Goutroux (en wallon Goutrou) est une section de la ville belge de Charleroi située en Région wallonne dans la province de Hainaut.
Avant la fusion des communes belges de 1977, Goutroux était une commune à part entière.
Toponymie Goutroux, probablement forme germanique de « Gotte-rode » ce qui veut dire « essart de Gotton ».
Géographie
Situation Goutroux est une localité située à environ à l’ouest de la ville de Charleroi. Son territoire couvre une superficie de et s’étend sur près de trois kilomètres d’est en ouest. La commune est délimitée à l’ouest par Fontaine-l’Évêque, au nord par Souvret, au sud par Landelies, et à l’est par Courcelles et Monceau-sur-Sambre. Plus petite section de la ville de Charleroi, Goutroux est la plus boisée et comptant la plus forte proportion de maisons récentesAprès 1945, Goutroux entra dans une phase d’expansion marquée par l’amélioration progressive du cadre de vie et l’édification de nouvelles cités ouvrières. Augusta Lemal indique que plusieurs organismes participèrent à cet essor : la Société de Monceau-Fontaine développa les quartiers du nord, la Petite Propriété Terrienne aménagea le sud, tandis que le Foyer Moncellois construisit des habitations au centre du village. L’ensemble porta le parc immobilier local à environ mille logements, témoignant d’une urbanisation rapide. La croissance démographique accompagna ce mouvement. De en septembre 1945, Goutroux passa à 1 800 en 1950, puis à 2 290 en 1957, dont une proportion notable de résidents étrangers. Selon Augusta Lemal, cette dynamique se poursuivit jusqu’au milieu des années 1960, avec en 1965 et un maximum de 3 373 en 1970, avant une légère diminution à 3 079 en 1976. Ces évolutions reflètent les transformations sociales et économiques d’un ancien village minier devenu une communauté résidentielle structurée ..
Géographie et relief Le relief de Goutroux présente un caractère relativement accidenté, en particulier dans sa partie méridionale, le long du cours de l’Ernelle. L’altitude selon Augusta Lemal varie sensiblement selon les points du territoire:
au niveau de l’actuel RAVeL, à proximité de l’église, à la Maison du PeupleSituation de la maison du peuple ()., rue de Leernes, rue Van Petegem, et un point culminant atteignant , l’un des plus élevés de la région.
Nature du sol et sous-sol Le sol présente une composition variée selon Augusta Lemal:
Au nord du plateau et dans le secteur du Pont-à-VachesSituation du lieu-dit ()., l’argile domine ; À l’ouest de la rue de Leernes, jusqu’à l’ancienne voie ferrée du charbonnage (actuellement le RAVel), le sol est majoritairement sableux ; Dans le quartier dit de l’Amérique, l’argile côtoie un sol plus rocailleux, constitué de grès et de pierres calcaires affleurantes.
Le sous-sol renferme des couches de charbon demi-gras, témoignant de l’activité minière historique de la région.
Quartiers
Morgnies Le nom Morignies dont les variantes anciennes incluent Morigny, Morgny, Morigniez, Morrennies ou Morgnies est attesté dès 1158, lorsque l’évêque de Liège Henri II mentionne les dîmes de Gozée, Landelies, Alne et Morrennies. Les formes médiévales se diversifient ensuite, comme silva de Morignies en 1171 ou Morigniez en 1495, tandis que les cartes de Frickx, Beaurain et Jaillot signalent au un bois nommé Morgny. Selon Augusta Lemal, plusieurs documents du et du début du décrivent les limites du lieu-dit, notamment une affiche de vente de 1809 qui cite une prairie, une terre et un bosquet de haie situés entre Landelies, MarchienneÀ cette époque, Monceau faisait partie de la commune de Marchienne . et la vallée de l’Hernel.
Un calvaire, déjà présent avant 1810 et visible sur la carte de Ferraris, se trouvait à proximité. La tradition locale y situait un ancien lieu d’embuscade, interprétation qui aurait été renforcée par la découverte de squelettes lors de la destruction d’une butte. Augusta Lemal souligne toutefois que l’association populaire entre Morignies et un « lieu de mort » ne repose sur aucune base étymologique.
Les spécialistes du toponymie rattachent généralement les noms en -gnies, -ignies ou -egnie à un anthroponyme gallo-romain ou franc, suivi du suffixe celtique -acos, latinisé en -acum, devenu -iacus puis -ies. Morignies signifierait ainsi « domaine de Morinius » ou d’un nom apparenté. Augusta Lemal note également que plusieurs formes anciennes Morennies, Morinies, Morennis, Moregni évoquent un lien avec la famille seigneuriale de Rumigny, influente dans la région. Un Jean de Rumigni ou de Morengni est mentionné en 1303 dans le cartulaire de Saint-Lambert de Liège, ce qui suggère que les bois de Morgny auraient pu appartenir à cette lignée.
La Bretagne Le toponyme Bretagne apparaît dans les registres de Landelies après 1870 et ne désigne l’ensemble du village qu’à partir de 1889. Selon Augusta Lemal, cette appellation s’appliquait d’abord au secteur nord de Goutroux, dont l’éloignement relatif a pu inspirer l’idée populaire d’un hameau « aussi loin que la Bretagne », bien que cette interprétation reste conjecturale. Une autre explication repose sur l’arrivée, en 1857, de deux familles dans une zone jusque-là inhabitée : François Piérard, surnommé Carjetan, et Cayetan Hudlot, originaire d’Yves-Gomezée. Le sobriquet Carjetan, rappelant des formes toponymiques bretonnes en Ker ou Caer, aurait pu susciter des associations spontanées avec la Bretagne, tandis que le nom Hudlot, perçu comme étranger, aurait renforcé cette impression.
Les archives montrent que Hudlot fut le premier occupant du secteur, suivi de Piérard et de nouveaux habitants à partir de 1863. La maison construite par Piérard, longtemps connue sous le nom de « maison de Carjetan », est considérée comme la première habitation du quartier. Augusta Lemal souligne que l’absence de constructions antérieures dans la parcelle du prince de Rheina-Wolbeck, combinée à l’arrivée de familles perçues comme « venues d’ailleurs », a probablement favorisé l’adoption du nom Bretagne. L’origine géographique de Cayetan Hudlot, associée à son prénom, aurait ainsi été interprétée localement comme un indice d’un lien imaginaire avec la Bretagne.
Lieux-dits
Amérique Le nom Amérique, appliqué à un quartier de Goutroux, n’apparaît dans aucun document administratif ancien et semble avoir été d’abord employé de manière plaisante. La première mention connue date de 1894, lorsque Pierre Masset, utilise ce surnom pour désigner une zone encore marginale du village. D’après Augusta Lemal, la tradition locale attribue l’origine du terme au garde forestier Louviaux, à une époque où les discussions sur l’Amérique étaient fréquentes. Les premiers habitants installés dans cette partie boisée au vivaient dans des conditions très rudimentaires, ce qui aurait suscité une comparaison humoristique avec les pionniers américains. Un témoignage de 1909, cité par Augusta Lemal, renforce cette interprétation : A. Deltenre décrit alors des habitations en torchis ou en gazon rappelant « un campement d’Indiens du Far West »’. L’aspect pittoresque et précaire de ces constructions aurait contribué à fixer durablement le surnom Amérique pour ce secteur de Goutroux, devenu un toponyme populaire malgré l’absence de reconnaissance officielle.
Le Pont-à-Vaches Le toponyme Pont-à-Vaches apparaît dans les archives en 1894, lorsque le Conseil communal de Landelies évoque l’amélioration d’un chemin reliant ce secteur au hameau de La Bretagne. D’après les observations de Vincent, le mot vache n’entre que tardivement dans la toponymie régionale. Dès 1857, les parcelles du vallon sont toutefois décrites comme « bois de la et coupe de la Taille à vaches », la taille désignant ici un ravin boisé. Selon Augusta Lemal, l’appellation ferait référence à des épisodes de 1794 et 1830, lorsque des fermiers auraient conduit leur bétail dans ces vallons pour le protéger en période de troubles. Un récit de L. Goffin évoque notamment la panique de 1830, durant laquelle les habitants de Marchienne et Monceau se seraient réfugiés avec leurs vaches dans les bois de la Pairotte et de Goutroux.
Le nom renvoie également à la configuration du lieu : un ravin traversé par un ruisseau que l’on franchissait autrefois à gué. En 1894, Pierre Masset décrit d’ailleurs le « Pont des Vaches » comme un vallon au fond duquel coule un ruisseau. Augusta Lemal rappelle que ce vallon fut partiellement comblé en 1910 par les terres du terril du Cadet, puis entièrement remblayé jusqu’à la voie ferrée aujourd’hui le RAVeL. Malgré ces transformations, le ruisseau demeure indiqué sur les cartes de l’IGM, témoignant de la topographie originelle du site.
La borne des Quatre Seigneuries La borne des Quatre Seigneuries, située le long du chemin de Fontaine à Roux, à la limite de Monceau et Goutroux, est un repère de pierre en forme de pyramide tronquée d’environ de haut, dont l’origine remonte à plus de cinq siècles. Ses quatre faces portent les initiales des anciennes juridictions : L pour Landelies au sud, M pour Marchienne au nord, F-L pour Fontaine-l’Évêque à l’ouest et M pour Monceau à l’est. Elle est mentionnée dès 1467 dans la Charte de Monceau comme la « borne qui marque le partage de quatre seigneurs » : le prince-évêque de Liège, le seigneur de Monceau, celui de Fontaine et celui de Landelies. Augusta Lemal rappelle qu’un document du évoque encore un « gros hêtre à quatre faces » occupant le même rôle de limite.
La présence de quatre seigneuries s’explique par les possessions féodales antérieures à 1794 : la famille de Fontaine contrôlait notamment Landelies aux , tandis que le prince-évêque de Liège était considéré comme le véritable seigneur de Marchienne. Une carte jointe à la concession minière de Monceau-Fontaine en 1846 confirme la convergence des quatre territoires à cet emplacement. Augusta Lemal signale que la borne, aujourd’hui très altérée, probablement en raison de la pollution, est accompagnée de deux bornes minières du portant les inscriptions MF (Monceau-Fontaine) et MT (Martinet). Le secteur fut également le théâtre d’un affrontement entre Kléber et le prince d’Orange en 1794, lors de la campagne de Fleurus. D’autres bornes voisines, gravées M ou LAN-DEL-IS, marquent les limites entre Goutroux, Fontaine et Landelies.
Bornes de Berwinsart Le nom Berwinsart désigne un ancien secteur situé au nord de Goutroux, entre Fontaine-l’Évêque, Souvret et le Sart d’Hainaut. Le suffixe -sart indique un terrain défriché, tandis que la première partie du toponyme renvoie à un radical celtique bebro / beber / bever, associé au castor, autrefois présent dans les régions gauloises. Ce radical apparaît fréquemment dans la toponymie de l’Entre-Sambre-et-Meuse, notamment dans des hydronymes tels que Beverna, Bebronna, Breuvanne, Berwinne ou Bievene, tous signifiant « ruisseau de castor ». Augusta Lemal souligne que le dénombrement ancien mentionne une borne située « au-dessus d’un ruisseau », ce qui confirme le lien du nom avec un cours d’eau. Une rivière appelée Berwinne existe d’ailleurs toujours, se jetant dans la Meuse à Navagne-lez-Visé. Le nom Biesme, affluent de la Sambre et commune homonyme, dérive également du même radical Bever, attesté sous la forme Beverna au .
Cités Goutroux compte des cités construites par le charbonnage pour héberger les employés, ainsi que des cités édifiées après la guerre : au nord, la cité du Charbonnage ainsi que la Nouvelle Cité ; au centre de la localité, la cité du Foyer, construite par le Foyer Moncellois ; au sud, la cité Terrienne.
Hydrographie