uniate.
L'hôpital catholique soigne gratuitement les malades de toutes confessions, en particulier lors de l'attentat manqué à la cathédrale orthodoxe contre le roi . Le roi l'en remercie par une entrevue privée, honneur inhabituel, puisque Roncalli n'avait pas de statut diplomatique. Il se rend aussi au centre du pays en 1928, frappé par un tremblement de terre.
Il doit surtout négocier la délicate préparation du mariage du roi (orthodoxe) avec Jeanne de Savoie, fille catholique du roi . Le pape avait accepté la dispense à la condition qu'un rite catholique soit célébré et que les filles du couple soient éduquées dans la religion catholique. Or, en plus de la cérémonie catholique d'Assise (), une seconde, orthodoxe, fut célébrée à Sofia, ce qui irrita , d'autant plus que les filles du couple furent baptisées selon le rite orthodoxe en 1933. Toutefois, la fille du Roi d'Italie ne fut pas excommuniée. Divers indices indiquent que la souplesse de Roncalli ne convenait pas à (le bruit courut, sans doute à tort, qu'il l'aurait laissé à genoux pour lui marquer son mécontentement que le fils de Boris, Siméon, ait été baptisé dans le rite orthodoxe).
À l'écart de l'Italie pendant la dictature fasciste, il indique : . Roncalli attend une réaffectation. Éloigné de ses sœurs et de ses parents, il s'avoue de ne et de devoir , par Thomas Cahill, Dominique Bouchard.
Délégué apostolique en Turquie thumb|Monument devant l'église Saint-Antoine-de-Padoue En 1935, il reçoit enfin une réaffectation. Mais sa promotion (avec un titre d'archevêque titulaire de Mesembria) pour le même poste à Istanbul, comme délégué apostolique en Turquie et en Grèce entre 1935 et 1944, n'est guère plus aisée : plus loin encore de sa famille (il ne peut enterrer ni son père, ni sa mère) il doit couvrir un espace important. La communauté catholique est isolée en Grèce orthodoxe et assez fractionnée dans la Turquie d'Ankara, alors dirigée par Atatürk en pleine période de laïcisation de la société (il doit se déplacer en civil, ce qui lui fait dire que l'on est prêtre aussi bien en pantalon qu'en soutane). Il fait de courts passages en Grèce et salue l'élection du nouveau patriarche de Constantinople.
Sur le plan religieux, il fait entrer dans la liturgie des passages dits en turc, ce qui est dénoncé jusqu'à Rome, et indique dans un sermon en 1944, son désir d'un concile œcuménique.
Sur un plan diplomatique, il insiste sur la neutralité du Vatican, dans l'État neutre de Turquie, se refuse à trancher en faveur de Vichy ou de la France libre, et surtout il joue un rôle important pour le sauvetage des réfugiés d'Europe centrale vers la Palestine pendant la guerre, des victimes du nazisme, juifs, surtout mais aussi membres du clergé venus de toute l'Europe et particulièrement de Hongrie et de Bulgarie.
Prévenu dès des persécutions nazies par l'arrivée de réfugiés polonais, il fait distribuer des permis gratuits d'émigration par la délégation apostolique en particulier vers la Palestine sous mandat britannique, des certificats de baptêmes temporaires et des sauf-conduits, ainsi que des vivres et vêtements en s'appuyant sur la Croix-Rouge locale.
Il envoie une lettre au roi , pour qu’il désapprouve la déportation de de Sofia et obtient son aide pour faire sauver par la Croix Rouge des milliers de juifs slovaques, qui étaient déportés en Bulgarie. Il aide le rabbin Yitzhak HaLevi Herzog à alerter le Vatican pour sauver les juifs de Moldavie, et en 1944, ceux de Roumanie (seuls 750 dont arrivèrent en bateau à Jérusalem). Il rétorque à Franz von Papen qui lui demandait de dire au pape que celui-ci doit rejoindre la croisade anti soviétique : . En , il soutient la demande de Berlas auprès du Vatican, pour soutenir la requête d'ouvrir d'autres pays neutres à l'émigration juive, informe le gouvernement allemand que l'agence Juive de Palestine dispose de d'immigration légaux et fait demander, en vain, à Radio Vatican de diffuser un message, comme quoi toute aide à des juifs est un acte de miséricorde que l'église approuve. Quoiqu'ayant peu de marges de manœuvre, Roncalli prend des risques en 1944, recevant dans le cadre d'une visite officielle d'État Ira Hirschmann, délégué de l'American War Refugee Board, et un immigrant hongrois, et en leur proposant de renforcer une opération de sauvetage locale (des nonnes délivraient des certificats de baptême à des enfants juifs, que les nazis reconnaissaient, ce qui permettait aux enfants de quitter la Roumanie). Les sœurs de Notre Dame de Sion délivrèrent des certificats, visas – souvent faux – aux Juifs Hongrois.
Ces gestes, pour ceux qu'il nomme les « cousins et compatriotes de Jésus » auraient sauvé de , ce qui justifie pour la fondation internationale Raoul Wallenberg de demander son inscription comme juste entre les nations. Toutefois, en 1943, même s'il approuve le sauvetage des Juifs de Rome, il indique un « trouble spirituel » à ce que ce soit le Vatican qui les envoie en Palestine, leur permettant de reconstituer une Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, , , Libreria Editrice Vaticana, 1975. (il y avait sans doute aussi des raisons diplomatiques, vis-à-vis des Britanniques, et cela correspondait à la perception du secrétaire d'état Maglione). Dans son témoignage écrit, envoyé pour le procès de Nuremberg, Roncalli affirme par ailleurs que Von Papen (ambassadeur du Reich en Turquie) aurait permis ce sauvetage de (qu'il aurait pu dénoncer, et pour lesquels il fournit des papiers en règle). Reçu chez lui à l'heure du repas il avait troublé le couple Von Papen en demandant « conseil » pour les enfants qu'il devait livrer et ceux qu'il devait sauver.
Il accueille avec « beaucoup de calme » la fin du pouvoir de Mussolini en 1943 : .
Nonce en France vignette|gauche|Robert Schuman, un des « pères de l'Europe », et Angelo Roncalli, nonce apostolique, en 1950. Tout en restant éloigné du centre de la diplomatie papale, Roncalli est consulté par le pape (dès 1941, en particulier pour avoir son avis sur la façon dont son silence vis-à-vis des Juifs pourrait être jugé après la guerre.). Il est également bien connu de Montini, l'homme de confiance du pape le plus en lien avec la France.